La transfusion de plasma consiste à administrer du plasma frais congelé (PFC) par voie intraveineuse. Ce produit sanguin labile apporte l’ensemble des facteurs de coagulation et des protéines plasmatiques, dont certains ne sont disponibles sous aucune autre forme thérapeutique.

Le plasma thérapeutique est indiqué dans les hémorragies avec coagulopathie, le choc hémorragique, les micro-angiopathies thrombotiques et la CIVD. Ce n’est pas un soluté de remplissage. Toute prescription inadaptée expose le patient aux risques transfusionnels sans bénéfice clinique.

Cet article détaille les indications, les types de plasma, la compatibilité ABO et le protocole d’administration conforme à l’instruction ministérielle du 19 juin 2026 relative à l’acte transfusionnel. Il s’adresse aux étudiant(e)s en soins infirmiers (ESI) et aux infirmier(e)s.

Indications de la transfusion de plasma thérapeutique 

Les indications de la transfusion de PFC sont encadrées en France par la Haute Autorité de Santé (HAS).1 La Société Internationale de Transfusion Sanguine (ISBT) s’accorde avec la HAS sur la plupart de ces indications.2

Le plasma frais congelé est indiqué principalement dans la prise en charge de trois grandes situations.

Situation cliniquePourquoi transfuser du plasma
Saignement actif avec trouble de la coagulationApporter les facteurs de coagulation déficitaires. 
Hémorragie massiveAssocier précocement le PFC aux concentrés de globules rouges (CGR) lors de transfusions massives (ratio PFC/CGR de 1 pour 2 à 1 pour 1).
Purpura thrombotique thrombocytopénique (PTT)Traitement de référence par échanges plasmatiques.

Sources : HAS (2012) et ISBT.1.2

La HAS et l’ISBT convergent également sur la coagulation intravasculaire disséminée (CIVD) avec saignement actif ou avant un geste invasif, et sur le surdosage grave en antivitamine K (AVK) lorsque les concentrés de complexe prothrombinique (CCP) ne sont pas disponibles.1.2 La HAS ajoute des indications propres à la chirurgie cardiaque et à la neurochirurgie.

Le plasma est également le seul produit sanguin labile capable d’apporter le facteur V et la protéine S, pour lesquels aucun concentré purifié n’existe.

Contre-indications et non-indications du plasma thérapeutique 

Certaines situations contre-indiquent la transfusion de plasma, d’autres ne la justifient pas. Une contre-indication expose le patient à un risque vital. Une non-indication l’expose aux effets indésirables sans bénéfice clinique attendu.

Contre-indications de la transfusion de plasma 

La seule contre-indication absolue concerne les patients porteurs d’un déficit en IgA avec anticorps anti-IgA, car l’utilisation du plasma sanguin peut provoquer chez eux un choc anaphylactique grave.1

Le PFC traité par amotosalen (PFC-IA) est également contre-indiqué en cas d’allergie connue à l’amotosalen ou aux psoralènes. Un autre type de plasma thérapeutique peut alors être utilisé.1 Cette même restriction s’applique aux concentrés plaquettaires traités par ce procédé. Elle est détaillée dans notre article sur la transfusion de plaquettes.

Situations dans lesquelles le plasma n’est pas indiqué 

Le plasma frais congelé n’est pas adapté dans plusieurs situations fréquentes : 1.2

  • Remplissage vasculaire : le plasma n’est pas un soluté de remplissage, y compris chez le patient brûlé.

  • Maladie hépatique chronique sans saignement : la transfusion de plasma n’a pas d’efficacité démontrée et perturbe le suivi biologique du patient.

  • Anomalies modérées de la coagulation sans saignement : le risque transfusionnel dépasse le bénéfice attendu. La HAS maintient des exceptions dans des contextes à haut risque (neurochirurgie préventive, grand prématuré en détresse vitale).

  • Surdosage en antivitamine K (AVK) : les concentrés de complexe prothrombinique (CCP) sont prescrits en première intention. Le plasma n’intervient qu’en l’absence de CCP.

  • Saignement sous anticoagulants oraux directs (AOD) : aucune donnée clinique ne justifie la transfusion de plasma pour antagoniser ces traitements.3

Le plasma expose le patient aux mêmes risques que les autres produits sanguins labiles. Les conduites à tenir face aux complications transfusionnelles sont détaillées dans notre article sur les complications de la transfusion sanguine.

Compatibilité ABO de la transfusion de plasma 

La compatibilité ABO du plasma suit des règles inversées par rapport aux concentrés de globules rouges. Le plasma contient les anticorps anti-A et/ou anti-B du donneur, mais pas de globules rouges. Le risque n’est donc pas d’apporter un antigène étranger au receveur (comme pour les CGR), mais que les anticorps du plasma détruisent les globules rouges du patient.4

Compatibilités transfusionnelles du plasma selon le système ABO, avec tableau des donneurs et receveurs.

Le groupe AB, donneur universel de plasma (à l’inverse de la transfusion de CGR, où il est receveur universel), est utilisé en première intention lors d’une urgence vitale lorsque le groupe du patient n’est pas encore connu .1

En pratique courante, la transfusion de plasma isogroupe (groupe identique entre donneur et receveur) reste prioritaire. Une étude de 2009 portant sur 86 082 patients a suggéré un sur-risque de mortalité avec le plasma compatible non isogroupe, en particulier au-delà de cinq unités transfusées.5

Certains plasmas portent la mention « Réservé exclusivement à une transfusion isogroupe ABO » sur l’étiquette en raison d’un titre élevé d’anticorps hémolysants.1 L’infirmier(e) vérifie cette mention lors du contrôle de conformité à la réception. 

Les différents types de plasma thérapeutique 

Plusieurs types de plasma thérapeutique, préparés à partir de dons de plasma ou de sang total de donneurs de sang, sont disponibles en France. Leur statut réglementaire détermine le circuit de délivrance et le type de vigilance applicable.

Deux formes de plasma thérapeutique : plasma frais congelé (PFC) et plasma lyophilisé.

Plasmas ayant le statut de produit sanguin labile (PSL)

Délivrés par l’Établissement français du sang (EFS) ou le Centre de Transfusion Sanguine des Armées (CTSA), ils relèvent de l’hémovigilance :

  • PFC-Se (sécurisé par quarantaine) : le plasma est mis en quarantaine le temps de vérifier l’absence d’infection chez le donneur.1

  • PFC-IA (traité par amotosalen) : contre-indiqué en cas d’allergie à l’amotosalen ou aux psoralènes.1

  • PLYO (plasma lyophilisé du CTSA) : utilisé lors d’une urgence vitale lorsque le PFC décongelé n’est pas disponible à temps. Se conserve à température ambiante (+2 °C à +25 °C) et se reconstitue en moins de 6 minutes au chevet du patient.6

Plasma ayant le statut de médicament dérivé du sang

Délivré par la pharmacie de l’établissement, il relève de la pharmacovigilance :

  • PFC-SD (OctaplasLG®) : médicament dérivé du sang, délivré par la pharmacie de l’établissement. Disponible sous forme congelée ou sous forme lyophilisée. En cas d’effet indésirable, la déclaration relève de la pharmacovigilance.7

Plasma autologue

Le PFC autologue (prélevé chez un patient avant une chirurgie programmée) est devenu exceptionnel en France et n’est pas recommandé comme soluté de remplissage.1 

Remarque : 1.8

Les données disponibles ne mettent pas en évidence de différences d’efficacité ou de sécurité entre les types de plasma, mais les études restent limitées. L’infirmier(e) administre le produit délivré au patient. 

Transfusion de plasma frais congelé étape par étape 

La transfusion de plasma frais congelé suit la procédure commune à tous les produits sanguins labiles, détaillée dans notre guide infirmier sur la transfusion sanguine. Les étapes ci-dessous présentent les particularités de la transfusion de plasma.

Examens pré-transfusionnels et prescription

Seule la détermination du groupe ABO est requise pour la commande de plasma. Le phénotypage RH-KEL1 et la RAI ne sont pas nécessaires, car le plasma ne contient pas de globules rouges.9

La prescription de tout PSL doit mentionner l’indication clinique qui motive la transfusion. L’Instruction de 2026 insiste sur cette obligation pour le plasma : sans cette mention, la structure de délivrance peut ne pas délivrer le produit.

Réception et vérification du PFC 

À la réception dans le service, l’infirmier(e) procède au contrôle de conformité commun à tout produit sanguin labile (identité du patient, concordance prescription/fiche de délivrance, intégrité de la poche, date de péremption) et vérifie les éléments propres au plasma frais congelé : 

  • Aspect du produit : le plasma décongelé se présente comme un liquide d’aspect limpide à légèrement trouble. Toute floculation (formation de petits agrégats), altération de la couleur ou fuite interdit la transfusion.10

  • Délai réglementaire : la transfusion doit débuter dans les 6 heures suivant la décongélation. L’infirmier(e) note la date et l’heure de réception : cet enregistrement fait référence pour le respect du délai.10

Toute anomalie impose de ne pas transfuser et de contacter la structure de délivrance.

Contrôle ultime pré-transfusionnel

Le contrôle ultime de concordance est obligatoire avant la pose de chaque PFC. L’infirmier(e) vérifie la concordance entre l’identité du patient, les documents (prescription, fiche de délivrance) et l’étiquette du produit (type de plasma, numéro d’identification, groupe ABO, qualifications). La procédure complète et les règles de concordance sont décrites dans notre article sur le contrôle ultime pré-transfusionnel (CUPT).

Aucun test de compatibilité ABO sur carte n’est réalisé pour le plasma. Ce test est réservé aux CGR et aux concentrés de granulocytes.

Administration et débit

Le branchement suit le protocole commun des produits sanguins labiles : hygiène des mains, tubulure avec filtre, purge, raccordement aseptique à la voie d’abord dédiée, débit initial lent pendant les 15 premières minutes, puis augmentation progressive.

L’Instruction de 2026 ne fixe pas de durée d’administration spécifique pour le plasma, mais mentionne que le prescripteur doit préciser le débit ou le temps de perfusion sur chaque prescription. Si cette mention est absente, l’infirmier(e) se fait préciser la consigne avant de débuter.9

Chez les patients à risque de surcharge volémique (TACO), le médecin adapte le débit au poids du patient et fractionne la transfusion.

Remarque : 11

À titre indicatif, les recommandations internationales de l’ANZSBT (Australian and New Zealand Society of Blood Transfusion) retiennent une durée d’administration d’environ 30 minutes chez l’adulte sans risque de surcharge.

Risques liés à la transfusion de plasma 

Le plasma frais congelé est le produit sanguin labile le moins fréquemment impliqué dans les déclarations d’effets indésirables receveurs d’imputabilité forte.1.12 Son profil de risque diffère de celui des CGR et des concentrés plaquettaires, car le plasma contient très peu de cellules sanguines résiduelles : 

  • Réaction allergique : effet indésirable le plus fréquent avec le plasma, lié aux protéines plasmatiques du donneur. Les formes sévères sont plus fréquentes qu’avec les autres PSL.12

  • TRALI (œdème pulmonaire lésionnel) : historiquement lié aux anticorps anti-HLA ou anti-HNA présents dans le plasma du donneur.1 La sélection des donneurs par l’EFS a rendu cette complication rare en France.12

  • TACO (œdème pulmonaire de surcharge) : possible, en particulier chez les patients de plus de 70 ans ou insuffisants cardiaques. Le débit adapté au poids et la transfusion fractionnée préviennent ce risque.9

Le plasma étant dépourvu de cellules, certaines complications des produits cellulaires sont beaucoup plus rare comme la réaction fébrile non hémolytique (RFNH), la surcharge en fer et la maladie du greffon contre l’hôte (GVH).

La surveillance, les conduites à tenir et le signalement en hémovigilance pour chaque complication sont détaillés dans notre article sur les complications de la transfusion sanguine.

Évaluation de l’efficacité de la transfusion de plasma 

L’efficacité d’une transfusion de plasma s’évalue sur le plan clinique (contrôle du saignement, stabilisation hémodynamique) et biologique (bilan d’hémostase de contrôle : temps de Quick, fibrinogène).1

Le temps de Quick mesure la vitesse de coagulation du plasma. Converti en taux de prothrombine (TP), il permet de suivre l’efficacité de la transfusion de plasma.13 

Le monitorage biologique en cours de transfusion permet davantage de suivre l’évolution globale du patient que de mesurer l’efficacité directe du plasma transfusé. La HAS souligne la faible capacité intrinsèque du plasma à corriger un temps de Quick anormal.1

Contrairement à la transfusion de plaquettes, qui impose une numération de contrôle entre 18 et 24 heures14, la surveillance après transfusion de plasma ne répond pas à une fenêtre horaire fixe. Elle se base sur une réévaluation clinique et biologique répétée, adaptée au contexte.

Évolution des pratiques transfusionnelles de plasma 

Les prescriptions de plasma thérapeutique sont en net recul : le nombre de plasmas délivrés a diminué de 7,5 % en 2024 par rapport à 2023.12 Cette tendance reflète l’évolution des pratiques vers une utilisation plus ciblée du plasma.

Cette évolution s’explique par le développement d’alternatives thérapeutiques (concentrés de complexe prothrombinique pour les AVK, anticorps monoclonaux pour les micro-angiopathies thrombotiques) et par la mise en œuvre de la gestion personnalisée du capital sanguin (Patient Blood Management), qui vise à réduire l’exposition des patients aux transfusions.12

En parallèle, le plasma lyophilisé (PLYO) poursuit son développement en milieu civil. Ses cessions ont augmenté de 15 % en 2024, portées par le renforcement des stocks dans les dépôts de sang hospitaliers.12 Conservé à température ambiante et reconstitué en quelques minutes, ce produit répond aux contraintes logistiques des situations d’urgence vitale.

Le don de plasma reste essentiel pour couvrir les besoins en produits transfusionnels et en médicaments dérivés du sang. 

Remerciements 

Nous tenons à exprimer notre profonde gratitude au Docteur Jean-Yves Py, secrétaire général de la Société Francophone de Transfusion Sanguine (SFTS), pour sa relecture attentive de cet article et sa précieuse contribution.

Nous remercions également Isabelle BATAILLE (cadre de santé et formatrice en IFSI), Aude PALLIER (formatrice et référente en santé), Marielle LABORDE (formatrice en santé), Badia JABRANE (directrice pédagogique) et Carole PALLARES (infirmière hygiéniste) pour leur relecture et leur contribution à la qualité pédagogique des contenus. 

Chez Réussis ton IFSI, nous nous engageons à proposer des contenus fiables et conformes aux recommandations en vigueur. En complément de l’expertise de notre équipe, nous sollicitons des professionnel(le)s extérieur(e)s qualifié(e)s qui enrichissent nos articles de leur regard clinique.

Sources

  1. HAS. (2012). Transfusion de plasma thérapeutique : produits, indications. Haute Autorité de Santé
  2. ISBT. (2026). Plasma Transfusion.
  3. Levy, J. H. et al. (2024). Reversal of direct oral anticoagulants: guidance from the SSC of the ISTH. J. Thromb. Haemost. 22, 2889–2899.
  4. Établissement français du sang. (2026). Tout savoir sur les groupes sanguins.
  5. Shanwell, A. et al. (2009). Post-transfusion mortality among recipients of ABO-compatible but non-identical plasma. Vox Sang. 96, 316–323.
  6. SFAR. (2020). Indications de transfusion de plasmas lyophilisés (PLYO) chez un patient en choc hémorragique ou à risque de transfusion massive en milieu civil.
  7. Code de la santé publique. (2026). Médicaments dérivés du sang (Articles R5121-181 à R5121-201) – Légifrance.
  8. Cushing, M. M. et al. (2019). Pathogen reduced plasma products: a clinical practice scientific review from the AABB. Transfusion (Paris) 59, 2974–2988.
  9. Ministère de la santé, des familles, de l’autonomie et des personnes handicapées. (2026). Instruction n° DGS/PP4/2026/97 du 19 juin 2026 relative à la réalisation de l’acte transfusionnel.
  10. Ministère des Solidarités et de la Santé. Décision du 3 juin 2025 fixant la liste et les caractéristiques des produits sanguins labiles.
  11. Australian and New Zealand Society of Blood Transfusion & Australian College of Nursing. (2024). GUIDELINES FOR THE ADMINISTRATION OF BLOOD PRODUCTS.
  12. ANSM. (2025). 22e rapport national d’hémovigilance.
  13. Académie de Médecine. (2019). Temps de Quick.
  14. HAS. (2015). Transfusion de plaquettes : produits, indications.