Le traitement des escarres repose sur une prise en charge locale adaptée au stade de la plaie et à l’état de santé du patient. Nettoyage, détersion, choix du pansement et gestion de la douleur constituent les soins infirmiers essentiels pour favoriser la cicatrisation et prévenir l’infection.
Ce protocole de soins n’est pas figé : il évolue selon l’aspect de l’escarre, le type de tissu présent dans le lit de la plaie et le niveau d’exsudat.
Cet article présente les soins adaptés à chaque stade, le choix du pansement, les techniques de détersion, les traitements chirurgicaux et la gestion de la douleur.
Les stades et les facteurs de risque de cette maladie sont détaillés dans notre article dédié à la définition, les stades et facteurs de risque de l’escarre.
Soins locaux de l’escarre : du nettoyage à l’évaluation
Le protocole de soins des escarres suit plusieurs étapes :
- Nettoyage de la plaie.
- Détersion des tissus dévitalisés si nécessaire.
- Évaluation colorimétrique pour choisir le type de pansement.
Quel que soit le stade, les mesures de prévention (décharge des points de pression sur la peau, nutrition, hydratation) doivent être intensifiées dès l’apparition de l’escarre.1 Les actions préventives adaptées à chaque profil sont détaillées dans notre guide sur la prévention des escarres en pratique infirmière.
Nettoyage de l’escarre
Le nettoyage constitue le premier soin local. Le protocole se déroule en plusieurs étapes :
- Hygiène de la plaie : la peau péri-lésionnelle et le pourtour de l’escarre peuvent être nettoyés à l’eau et au savon liquide doux (pH 5,5) à l’aide de gants de toilette à usage unique ou de compresses non tissées non stériles. Cette étape élimine les souillures et les résidus du pansement précédent.2.3
- Nettoyage mécanique : le lit de la plaie est nettoyé avec du sérum physiologique (chlorure de sodium à 0,9 %) à l’aide de compresses tissées stériles ou par irrigation à la seringue de 20 mL. Ce geste élimine les débris sans traumatiser les tissus en cours de cicatrisation.1–3
- Séchage : la périphérie de la plaie est séchée par tamponnements délicats avec des compresses sèches pour protéger la peau et prévenir la macération liée aux exsudats.4
→ Le lit de la plaie ne doit pas être séché, car le maintien d’un milieu humide est indispensable pour favoriser la cicatrisation.6
En présence de tissus dévitalisés (nécrose, fibrine) sur le lit de la plaie après le nettoyage, une détersion est nécessaire.
Les techniques de détersion, leurs indications et la gestion de la douleur associée sont détaillées dans la section « Détersion de l’escarre : techniques et gestion de la douleur ».
| Remarque : 3.7 L’utilisation d’antiseptiques sur l’escarre n’est pas indiquée. Ils sont toxiques pour les tissus en cours de cicatrisation, favorisent les résistances bactériennes et altèrent certains types de pansements (hydrocolloïdes, pansements à base d’argent). Certaines recommandations internationales ouvrent la discussion sur un usage ponctuel en cas de colonisation critique, bien que les preuves d’efficacité restent limitées. |
Évaluation colorimétrique de l’escarre
L’évaluation colorimétrique, appelée échelle RYB (Red, Yellow, Black), est une méthode visuelle utilisée après le nettoyage pour évaluer l’aspect de l’escarre et orienter le choix du pansement.1
L’infirmier(e) estime la proportion de chaque type de tissu présent dans le lit de la plaie selon trois couleurs : 2.5
- Rouge (bourgeonnement) : tissu sain et vascularisé, signe d’une cicatrisation active. Il doit être protégé et maintenu en milieu humide.
- Jaune (fibrine) : dépôt visqueux jaunâtre à éliminer pour permettre l’apparition du tissu de granulation.
- Noir (nécrose) : tissu dévitalisé, sec ou humide, qui freine la cicatrisation et favorise la prolifération bactérienne. Sa présence impose une détersion.
L’évaluation est exprimée en pourcentage (50 % rouge, 30 % jaune, 20 % noir) et réalisée à chaque réfection de pansement. Elle est consignée dans le dossier de soins pour garantir le suivi et la continuité de la prise en charge.1
L’aspect de la plaie (sèche, exsudative, hémorragique, malodorante) est évalué en parallèle de la colorimétrie.
| Remarque : 1 Cette évaluation reste qualitative. Elle ne renseigne pas sur la profondeur de l’escarre et doit être complétée par des mesures dimensionnelles (surface à la réglette ou au calque, profondeur au stylet). |
Pratiques contre-indiquées sur l’escarre
Certaines pratiques courantes en service retardent la cicatrisation de la plaie ou faussent l’évaluation clinique de l’escarre : 1.8.9
| Risque | Alternative | |
| Éosine et produits colorants | Masquent la couleur du lit de la plaie, empêchent le suivi colorimétrique. | Laisser la plaie visible pour l’évaluation. |
| Alcool et produits asséchants | Déshydratent les tissus et détruisent la barrière cutanée. | Sérum physiologique, savon doux pH 5,5. |
| Glaçons ou air chaud (sèche-cheveux) | Altèrent la circulation sanguine et aggravent l’ischémie locale. | Aucune application thermique sur l’escarre. |
| Bouées et anneaux | Concentrent la pression sur la périphérie de la plaie et entravent la circulation. | Coussin ou matelas de redistribution de pression. |
| Poches de perfusion sous les talons | Pression localisée inadaptée. | Dispositif de décharge talonnière adapté. |
| Massages et frictions sur l’escarre | Microtraumatismes, diminution du débit circulatoire local. | Effleurage sur peau saine uniquement (crème adaptée, huile de soin). |
Détersion de l’escarre : techniques et gestion de la douleur
La détersion est une étape indispensable dès que la plaie présente des tissus dévitalisés. Ces tissus ralentissent la cicatrisation et peuvent constituer un foyer d’infection.7
L’objectif de la détersion est de préparer le lit de la plaie pour permettre l’apparition du tissu de granulation (tissu rouge, vascularisé, signe d’une cicatrisation active) et ajuster le traitement en fonction de l’évolution de la plaie.
Détersion mécanique de l’escarre
La détersion mécanique est réalisée au lit du patient par l’infirmier(e), en milieu hospitalier ou à domicile. Depuis le 30 juin 2026, l’arrêté fixant la liste des actes et soins pouvant être réalisés par les infirmier(e)s diplômé(e)s d’État inscrit cet acte dans le rôle propre (art. 1, V).10
L’escarre y figure explicitement parmi les plaies chroniques prises en charge sans prescription médicale. Seule exception : si la plaie s’aggrave ou ne cicatrise pas malgré les soins prodigués, la prise en charge bascule vers le rôle prescrit.
Le/la soignant(e) utilise un set d’instruments stériles : curette à usage unique, bistouri, pinces métalliques à griffes et ciseaux à bouts ronds. Le geste s’effectue du centre de la plaie vers les berges pour retirer progressivement la nécrose et la fibrine.1.7
La détersion mécanique doit être précoce et répétée à chaque réfection de pansement, soit en moyenne tous les deux jours. Le geste doit être indolore et ne pas provoquer de saignement excessif.1.7
L’évaluation de la douleur avant et pendant le geste est un prérequis indispensable. Les modalités d’analgésie sont détaillées dans la partie « Gestion de la douleur lors de la détersion ».
Détersion autolytique de l’escarre
La détersion autolytique utilise des pansements qui permettent de maintenir un milieu humide, ce qui favorise la dégradation naturelle des tissus par les enzymes de l’organisme.5
Le choix du pansement dépend de l’état de la plaie : 5.11
- Pour le soin des plaies sèches et nécrotiques : utilisation d’hydrogels (composés à 80 % d’eau) pour hydrater et ramollir la nécrose et ainsi faciliter la détersion mécanique. Ils sont recouverts d’un pansement secondaire occlusif et les berges doivent être protégées pour prévenir la macération.
- Pour les plaies humides et fibrineuses : utilisation d’alginates, d’hydrofibres ou de super-absorbants qui piègent les débris dans leur structure gélifiée et drainent l’exsudat. Les pansements irrigo-absorbants (solution de Ringer) offrent une alternative en nettoyant activement le lit de la plaie.
En amont, la détersion autolytique ramollit les tissus dévitalisés et facilite le retrait lors du geste mécanique. En aval, elle complète la détersion mécanique en limitant les microtraumatismes et les saignements.7
| Remarque : 1.5 La détersion autolytique seule n’est pas adaptée aux plaies infectées. La conduite à tenir est détaillée dans la section « Reconnaître et traiter une escarre infectée ». |
Détersion chirurgicale
La détersion chirurgicale est réalisée au bloc opératoire par un(e) chirurgien(ne). Elle est indiquée en cas de nécrose étendue, d’atteinte des structures profondes (os, tendons, articulations), de fistules ou de sepsis dont le point de départ est l’escarre.1
Le/la chirurgien(ne) peut utiliser le bistouri ou d’autres techniques (jet haute pression, ultrasons) pour éliminer les tissus nécrotiques et le biofilm bactérien.7
Contre-indications à la détersion
La détersion est contre-indiquée ou strictement encadrée dans les situations suivantes : 1.7
- Insuffisance artérielle : la mesure de l’IPS (indice de pression systolique) est obligatoire avant la détersion d’une escarre du membre inférieur ou du talon. Sur un membre mal vascularisé, la détersion risque d’aggraver la lésion. Une revascularisation préalable est parfois nécessaire.
- Nécrose sèche et stable du talon : une plaque de nécrose sèche, ferme et adhérente sur le talon (ou un membre ischémique) ne doit pas être détergée, sauf en cas de suspicion d’infection sous-jacente (présence d’érythème, d’œdème ou écoulement purulent).
- Soins palliatifs : la détersion a pour but le confort du patient et de sa famille (par exemple pour réduire les odeurs liées aux tissus nécrotiques), pas la cicatrisation. La détersion chirurgicale est généralement contre-indiquée pour les sujets âgés porteurs d’escarres plurifactorielles et pour les patients en fin de vie.
- Troubles de l’hémostase : vigilance accrue chez le patient sous anticoagulants. Les alginates sont privilégiés pour leurs propriétés hémostatiques.
- Douleur non contrôlée : la détersion mécanique doit impérativement être indolore. Si la douleur est trop importante et ne peut être gérée, le geste doit être suspendu ou réalisé sous anesthésie plus lourde.
Gestion de la douleur lors de la détersion
L’infirmier(e) évalue systématiquement la douleur du patient avant et pendant le soin à l’aide d’outils validés (Échelle Visuelle Analogique, Échelle Numérique ou Verbale Simple).
Pour les patients incapables de communiquer, des échelles comportementales comme Doloplus ou ECPA sont préconisées.
L’analgésie est mise en place avant le soin, en respectant la prescription médicale : 1
- Anesthésie locale : gel ou crème anesthésiante appliqué(e) sous film occlusif sur le lit de la plaie.
- Antalgiques par voie générale : antalgique de palier 1, morphine.
- MEOPA : la sédation consciente par mélange équimolaire oxygène-protoxyde d’azote peut être envisagée pour les détersions les plus douloureuses.
→ Les douleurs neurogènes chroniques liées à l’escarre peuvent nécessiter un traitement spécifique (antidépresseurs tricycliques, anticonvulsivants) en concertation avec le médecin.1
Le confort du patient passe aussi par des mesures non pharmacologiques : respecter ses préférences au sujet du moment du soin, privilégier le lavage par irrigation plutôt que la friction, espacer les réfections si la douleur reste mal contrôlée.
L’éducation du patient, la relaxation, la musicothérapie et la réassurance permettent de diminuer l’anxiété qui majore le vécu douloureux.3
Soins adaptés à chaque stade de l’escarre
Les soins peuvent varier selon le stade de l’escarre, mais le nettoyage au sérum physiologique et l’évaluation colorimétrique restent systématiques. Les caractéristiques cliniques de chaque stade sont détaillées dans notre article dédié à la définition, les stades et facteurs de risque de l’escarre.
Soins de l’escarre de stade 1
L’escarre de stade I se manifeste par une rougeur persistante (érythème non blanchissable) sur une peau intacte. À ce stade, la lésion est réversible. L’objectif est d’éviter l’aggravation vers un stade supérieur.1
Les actions à réaliser :
- Décharge immédiate de la zone concernée pour restaurer la circulation sanguine dans les tissus comprimés.1 Pour les talons, une décharge totale est recommandée (le talon ne touche aucune surface).12.13
- Protection cutanée par un film semi-perméable ou un hydrocolloïde transparent si besoin pour créer une protection de la plaie contre l’humidité (urines, macération).1
- Pansement prophylactique hydrocellulaire multicouche siliconé sur le sacrum ou les talons des personnes à haut risque, pour réduire le cisaillement et la friction.13.14
La rougeur est surveillée lors de chaque changement de position. Sa persistance malgré la décharge impose une réévaluation clinique.
Soins de l’escarre de stade 2
L’escarre de stade II correspond à une perte partielle de l’épaisseur de la peau. Elle se manifeste par une abrasion, une ulcération superficielle ou une phlyctène. L’objectif est de protéger la lésion et de favoriser la cicatrisation en milieu humide.1
Gestion de la phlyctène : 1
- Phlyctène séreuse intacte : réaliser une brèche au bistouri stérile pour évacuer le liquide, tout en conservant le toit comme protection biologique naturelle du derme.
- Phlyctène hémorragique : si le volume est faible, attendre la dessiccation naturelle. Si le volume est important ou le risque infectieux élevé, l’excision du toit peut être nécessaire après avis médical.
La plaie ouverte doit ensuite être recouverte par un pansement :
- Plaie peu exsudative : pansement hydrocolloïde ou pansement gras.1
- Plaies exsudatives (écoulement modéré à abondant) : les pansements hydrocellulaires (type foams) sont privilégiés pour leur capacité d’absorption.1.3
- Plaie sèche : des hydrogels peuvent être utilisés sur des lésions de stade 2 non infectées pour favoriser l’autolyse si nécessaire.3
| Remarque : Il est recommandé de protéger la peau péri-lésionnelle de la macération avec une pâte à l’eau ou à l’oxyde de zinc ou avec un hydrocolloïde mince.3.5 La zone lésée doit être mise hors appui strict pour permettre la réparation tissulaire.12 |
Soins de l’escarre de stade 3
L’escarre de stade III correspond à une ulcération profonde qui atteint l’hypoderme. Le lit de la plaie présente régulièrement de la fibrine ou de la nécrose.1
La détersion est l’étape prioritaire : l’élimination des tissus morts est indispensable, car ils constituent un obstacle à la formation du tissu de granulation et favorisent la prolifération bactérienne.5
Choix du pansement : il dépend de l’aspect de la plaie après détersion et de la quantité d’exsudat. Les correspondances entre l’aspect de l’escarre et le type de pansement sont détaillées dans la section « Choix du pansement selon l’aspect de l’escarre ».
Apport nutritionnel : la dénutrition est un facteur majeur de retard de cicatrisation. Un apport nutritionnel et hydrique suffisant est indispensable pour soutenir la reconstruction tissulaire. L’infirmier(e) collabore avec le/la diététicien(ne), surveille la prise des repas et administre les des compléments nutritionnels oraux (CNO) si prescrits.8
| Remarque : 3.15 Si la plaie résiste à un traitement local bien conduit, un « traitement par pression négative » peut être envisagé en deuxième intention pour accélérer la formation du tissu de granulation. |
Soins de l’escarre de stade 4
L’escarre de stade IV est une plaie plus profonde qui expose les structures nobles : muscles, os, tendons ou capsules articulaires.
La lésion présente souvent des décollements périphériques et des fistules et le risque de complications graves (ostéite, infection profonde) est élevé lorsque l’os est visible au fond de la plaie.1
Soins infirmiers :
- Pansements cavitaires : les alginates ou hydrofibres en mèche comblent l’espace mort, drainent les exsudats et évitent la fermeture prématurée de la plaie en surface.1.3
- Gestion des odeurs : les pansements au charbon réduisent les odeurs liées à la nécrose et améliorent le confort du patient et de son entourage.
- Supports : les lits fluidisés (microsphères en suspension dans un flux d’air, le patient « flotte ») ou à perte d’air (flux d’air continu à travers le matelas) sont indiqués pour les personnes porteuses de lésions multiples ou complexes.1.11.13
| Remarque : L’exposition des structures profondes au stade 4 peut nécessiter un traitement par pression négative et une chirurgie de recouvrement pour que la plaie de se ferme. |
Choix du pansement selon l’aspect de l’escarre
Aucune étude n’a démontré la supériorité d’un type de pansement par rapport à un autre en ce qui concerne la cicatrisation de l’escarre. Le choix repose sur l’aspect de la plaie, le niveau d’exsudat et le jugement du/de la soignant(e).1.6
Le tableau ci-dessous synthétise les orientations de choix issues des recommandations françaises et internationales : 1.6.11.16
| Orientation pansement | Objectif | |
Nécrotique (noire, sèche)
| Hydrogel. | Réhydrater et ramollir la nécrose pour faciliter la détersion. |
Fibrineuse (jaune)
| Alginate, hydrofibre. | Absorber l’exsudat et piéger les débris fibrineux. |
Bourgeonnante (rouge)
| Pansement gras, hydrocolloïde, hydrocellulaire. | Maintenir un milieu humide et protéger le tissu de granulation. |
En épithélialisation (rose)
| Hydrocolloïde, film polyuréthane, hydrocellulaire, pansement gras. | Protéger la peau néoformée jusqu’à la fermeture. |
Exsudative
| Alginate, hydrocellulaire, hydrofibre. | Absorber les exsudats et prévenir la macération. |
Hémorragique
| Alginate. | Propriétés hémostatiques. |
Cavitaire
| Alginate ou hydrofibre en mèche, hydrocellulaire cavitaire. | Combler l’espace mort et drainer la cavité. |
Infectée
| Alginate ou hydrofibre (non occlusifs). Pansement antimicrobien (argent, iode) en complément, durée limitée de 2 à 4 semaines. | Piéger les bactéries, contrôler le biofilm. |
Chaque réfection de pansement doit être consignée dans le dossier de soins : dimensions de la plaie, colorimétrie en pourcentage, aspect, état de la peau péri-lésionnelle, type de pansement posé, douleur évaluée et tolérance du soin.
La conduite à tenir devant une escarre infectée, y compris le choix du pansement, est détaillée dans la section « Reconnaître et traiter une escarre infectée ».
Traitement par pression négative et chirurgie de l’escarre
Le traitement par pression négative (TPN) et la chirurgie sont étroitement liés dans la prise en charge des escarres complexes de stades 3 et 4.
Traitement par pression négative (TPN)
Le TPN consiste à placer la plaie sous une pression négative à l’aide d’un pansement raccordé à une source de dépression. Ce vide accélère la formation du tissu de granulation, réduit la taille de la plaie et draine les exsudats.15
Il est envisagé en deuxième intention, pour les escarres de stade 3 ou 4 : 6.15
- Sur une plaie détergée, lorsque les pansements conventionnels n’ont pas permis un bourgeonnement satisfaisant.
- En vue d’un geste de couverture chirurgicale (greffe ou lambeau) ou d’une cicatrisation dirigée.
- Le TPN peut également servir de transition entre deux temps chirurgicaux.
La présence de nécrose, d’hémorragie active, d’infection non contrôlée, de fistule non explorée, de plaie tumorale ou d’insuffisance artérielle non revascularisée contre-indiquent sa mise en place.15
| Remarque : 17 Une revue systématique de 2023 conclut que les données actuellement disponibles ne permettent pas de confirmer le bénéfice clinique du TPN par rapport aux pansements conventionnels. |
Traitement chirurgicale de l’escarre
La chirurgie intervient principalement au stade 4, lorsque les structures profondes sont exposées, en cas de nécrose étendue, de sepsis d’origine cutanée ou de persistance de la plaie malgré un traitement local bien conduit.1
L’intervention se déroule en deux temps : 1
- Détersion chirurgicale : excision de tous les tissus nécrotiques et infectés jusqu’à l’obtention d’un tissu sain.
- Couverture de la plaie : une fois le lit de la plaie propre, la fermeture est effectuée avec un lambeau (apporte un matelassage vascularisé sur la saillie osseuse) ou une greffe cutanée selon la localisation et l’état du patient.
La réussite de l’intervention dépend d’une mise en décharge totale de la zone opérée pendant plusieurs semaines. La prévention de la récidive est essentielle, car le capital musculaire et cutané utilisé pour le lambeau n’est pas renouvelable.1
Reconnaître et traiter une escarre infectée
L’infection de l’escarre est une complication grave qui peut engager le pronostic vital de la personne. Il faut la distinguer de la colonisation bactérienne, quasi constante dans toute plaie chronique et utile à la cicatrisation.1
Signes cliniques d’infection de l’escarre
Une infection peut être suspectée devant les signes suivants : 1.3
- Érythème péri-lésionnel.
- Chaleur locale.
- Oedème.
- Odeur forte.
- Augmentation de l’exsudat, aspect purulent ou verdâtre.
Des signes de gravité imposent un avis médical urgent : retard de cicatrisation inexpliqué, augmentation de la douleur, fièvre, confusion.3
Prélèvement bactériologique et antibiothérapie
Le prélèvement bactériologique n’est pas systématique. Il est justifié en présence de signes cliniques d’infection. En l’absence de signes infectieux, un prélèvement risquerait d’induire des traitements inutiles ciblant des germes commensaux.
L’infection est confirmée par prélèvement local (ponction, biopsie) et des hémocultures en cas de suspicion de sepsis.1
Les antibiotiques par voie générale ne sont indiqués qu’en cas d’infection avérée avec signes d’extension (cellulite, ostéite, sepsis). Elle est ajustée selon l’antibiogramme.1.3
Adaptation des soins locaux
La détersion mécanique devient quotidienne, voire biquotidienne, pour réduire la charge bactérienne.1 Le sérum physiologique reste le produit de référence pour le nettoyage, cependant l’utilisation d’antiseptiques peut être envisagée pour contrôler une charge microbienne élevée.3.7
Les pansements non occlusifs comme les alginates et les hydrofibres sont recommandés, car ils piègent les bactéries dans leurs fibres.5
→ Des pansements antimicrobiens (argent, iode) peuvent être utilisés pour le contrôle du biofilm, en complément de la détersion.3.7
Un recours chirurgical est nécessaire en cas de nécrose étendue associée à l’infection ou d’exposition osseuse.
Impact de l’escarre sur la qualité de vie
La douleur chronique liée à l’escarre, souvent sous-estimée, n’est pas corrélée à la taille de la lésion. Elle perturbe le sommeil, limite les activités quotidiennes et génère anxiété et dépression.1
La présence d’une plaie ouverte dégrade l’image corporelle et peut provoquer un sentiment de honte. L’immobilisation prolongée réduit l’autonomie de la personne et favorise l’isolement social. Ces facteurs combinés augmentent le risque de syndrome dépressif et dégradent durablement l’état de santé global du patient.1
L’entourage et les soignant(e)s sont également concerné(e)s. En fin de vie, l’aggravation de la plaie peut susciter chez le/la professionnel(le) de santé un sentiment de culpabilité ou d’échec.
Témoignages d’infirmières spécialisées plaies et cicatrisation
« On peut mettre beaucoup de choses sur une escarre… sauf le patient. »
Pour ce qui est des pansements, un dicton bien connu en soins infirmiers résume parfaitement la priorité : « On peut mettre beaucoup de choses sur une escarre… sauf le patient. ». Autrement dit, aucun pansement, même le plus performant, ne remplacera jamais la décharge. La gestion de la pression reste toujours l’élément central de la prise en charge.
Jeanne GOUDMAND – infirmière libérale et formatrice plaies et cicatrisation
« Faites évoluer le pansement »
La prise en soin globale, vous aidera à bien des égards. N’oubliez pas d’observer votre patient et de l’interroger. Faites évoluer le pansement, selon la plaie pas l’inverse.
Élodie ROPERT – infirmière DU plaies et cicatrisation à Bordeaux
Conclusion
Le traitement de l’escarre associe nettoyage, détersion, choix du pansement et gestion de la douleur, en coordination avec l’équipe pluridisciplinaire. Chaque évaluation et chaque soin doivent être tracés dans le dossier pour garantir la continuité de la prise en charge. En cas de doute, consulter un(e) professionnel(le) spécialisé(e) (IDE DU plaies et cicatrisation) est indispensable.
D’autres thérapies adjuvantes (électrostimulation, ultrasons, pansements biologiques) sont en cours d’évaluation, mais les données restent insuffisantes pour recommander leur usage dans la pratique courante.
Remerciements
Nous remercions Jonas HAURET-CLOS (infirmier spécialisé en SMR respiratoire et polyvalent) pour sa contribution à la recherche documentaire et pour la relecture de cet article ainsi que Élodie ROPERT (infirmière DU plaies et cicatrisation à Bordeaux) et Jeanne GOUDMAND (infirmière libérale et formatrice plaies et cicatrisation) pour leurs témoignages.
Nous remercions également Isabelle BATAILLE (cadre de santé et formatrice en IFSI), Aude PALLIER (formatrice et référente en santé), Marielle LABORDE (formatrice en santé), Badia JABRANE (directrice pédagogique) et Carole PALLARES (infirmière hygiéniste) pour leur relecture et leur contribution à la qualité pédagogique de nos contenus.
Chez Réussis ton IFSI, nous nous engageons à proposer des contenus fiables et conformes aux recommandations en vigueur. En complément de l’expertise de notre équipe, nous sollicitons des professionnel(le)s extérieur(e)s qualifié(e)s qui enrichissent nos articles de leur regard clinique.
Sources
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- Société Française de l’escarre (2024). Évaluation d’une plaie et checklist chariot pansement.
- Visconti, A. J., Sola, O. I. & Raghavan, P. V. (2023). Pressure Injuries: Prevention, Evaluation, and Management. Am. Fam. Physician 108, 166–174.
- Société Française de l’escarre (2025). Checklist prévention des escarres : réanimation, médecine, EHPAD, domicile.
- Meaume, S. & Faure, C. (2019). Pansements de la détersion. Rev. Francoph. Cicatrisation 3, 14–19.
- Westby, M. J., Dumville, J. C., Soares, M. O., Stubbs, N. & Norman, G. (2017). Dressings and topical agents for treating pressure ulcers – Westby, MJ – 2017 | Cochrane Library.
- Téot, L. (2017). La détersion des escarres. Rev. Francoph. Cicatrisation 1, 24–27.
- Société Française de l’escarre (2018). Prévention des escarres, quelles recommandations internationales en 2018 ?
- National Pressure Injury Advisory Panel, European Pressure Ulcer Advisory Panel and Pan Pacific Pressure Injury Alliance (2025). Preventing Heel Pressure Injuries. International Guideline.
- Ministère de la Santé (2026). Arrêté du 26 juin 2026 fixant la liste des actes et soins pouvant être réalisés par les infirmiers diplômés d’Etat.
- Barrois B, Colin D, Ribinik P, Saumet JL, et al. (2012). Prise en charge des patients à risque et/ou porteurs d’escarres. Recommandations françaises pour la pratique clinique par consensus formalisé d’experts. PERSE, en partenariat avec la SFGG, la SOFMER et la SFFPC.
- Société Française de l’escarre (2022). Recommandations Françaises de bonnes pratiques pour la prise en charge des sujets à risque et/ou porteurs d’escarre du talon.
- National Pressure Injury Advisory Panel, European Pressure Ulcer Advisory Panel and Pan Pacific Pressure & Injury Alliance (2026). Prevention and Treatment of Pressure Ulcers/Injuries: Quick Reference Guide.
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- Centre Fédéral d’Expertise des Soins de Santé (KCE) (2013). Recommandations nationales pour le traitement des escarres.
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