Le sondage urinaire à demeure consiste à introduire une sonde stérile dans la vessie par l’urètre afin d’assurer le drainage continu des urines. Ce dispositif médical est prescrit pour traiter une rétention urinaire, surveiller la diurèse ou protéger une plaie exposée aux urines.
L’infirmier(e) joue un rôle central dans cet acte de soin : préparation du matériel, asepsie rigoureuse, pose atraumatique, fixation et surveillance quotidienne du système collecteur. Chaque étape requiert méthode, douceur et respect de l’intimité du patient.
Cette procédure n’est pas anodine. Une mauvaise technique, un matériel inadapté ou un manque d’hygiène peuvent entraîner des infections urinaires, des traumatismes urétraux ou une obstruction vésicale.
Ce guide infirmier comprend les indications, la technique de pose, les mesures d’asepsie et les protocoles de surveillance pour un soin sécurisé, confortable et conforme aux recommandations professionnelles.
Définition
Une sonde vésicale est un tube stérile introduit dans la vessie par l’urètre afin d’assurer le drainage temporaire ou continu des urines.
Elle est préconisée lorsque la miction spontanée est impossible, insuffisante ou lorsqu’une surveillance précise de la diurèse est nécessaire.
Utilisée à des fins préventives, elle permet notamment de préserver l’intégrité cutanée des patients incontinents présentant des escarres sacrées ou périnéales.
Les différents types de sondes urinaires
Il existe plusieurs types de sondes urinaires utilisées selon la durée d’utilisation prévue, l’objectif du soin et l’état clinique du patient. Chaque dispositif possède des caractéristiques spécifiques, utiles pour adapter la prise en charge et limiter le risque d’infections urinaires associées aux soins (IUAS). Dans ce cours, nous passons en revue les principales sondes et leurs particularités.
La sonde vésicale à demeure
La sonde vésicale à demeure (sonde de Foley) est un dispositif médical destiné au drainage continu des urines. Elle est introduite dans le méat urinaire jusqu’à la vessie et maintenue dans celle-ci grâce à un ballonnet gonflé avec de l’eau stérile.
Elle comprend :
- Une extrémité vésicale, munie d’orifices permettant l’évacuation de l’urine.
- Un canal de gonflage relié au ballonnet, pour maintenir la sonde dans la vessie.
- Une extrémité externe, connectée à la poche de recueil urinaire par un système clos.
Les sondes ou le raccord des sacs collecteurs disposent également d’un site de prélèvement intégré, qui permet de réaliser un examen cytobactériologique des urines (ECBU) sans rompre le circuit.
Pour connaître la technique de prélèvement d’un ECBU sur sonde urinaire, vous pouvez consulter notre guide infirmier sur l’ECBU.
Pour assurer un drainage vésical efficace et bien toléré, le choix de la sonde repose sur plusieurs paramètres physiques : longueur, calibre, matériau, type d’extrémité et volume du ballonnet.
→ La longueur, généralement comprise entre 20 et 40 cm, varie selon le sexe : 1
- Chez l’homme dont l’urètre mesure de 15 à 20 cm, la sonde doit être plus longue pour positionner correctement les œillets de drainage dans la vessie.
- Chez la femme dont celle-ci est plus petite (3 à 4 cm), une sonde plus courte est utilisée.
→ Le calibre, exprimé en Charrière (Ch), dépend de l’âge et du sexe : 2.3
- Adulte : 12 à 24 Ch (14–16 Ch recommandé chez la femme, 16–18 Ch chez l’homme).
- Enfant : 8 à 12 Ch, pour limiter le risque de traumatisme urétral.
Plus le nombre de Charrière (Ch) est élevé, plus le diamètre de la sonde est important.
Les caractéristiques présentées dans le tableau suivant complètent ces paramètres de choix.
Tableau 1 – Caractéristiques générales des sondes de Foley : 3.4
| Caractéristique | Critères de choix / précautions | Valeurs indicatives |
| Ballonnet | – Gonfler à l’eau stérile uniquement. – Pas de NaCl, car risque de formation de cristaux dans le ballonnet et d’obstruction du canal. – Pas d’air (risque de dégonflement). | – Varie selon les modèles : – 5 à 10 mL (standard). – 30 mL (spécifique). – Le volume est indiqué sur l’extrémité externe qui est reliée au collecteur. |
| Lubrifiant | – Réduire les frictions et le risque de traumatisme urétral. | – Hydrophile : activation par eau stérile. – Pré-lubrifiée : usage immédiat. – Non lubrifiée : appliquer un lubrifiant stérile. |
| Longueur | – Sexe du patient. | – ♀ 20 cm. – ♂ 40 cm. |
| Diamètre (Ch) | – Sexe du patient. – Âge. | – Pédiatrie : 8 à 12 Ch. – ♀ Ch 14–16. – ♂ Ch 16–18. |
| Extrémité vésicale | – Forme adaptée à la morphologie urétrale. | – Droite : standard. – Béquillée (Tiemann) : facilite le passage en cas d’hypertrophie de la prostate. |
| Extrémité externe | – Connexion à poche. | – Système clos : poche collectrice + robinet. |
Le type de matériau détermine la durée d’utilisation et le niveau de tolérance.
Tableau 2 – Types de sondes selon usage et durée : 3
| Type de sonde | Usage | Durée | Particularités |
| Latex 100 % | – Court terme. | – < 7 j. | – Souple. – Risque allergique. |
| Latex enduit de silicone | – Court à moyen terme. | – ≤ 15 j. | – Tolérance améliorée, mais risque allergène. |
| Silicone 100 % | – Long terme. | – ≤ 6 sem. | – Biocompatible, non allergène. |
Sonde pour sondage intermittent
Le sondage intermittent consiste à introduire brièvement une sonde urinaire stérile dans la vessie pour en évacuer les urines, sans maintien en place du dispositif.
Les sondes utilisées ne comportent pas de ballonnet et ne sont pas reliées à un système clos de drainage, car leur usage est limité dans le temps.
Cette méthode limite le risque d’infection urinaire comparativement à la sonde à demeure, mais exige un apprentissage encadré du geste.
La technique de réalisation et les différences avec le sondage à demeure sont détaillées dans l’article dédié sur le sondage intermittent.
Sonde à trois voies pour lavage vésical
Le lavage vésical consiste à irriguer la vessie à l’aide d’une solution stérile dans le but d’éliminer des caillots, des débris ou des résidus infectieux.
Il est indiqué principalement après une chirurgie urologique (notamment une résection transurétrale de prostate ou de tumeur vésicale) ou lors de rétention urinaire avec hématurie caillotante.
Une technique aseptique stricte est indispensable pour prévenir les infections urinaires et garantir l’efficacité du drainage présente dans les services d’urologie.
Indications et contre-indications du sondage urinaire à demeure
Indications
La rétention aiguë d’urine (RAU) constitue la principale indication de la pose d’une sonde urinaire à demeure. Elle se définit par l’impossibilité d’évacuer une vessie pleine malgré des besoins impérieux.
Elle touche plus fréquemment les hommes, en raison de la prévalence des pathologies prostatiques à l’origine d’une obstruction mécanique.
Ses origines peuvent être variées : 6
- Mécanique : obstruction de l’urètre ou du col vésical (hypertrophie bénigne de la prostate, tumeur, lithiase, sténose).
- Fonctionnelle : atteinte neurologique centrale (traumatisme crânien, sclérose en plaques), périphérique (lésion médullaire, compression radiculaire), ou présence d’un fécalome provoquant un blocage réflexe.
- Iatrogène/médicamenteuse : liée aux anticholinergiques, morphiniques, anesthésiques ou sédatifs inhibant la contraction du détrusor.
La rétention peut également devenir chronique, lorsqu’une vidange vésicale incomplète s’installe progressivement.
Le diagnostic de rétention repose sur la mesure du volume vésical (voir paragraphe ci-dessous « Évaluation du remplissage vésical »).
Tableau 3 – Autres indications du sondage urinaire à demeure : 7
| Indication | Contexte clinique | Objectif du sondage |
| Surveillance de la diurèse horaire | – Soins intensifs pour bilans hydriques précis ou une surveillance urodynamique. | – Mesurer avec précision la diurèse. |
| Période opératoire prolongée | – Chirurgie pelvienne, urologique ou générale. | – Maintenir la vessie vide, éviter la distension et faciliter la surveillance postopératoire. |
| Escarres sacrées ou périnéales avec incontinence urinaire sévère | – Plaies exposées aux urines, risque de macération ou d’infection. | – Réduire l’humidité, protéger la plaie et favoriser la cicatrisation. |
| Immobilisation prolongée | – Patient alité, polytraumatisé ou présentant une dépendance motrice sévère. | – Assurer le confort, prévenir la rétention et limiter les manipulations pour limiter la douleur. |
| Soins palliatifs et fin de vie | – Douleur, sédation ou altération de la conscience. | – Éviter les mobilisations douloureuses et préserver la dignité du patient. – Prévenir la iatrogénie médicamenteuse. |
Évaluation du remplissage vésical
La capacité fonctionnelle moyenne de la vessie est de 400 à 600 mL, avec un besoin d’uriner apparaissant vers 300 mL.
Le bladder scan est un examen rapide, non invasif et indolore, qui permet d’estimer le volume vésical et le résidu post-mictionnel (RPM) pour confirmer ou exclure une RAU.
Volume vésical : 8
- ≥ 300 mL avec symptômes (douleur, globe, besoin impérieux), une RAU est suspectée.
- ≥ 500 mL avec impossibilité d’uriner, une RAU est certaine.
- RPM ≥ 150 mL, une rétention chronique est suspectée.
Le bladder scan peut être réalisé par l’infirmier(e) et doit être privilégié dès qu’une rétention est suspectée, afin d’éviter un sondage inutile ou retardé.
En dehors des épisodes de RAU, le sondage à demeure peut être indiqué dans d’autres contextes cliniques, présentés ci-dessous.
Contre-indications
Les contre-indications au sondage vésical sont rares, mais nécessitent une évaluation clinique approfondie.
Elles ne rendent pas toujours le geste impossible, mais peuvent imposer une adaptation de la technique ou du matériel.
Contre-indications absolues : 9
- Lésion urétrale : une lésion urétrale peut être suspectée après un traumatisme fermé si les patients ont du sang au niveau du méat urétral (signe le plus important), une incapacité à uriner, une ecchymose périnéale, scrotale ou du pénis et/ou un œdème.
Contre-indications relatives :
- Reconstruction urétrale, chirurgie de la prostate ou chirurgie de la vessie.
- Traumatisme urétral.
- Traumatisme du bassin.
En cas d’impossibilité ou de contre-indication au sondage urétral, le cathéter sus-pubien constitue une alternative fiable.
Introduit directement dans la vessie par voie abdominale, il permet un drainage vésical continu tout en préservant l’intégrité de l’urètre et en réduisant le risque de complications infectieuses ou mécaniques liées à la voie urétrale.
Cette intervention médicale nécessite le plus souvent d’être effectuée sous anesthésie locale dans des conditions d’asepsie stricte.
Ces situations sont fréquentes en service d’urologie, où le suivi des patients sondés côtoie d’autres systèmes de drainage comme la néphrostomie et le cathéter sus-pubien.
Pour mieux comprendre ces prises en charge et les pathologies urologiques associées, consultez notre guide du stage infirmier en urologie.
Cadre législatif et responsabilité infirmière
Le sondage urinaire est un acte relevant de la compétence infirmière, encadré par le Code de la santé publique (articles R4311-5, R4311-7 et R4311-10).
Selon la situation clinique, il peut relever du rôle propre, du rôle prescrit ou d’une collaboration avec le médecin.
Le tableau ci-dessous récapitule les principaux actes liés au sondage urinaire et leur cadre réglementaire.
Tableau 4 – Rôle de l’infirmier(e) dans les actes de sondage urinaire : 10.11.12.13
| Situation | Rôle de l’infirmier(e) | Article du Code de la santé publique (CSP) | Prescription médicale |
| Premier sondage vésical chez l’homme (RAU) | – Participation avec le médecin | – R.4311-10 | – Oui |
| Sondage urinaire (homme/femme) | – Acte infirmier sur prescription médicale | – R.4311-7 | – Oui |
| Changement de sonde | – Acte relevant du rôle propre | – R.4311-5 | – Non |
| Surveillance d’une sonde en place | – Acte relevant du rôle propre | – R.4311-5 | – Non |
| Information et consentement du patient | – Obligation éthique et légale : informer, expliquer, recueillir un consentement libre et éclairé | – L.1111-4 | – Non |
La réalisation de ce soin engage la responsabilité professionnelle de l’infirmier(e). Elle suppose la traçabilité de l’acte, la vérification de la prescription et le respect strict des règles d’asepsie et de consentement.
Préparation du patient et de l’environnement avant le soin
Information et accompagnement du patient
Information
Le patient vit souvent une situation anxiogène, associée à la pathologie et à la douleur.
L’infirmier(e) fait preuve de bienveillance, d’écoute et de respect pour instaurer un climat de confiance favorable au bon déroulement du soin.
Il est essentiel d’expliquer la procédure, d’adapter le discours au niveau de compréhension du patient et d’utiliser un langage clair, sans utiliser de formulations anxiogènes.
Respect du confort, de la pudeur et de l’intimité
L’installation doit garantir le confort et la pudeur du patient. En effet, ce soin touchant les parties génitales, il est primordial d’adapter sa posture de soignant(e). L’infirmier(e) veille à préserver l’intimité du patient en fermant la porte ou le rideau, en mettant la présence de soin lumineuse et en ne découvrant que la partie basse du patient.
Le patient est placé en décubitus dorsal, la tête légèrement relevée pour favoriser la détente.
Tout au long du soin, l’infirmier(e) reste attentif/attentive aux signes de douleur, d’anxiété ou d’inconfort, afin d’ajuster la posture et l’accompagnement.
Préparation de l’environnement du soin
L’environnement du soin doit répondre aux exigences d’hygiène, de sécurité et d’ergonomie pour garantir un geste efficace et limiter tout risque infectieux.
- Hors urgence, la pose s’effectue après réfection du lit et nettoyage de la chambre.
- Choisir un espace calme, propre et bien éclairé, afin d’assurer le confort du patient et de faciliter l’installation du matériel.
- Nettoyer et désinfecter le plan de travail avec un produit conforme à la norme EN 1369714, en respectant le temps de contact recommandé.
- S’installer de manière stable et ergonomique, dans une position confortable, offrant une bonne visibilité du site de soin et un accès facile au matériel.
Vérification et préparation du matériel stérile
Avant la réalisation du soin, il est nécessaire de préparer et vérifier l’ensemble du matériel requis, de vérifier l’intégrité des emballages stériles (absence de déchirure, d’humidité, de perforation) et de contrôler les dates de péremption.
Le choix de la sonde se fait en fonction de la prescription médicale et en tenant compte de l’ensemble des caractéristiques évoquées précédemment (type, calibre, matériau, durée d’utilisation et indication clinique).
Matériel nécessaire pour la pose de sonde urinaire
Tableau 5 – Matériel nécessaire pour la pose d’une sonde urinaire :
| Catégorie | Matériel |
| Hygiène soignant(e)/environnement | – Plateau préalablement désinfecté pour transporter le matériel – Solution hydroalcoolique (SHA) – Désinfectant de surface – Tablier à usage unique – Masque chirurgical15 |
| Toilette urogénitale ou toilette intime | – Protection absorbante et/ou bassin – Gant de toilette propre ou à usage unique – Serviette propre – Deux paires de gants à usage unique non stériles – Savon doux – Bassine – 2 sachets de 5 compresses stériles ou tampons stériles. – Antiseptique aqueux chloré (Dakin Cooper Ⓡ) ou Povidone iodée dermique (Bétadine dermique 10%)15.16 |
| Matériel stérile pour le sondage | – Une paire de gants stériles – Sac collecteur d’urines – Set de sondage – Sonde de Foley – Gel à la lidocaïne 2 % – OU (si absence de set) : – Gel lubrifiant stérile – 1 seringue de 10 mL (ou selon taille du ballonnet) – Ampoules d’eau pour préparation injectable (10 ou 20 mL selon la taille du ballonnet) – Pince stérile – Cupule – Champ stérile non troué – Champ stérile troué |
| Élimination des déchets | – DAOM |
Réalisation du soin : pose de la sonde urinaire étape par étape
| Remarque : Il existe une grande diversité de protocoles de sondage urinaire élaborés par les différents établissements de santé. Cette variabilité concerne notamment la toilette antiseptique et l’injection du gel anesthésiant dont la réalisation peut différer selon les recommandations locales. Ainsi, certains protocoles prévoient par exemple d’effectuer la toilette après l’enfilage des gants stériles, tandis que d’autres la positionnent en amont du geste, avec des gants non stériles. Il est donc essentiel de se référer systématiquement au protocole en vigueur dans l’établissement de stage ou d’exercice, afin de garantir la conformité aux pratiques de l’établissement et à la politique de prévention des infections. Enfin, il convient de rappeler que les protocoles enseignés en IFSI s’inspirent souvent des établissements partenaires. En l’absence de protocole national unique, la logique du soin, la réflexion clinique et la prévention du risque infectieux doivent guider chaque étape de la pratique professionnelle. |
Avant d’initier le soin, l’infirmier(e) doit se référer à la prescription médicale, puis procéder à une série de vérifications indispensables afin de garantir la sécurité du patient comme du soignant.
Ces étapes s’inscrivent dans le respect de la règle des 7B, principe fondamental de tout acte thérapeutique.
Toilette urogénitale pré-sondage
Réalisée avant la pose, elle réduit le risque infectieux et prépare le site dans des conditions d’hygiène optimales, que la pose soit réalisée en établissement de santé ou à domicile par un(e) infirmier(e) libérale.
Étapes : 15.16
- Effectuer une hygiène des mains avec une solution hydroalcoolique (FHA), et respecter les étapes recommandées pour une durée minimale de 30 secondes.
- Porter des gants non stériles et un tablier à usage unique (précautions standard).17
- Installer le patient en décubitus dorsal :
- Hommes : jambes allongées écartées.
- Femmes : jambes fléchies écartées.
- Placer un bassin ou une protection absorbante sous le patient.
- Réaliser la toilette à l’eau et au savon doux avec un gant propre :
- Homme : décalotter le prépuce, nettoyer du méat vers la base du gland.
- Femme : nettoyer de haut en bas, de la région génitale vers la région anale.
- Rincer avec de l’eau et sécher à l’aide d’une serviette propre.
- Retirer les gants, effectuer une nouvelle FHA.
Préparation du matériel stérile
Pour commencer, effectuer une FHA et mettre le masque chirurgical, ensuite ouvrir :
- Le set stérile de sondage urinaire ou, en l’absence de set, réunir les éléments nécessaires.
- La sonde de Foley.
- Le collecteur à urines.
- Arroser les tampons ou les compresses de la solution antiseptique adaptée aux muqueuses.
Les disposer soigneusement sur un champ stérile, en veillant à ne pas toucher les parties stériles.
S’assurer que tout le matériel est à portée de main afin de limiter les manipulations pendant le soin et préserver l’asepsie.
Introduction de la sonde vésicale : gestes infirmiers homme et femme
Il est recommandé de structurer mentalement le déroulement du soin avant son exécution, afin que l’exécution soit fluide, sécurisée et conforme aux bonnes pratiques professionnelles.
Étapes du soin : 15.16
- Effectuer une friction hydroalcoolique.
- Enfiler les gants stériles.
- Préparer le matériel avec une asepsie stricte :
- Pour les sondes pré-lubrifiées : appliquer de l’eau stérile à l’aide d’une compresse sur la sonde pour activer le lubrifiant.
- Pour les sondes non lubrifiées : appliquer le lubrifiant stérile à l’aide d’une compresse stérile.
- Connecter la sonde au sac collecteur.
- Préparer la seringue d’eau PPI en tenant compte du volume recommandé par le fabricant.
- Installer le champ stérile troué autour des parties génitales du patient.
- Poser la sonde et le collecteur directement sur le champ stérile troué, à proximité immédiate de la zone d’insertion.
- Prendre la pince stérile et saisir une compresse ou un tampon imbibé d’antiseptique adapté aux muqueuses.
- Réaliser l’antisepsie du méat urinaire (utiliser la main dominante).
| Homme | Femme |
| Saisir le pénis en position verticale avec la main non dominante. Décalotter et procéder du méat vers l’extérieur : méat, gland, sillon préputial, verge. | Écarter délicatement les grandes lèvres, puis les petites lèvres avec la main non dominante. Pour des raisons anatomiques, procéder de l’extérieur vers le méat : grandes lèvres, petite lèvre et le méat (nettoyer de haut en bas). |
| Une compresse ou un tampon par zone. | |
| À partir de ce moment, la main non dominante est considérée comme déstérilisée et ne doit plus toucher aucun élément stérile. | |
- Jeter la pince et respecter le temps de contact minimum de 1 minute pour l’antiseptique. 16.18
- Effectuer un anesthésie locale avec avec un gel à la lidocaïne 2 %, selon prescription médicale (voir paragraphe ci-dessous : « utilisation d’un anesthésique local »).
- Prendre la sonde vésicale raccordée à la poche avec la main dominante et l’introduire de la manière suivante :
| Chez l’homme | Chez la femme |
| – Gland décalotté, positionner la verge à la verticale (90°) en maintenant une légère traction vers le haut durant toute la durée du sondage (voir paragraphe « Suppression des courbures urétrales »). – Introduire délicatement la sonde dans le méat. – Après l’apparition des urines, enfoncer encore la sonde de 2 à 3 cm pour s’assurer que le ballonnet soit bien dans la vessie. – Recalotter le gland pour prévenir le paraphimosis. | – Écarter les petites lèvres avec la main non dominante pour dégager le méat (voir paragraphe « repérage du méat urinaire »). – Introduire la sonde dans le méat. – Après l’apparition des urines, enfoncer encore la sonde de 2 à 3 cm pour s’assurer que le ballonnet soit bien dans la vessie. |
- Gonfler le ballonnet avec l’eau stérile à l’aide de la seringue en vérifiant le volume exact mentionné sur la sonde.
- Retirer doucement la sonde de façon à ce que le ballonnet se positionne contre le col vésical.
- Positionner le sac collecteur en déclive (sous le niveau de la vessie) et sans contact avec le sol.
- Vérifier l’absence de pliure sur la sonde vésicale et sur le tuyau collecteur : l’urine doit s’écouler librement dans le sac.
- S’assurer du confort du patient : absence de gêne, de douleur.
- Éliminer les déchets et les gants dans le sac DAOM.
- Effectuer une friction hydroalcoolique.
- Tracer le soin dans le dossier patient :
- Date de pose.
- Calibre et matériau de la sonde.
- Volume utilisé pour remplir le ballonnet.
- Aspect et volume de la première diurèse.
| Points de vigilance : – Il est recommandé de ne pas tester le ballonnet avant insertion : un gonflage préalable crée des plis favorisant les lésions urétrales et compliquant le retrait.19.20 – Ne jamais forcer lors de l’introduction : tout blocage anormal nécessite l’arrêt immédiat du geste et l’appel du médecin. – Ne jamais gonfler le ballonnet avant de voir les urines s’écouler. Urines d’abord, ballonnet ensuite. – Recalotter systématiquement le gland après la pose chez l’homme, afin de prévenir le paraphimosis. – En cas de cathétérisme accidentel de l’orifice vaginal : * Laisser la sonde en place. * Utiliser un nouveau système stérile (sonde + sac collecteur) pour le deuxième essai. * Retirer le premier dispositif à la fin de la pose. – Changer le système de sondage en cas de faute d’asepsie. |
Utilisation d’un anesthésique local
L’utilisation d’un gel à la lidocaïne 2 % peut être proposée pour réduire la douleur et faciliter l’insertion du cathéter, uniquement en cas de prescription médicale.
→ Chez l’homme, son intérêt reste reconnu car le gel anesthésiant permet de diminuer l’inconfort lié au passage de l’urètre, plus long et plus sensible.
→ Chez la femme, les données scientifiques récentes n’ont pas montré de bénéfice systématique par rapport à un gel lubrifiant stérile.21
Ainsi, le choix d’utiliser un anesthésique local relève de la décision médicale et la prescription prime toujours.
Après antisepsie du méat urinaire, introduire doucement l’extrémité de la seringue jusqu’à étanchéité : 22
- Chez l’homme : injection lente du contenu complet sans forcer.
- Chez la femme : injection de quelques grammes de gel, également sans forcer.
- Laisser agir 5 minutes minimum (temps d’action moyen : 5 à 10 min) pour une anesthésie efficace.
Sonde urinaire chez l’homme : suppression des courbures urétrales
Lors de la pose d’une sonde urinaire chez l’homme, la technique requiert une attention particulière à la courbure urétrale, spécifique à l’anatomie masculine.
L’urètre masculin présente deux courbures physiologiques à l’état de flaccidité :
- Une courbure pénienne, située au niveau de la verge.
- Une courbure bulbaire, localisée sous le sphincter strié et la prostate.
Ces deux courbures, si elles ne sont pas corrigées par une bonne prise en main du pénis, peuvent rendre le passage de la sonde difficile et entraîner des traumatismes urétraux.
Pour en faciliter l’introduction et éviter les lésions, le pénis doit être maintenu verticalement, c’est-à-dire formant un angle de 90° avec le plan de l’abdomen.
Cette manœuvre supprime la première courbure pénienne et redresse partiellement la courbure bulbaire, ce qui rend le trajet de la sonde plus rectiligne.9.23
Sonde urinaire chez la femme : repérage du méat urinaire
Durant la pose de la sonde urinaire chez la femme, le repérage précis du méat permet d’éviter les traumatismes et garantit le confort du patient.
Chez la femme, ce repérage peut être délicat en raison de la variabilité anatomique du périnée. Il peut être anticipé dès la toilette intime, en observant la morphologie vulvaire afin de localiser visuellement le méat et de limiter les manipulations ultérieures.
En cas d’anatomie particulière, d’obésité ou de périnée peu accessible, une traction douce et verticale des petites lèvres vers le haut avec la main non dominante, ou un léger déplacement du bassin vers l’avant, permet d’améliorer l’éclairage et la visibilité du méat.
Faut-il clamper la sonde au-delà de 500 mL lors du drainage ?
On m’a toujours dit que…
On entend en pratique qu’il faut clamper la sonde urinaire à partir de 500 mL d’urines évacuées, car il existerait un risque « d’atélectasie vésicale » ou « d’hypovolémie ». En réalité, ces deux explications sont fausses :
- Risque d’atélectasie vésicale → faux terme : l’atélectasie désigne un affaissement pulmonaire, pas vésical.
- Risque d’hypovolémie → faux aussi : l’urine stockée dans la vessie fait déjà partie du volume corporel, elle ne « retire » pas de sang à la circulation quand on la vide.
L’explication théorique : l’hématurie à vacuo
Lorsqu’une vessie est très distendue, la muqueuse et les veines sous-muqueuses deviennent fragiles.
Il est donc mentionné dans la littérature qu’une chute trop rapide de la pression intravésicale pourrait fragiliser les veines sous-muqueuses et entraîner une hématurie à vacuo.6
C’est cette hypothèse physiopathologique, aujourd’hui discutée, qui a conduit à recommander de fractionner la vidange lorsque le volume dépasse 500 mL.6
Ce que montrent réellement les études
Une revue systématique avec méta analyse récente, incluant des essais randomisés, montre que la décompression rapide ne majore ni le risque d’hématurie ni celui d’hypotension par rapport à une décompression progressive.24.25
Même si le nombre d’études reste limité, les données disponibles vont toutes dans le même sens : aucun avantage démontré au fractionnement de la vidange, et un profil de sécurité comparable entre les deux méthodes.
Autrement dit : l’hématurie à vacuo reste décrite dans la littérature ancienne, mais selon les études randomisées publiées à ce jour, la vidange rapide n’en augmente pas la fréquence.
Alors pourquoi certains protocoles recommandent de fractionner ?
En France, plusieurs protocoles internes et sociétés savantes continuent de proposer une vidange progressive en cas de globe important (souvent > 500 mL).5.6.15.16
Il s’agit d’une prudence clinique traditionnelle, basée sur une logique physiopathologique plus que sur des preuves modernes.
Que faire en pratique ?
Même si le fractionnement n’a pas démontré d’avantage scientifique clair, il reste utilisé dans certains services par prudence. L’important est de se référer au protocole du service :
- Si volume modéré (< 500 mL) : vidange complète directe.
- Si volume très important : certains services préfèrent encore fractionner la vidange (clampage 5–10 min) par précaution, même si les études n’ont pas montré de bénéfice.
Fixation du système
La fixation de la sonde peut être réalisée après la pose, selon le protocole du service, afin d’éviter toute traction, pliure ou tension.
Une fixation correcte limite les douleurs, les lésions urétrales et les risques d’infection.
Chez l’homme
- Fixer la sonde sur le bas de l’abdomen (sus-pubien) ou sur la face antérieure de la cuisse, selon la position habituelle du patient.
- Respecter l’angle naturel de l’urètre pour éviter toute tension ou blessure.16
Chez la femme
- Fixer la sonde sur la face interne de la cuisse.
Matériel recommandé
- Pansement hydrocolloïde ou système de fixation spécifique (type StatLock®, GripLock®).
- Éviter l’utilisation de sparadrap simple (risque d’irritation cutanée, fixation instable).
Vérifications à effectuer
- Aucune traction sur l’urètre.
- Aucune pliure de la tubulure.
- Vérifier la position et la liberté du dispositif à chaque mobilisation du patient.
Rôle du binôme infirmier(e)/aide-soignant(e) lors d’un sondage urinaire
La réalisation d’un sondage urinaire en binôme renforce la sécurité du soin et améliore le confort du patient.
L’aide-soignant(e) peut assister l’infirmier(e) à chaque étape du geste selon ses compétences et le protocole de l’établissement.
Missions de l’aide-soignant(e) avant et pendant le sondage
- Procéder à la toilette urogénitale pré-sondage, pour une asepsie optimale.
- Préparer le matériel nécessaire.
- Aider à l’installation du patient, en maintenant une position stable et confortable.
- Soutenir la communication avec le patient pendant le geste, ce qui favorise sa détente et sa coopération.
Rôle de l’infirmier(e)
- Réaliser le sondage urinaire selon les règles d’asepsie et la prescription médicale.
- Coordonner les actions du binôme, en donnant des instructions et en veillant à la sécurité et à la fluidité du soin.
- Contrôler la fixation et la surveillance post-pose du dispositif.
Intérêt du travail en binôme : sécurité et confort du patient
Ce travail coordonné :
- Optimise la sécurité du soin (réduction des risques infectieux et mécanique).
- Améliore le confort psychologique du patient, grâce à un accompagnement verbal et gestuel constant.
- Facilite la manipulation du matériel et permet d’éviter des erreurs.
Risques et prévention des complications
Infections urinaires associées aux soins (IUAS)
Les infections urinaires associées aux soins représentent la complication la plus fréquente du sondage vésical à demeure.
Elles représentent un enjeu majeur de santé publique. En effet, selon l’Enquête nationale de prévalence 2022 de Santé publique France, elles constituent la première cause d’infection associée aux soins (IAS) en milieu hospitalier. Elles représentent environ 28 % des IAS. Le principal germe retrouvé est l’Escherichia coli (25 à 40 %).26
Le sondage urinaire est un facteur de risque majeur : 15
- Le risque d’infection urinaire est multiplié par 5 chez les patients sondés.
- La colonisation bactérienne (bactériurie asymptomatique) atteint 100 % après 30 jours de sondage.
- Ce risque augmente avec la durée du sondage, la rupture du circuit clos et les manipulations répétées du système.
En présence d’un dispositif endo-urinaire une IUAS peut être évoquée, en l’absence d’autre cause identifiée, devant : 23
- Hyperthermie ou hypothermie (< 36°).
- Hypotension.
- Altération de l’état mental, malaise général ou léthargie.
Cette vulnérabilité s’explique par deux voies de contamination principales : interne (endoluminale) et externe (extraluminale).
Voie endoluminale (interne à la sonde)
Les micro-organismes progressent à l’intérieur du système de drainage.15
- Rupture du système clos (raccords, robinet de vidange).
- Mauvaise hygiène des mains ou non-respect de l’asepsie lors des manipulations.
Voie extraluminale (autour de la sonde)
Les bactéries colonisent la région périnéale puis remontent le long de la sonde.15
- Défaut d’asepsie au moment de la pose.
- Migration de germes d’origine digestive par capillarité à travers un biofilm formé sur la surface externe.
Prévention des IUAS (recommandations SF2H)
La prévention repose sur des mesures organisationnelles et techniques : 27
Limiter l’exposition :
- Restreindre les indications de sondage aux situations justifiées.
- Réévaluer chaque jour la nécessité de maintenir la sonde.
- Retirer la sonde dès que possible.
Garantir l’asepsie :
- Réaliser la pose dans des conditions d’asepsie stricte avec du matériel stérile.
- Maintenir un circuit clos : éviter toute ouverture ou déconnexion inutile.
- Respecter les précautions d’asepsie durant les manipulations (hygiène des mains, utilisation de compresses imbibées de solution alcoolique).
- Positionner le sac collecteur en déclive, sans contact avec le sol.
Garantir la qualité du suivi :
- Former les professionnel(le)s à la technique de pose, de manipulation et d’entretien chez les malades porteurs d’une sonde.
- Tracer la pose, le changement et le retrait dans le dossier patient.
La maîtrise du risque infectieux repose avant tout sur la justification, la durée minimale et la rigueur des manipulations.
Complications mécaniques et traumatiques
Les complications mécaniques surviennent principalement lors d’un geste inadapté ou d’une surveillance insuffisante.
Elles peuvent être prévenues par une technique rigoureuse, un matériel adapté et une vigilance continue.
Tableau 6 – Complications mécaniques et traumatiques et mesures de prévention : 2.28
| Complications | Mesures de prévention |
| Traumatisme urétral ou vésical (avec hématuries)29 | – Utiliser une lubrification stérile adéquate. – Choisir un diamètre adapté. – Ne jamais forcer lors de l’insertion. – Éviter toute traction. |
| Écoulement d’urine à côté de la sonde ou spasmes de la vessie impliquant des fuites | – Choisir la bonne taille. – Maintenir la déclivité du système pour favoriser l’écoulement des urines. – Vérifier la bonne mise en place en exerçant une légère traction. – Utiliser des anticholinergiques (antispasmodiques).29 |
| Obstruction (par dépôts ou formation de calculs) | – Surveiller la quantité d’urines, l’apparition d’un globe vésical. – S’assurer de la bonne hydratation du malade sauf contre-indication médicale. |
| Paraphimosis chez l’homme non circoncis | – Repositionner le prépuce après la pose. |
| Hématurie à vacuo | – Vider la vessie progressivement lors du sondage et clamper la sonde vésicale temporairement tous les 500 mL. |
| Création d’un faux canal par perforation traumatique de l’urètre | – Lubrifier largement. – Ne jamais forcer. – Arrêter le sondage en cas d’échecs répétés et contacter le médecin. |
Surveillance et entretien de la sonde
Surveillance clinique quotidienne
La surveillance a pour objectifs de détecter précocement toute anomalie chez le patient et de garantir la sécurité du dispositif.
Point de contrôle :
- Site d’insertion : absence de rougeur, de douleur, d’écoulement ou de suintement.
- Système de drainage : absence d’obstruction, de pliures et maintien de l’étanchéité du circuit clos.
- Diurèse : analyse du volume, de la couleur, de l’aspect et de l’odeur des urines.
- Signes généraux : hyperthermies, douleurs pelviennes ou lombaires évoquant une IUAS.
- Confort du patient : position correcte de la sonde, absence de traction, sac collecteur bien fixé et en déclive.
Toute anomalie doit être immédiatement signalée à l’équipe médicale et tracée dans le dossier.
Soins quotidiens de la sonde et du méat urinaire
Ils visent à préserver l’hygiène du site, maintenir la perméabilité du circuit et prévenir IUAS.
Toilette quotidienne du méat urinaire
Un geste simple, mais essentiel, qui participe activement à la prévention des IUAS : 29
- Fréquence : une fois par jour et systématiquement après chaque émission fécale.
- Objectif : limiter la contamination ascendante par des germes digestifs.
- Matériel : eau et savon doux non antiseptique, afin de préserver la flore cutanée.
- Geste : lavage doux, rinçage, séchage soigneux, sans traction sur la sonde.
Vidange du sac collecteur
La bonne gestion du sac collecteur prévient la contamination rétrograde du système de drainage et permet de maintenir la perméabilité du circuit clos.
Fréquence :
- Lorsque la poche est remplie aux 3/4.
- Avant toute mobilisation du patient.
Étapes de la vidange : 28.30
- Informer le patient et préparer le matériel.
- Effectuer une hygiène des mains, puis enfiler des gants non stériles et un tablier à usage unique.17
- Placer un récipient propre sous le robinet de vidange.
- Ouvrir le robinet à l’aide d’une compresse imbibée de solution alcoolique (alcool 70°, chlorhexidine 2 %) et respecter le temps de contact de 30 secondes.15
- Vider la poche sans contact entre le robinet et le récipient.
- Refermer le robinet avec une nouvelle compresse désinfectante.
- Vérifier que la poche reste en déclive, à distance du sol, avec une tubulure sans traction.
- Retirer les gants et effectuer une nouvelle hygiène des mains.
Le changement complet du sac collecteur n’est pas programmé systématiquement : il dépend de la propreté du sac et de la durée du sondage.
Changement ou retrait de sonde : une réévaluation continue
Indications
Le changement ou retrait n’est réalisé que lorsqu’il est cliniquement justifié et en tenant compte du type de matériau utilisé.
Principales indications : 27
- Infection urinaire documentée liée au dispositif. Si le maintien de la sonde est nécessaire, la changer 24 heures après le début de l’antibiothérapie.
- Défaillance du matériel : obstruction, fuite, perte de stérilité, altération du ballonnet.
- Fin de l’indication médicale : traitement de la cause de RAU, fin de surveillance urodynamique, amélioration clinique.
Démarche de réévaluation
Avant tout changement ou retrait de sonde, l’objectif est de s’assurer qu’elle n’est plus indispensable et que le patient peut uriner de façon autonome sans risque majeur.
Conditions de déclenchement : 31
- Prescription médicale obligatoire.
- Le facteur déclenchant de la rétention (infection, fécalome, médicament, constipation) doit être corrigé.
- Réaliser le désondage en matinée (idéalement avant 9 heures) pour permettre la surveillance de la reprise mictionnelle dans la journée.
- En cas d’hypertrophie bénigne de la prostate, un alpha-bloquant peut être introduit 48 à 72 heures avant l’ablation de la sonde pour optimiser la reprise des mictions.
Technique d’ablation de la sonde vésicale
L’ablation d’une sonde vésicale à demeure est un geste infirmier qui doit être réalisé dans des conditions d’hygiène rigoureuses afin de prévenir tout risque infectieux et de garantir le confort du patient.
- Planifier le soin :
- Le matin.
- Après la toilette.
- Après avoir effectué la vidange du sac collecteur.
- Informer le patient et préparer le matériel.
- Effectuer une hygiène des mains, puis enfiler des gants non stériles et un tablier à usage unique.17
- Installer le patient confortablement en décubitus dorsal, en veillant à préserver son intimité et son confort.
- Réaliser une toilette intime à l’eau et au savon si la toilette du patient n’a pas été réalisée en amont.
- Protéger le lit avec un champ ou une protection absorbante.
- Désinfecter le site de dégonflage avec une compresse stérile imbibée de solution alcoolique et respecter le temps de contact de 30 secondes.15
- Introduire la seringue vide dans la valve du ballonnet.
- Aspirer lentement le volume total d’eau PPI injecté lors de la pose en se référant au volume mentionné sur la sonde.
- Retirer la sonde délicatement, d’un geste lent et contrôlé, en surveillant la tolérance du patient.
- Observer le méat urinaire après retrait : absence de saignement, douleur, écoulement anormal.
- Évacuer immédiatement les déchets dans la filière DAOM.
- Retirer les gants, puis réaliser une nouvelle FHA.
- Tracer le retrait de la sonde dans le dossier de soins
Une fois la sonde retirée, la vigilance de l’infirmier(e) se poursuit afin de s’assurer de la reprise d’une miction spontanée et d’identifier précocement toute complication post ablation.
Surveillance après retrait
L’objectif est de s’assurer de la reprise mictionnelle et de prévenir la récidive de rétention.
Surveillance clinique :
- Stimuler l’hydratation : 1,5 à 2 L entre 8 h et 17 h (si absence de contre-indication).
- Observer la reprise des mictions spontanées et quantifier les volumes.
- Surveiller la diurèse et l’absence de globe vésical (palpation, échographie vésicale si doute).
- Signaler immédiatement toute douleur, rétention, anurie ou fièvre.
Questions fréquentes des patients
Le geste est généralement peu douloureux grâce à l’application d’un gel avec lidocaïne 2 %. Une légère gêne ou brûlure est possible après la pose, mais elle disparaît rapidement.
Il est fréquent d’avoir une sensation d’envie d’uriner malgré la présence d’une sonde à demeure. Ce ressenti est normal, il s’explique par une stimulation mécanique de la vessie ou du col vésical provoquée par la sonde, parfois accentuée si la vessie se contracte autour du ballonnet. Il ne faut pas forcer pour uriner, la sonde assure déjà l’évacuation. Il est conseillé de se détendre pour permettre à la vessie de se relâcher.
La durée dépend du matériau : quelques jours pour une sonde en latex, plusieurs semaines (maximum 6) pour une sonde en silicone.
La marche est possible avec une sonde à demeure. La poche collectrice doit être en déclive et fixée à la cuisse ou à l’abdomen pour éviter toute traction. L’équipe soignante aide à sécuriser la tubulure avant les déplacements.
La douche est autorisée, le bain est déconseillé. Le patient peut se laver à l’eau et au savon doux sans tirer sur la sonde et en gardant la poche de recueil sèche. Après la douche, sécher la peau et désinfecter le robinet de vidange avant de reconnecter le système5.
Conclusion
La pose d’une sonde urinaire à demeure constitue un acte de soin technique, mais aussi profondément relationnel. Au-delà de la maîtrise du geste, elle exige de l’infirmier(e) une rigueur constante dans l’asepsie, une anticipation des risques et une attention continue au confort du patient. Chaque étape, de l’indication à la surveillance quotidienne, engage la responsabilité professionnelle et illustre la capacité de jugement clinique propre au rôle infirmier.
L’enjeu ne se limite pas à la réussite du geste : il réside surtout dans la prévention des complications, la réévaluation permanente de la nécessité du dispositif et la promotion d’une pratique fondée sur les données probantes.
Dans un contexte où les infections associées aux soins demeurent un défi majeur, la qualité du sondage urinaire repose sur une coordination d’équipe efficace, une formation continue et une remise en question régulière des pratiques.
Ainsi, ce soin, souvent perçu comme routinier, nous rappelle combien la technicité infirmière s’articule avec la réflexion éthique et clinique.
La recherche et le partage d’expériences entre professionnel(le)s de santé permettent d’affiner les protocoles, de réduire les risques infectieux et de replacer le patient, dans son intégrité et sa dignité, au centre de la démarche de soin.
Remerciements
Nous tenons à exprimer notre profonde gratitude à Isabelle BATAILLE (cadre de santé et formatrice en IFSI), Aude PALLIER (formatrice et référente en santé) et Badia JABRANE (directrice pédagogique).
Chez Réussis ton IFSI, nous nous engageons à proposer des contenus d’une fiabilité inégalée. En complément de l’expertise interne de notre équipe habituelle, nous valorisons l’apport de professionnel(le)s extérieur(e)s qualifié(e)s qui enrichit nos articles de perspectives nouvelles.
Sources
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- Chung PH. (2024). Sondage vésical – Troubles génito-urinaires. Édition professionnelle du Manuel MSD.
- Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG). (2024). Recommandations sondage urinaire – type de sonde.
- OMéDIT Centre-Val de Loire. (2024). Bon usage des sondes urinaires et des étuis péniens.
- HAD France. (2024). Protocole sondage urinaire.
- UroFrance. (2021). Rétention aiguë d’urine.
- Bovo N, Said C, John GR. (2023). Le sondage urinaire, sans conséquences ? Prog En Urol ;23:222–224.
- Chrouser K, et al. (2024). Urinary Retention Evaluation and Catheterization Algorithm for Adult Inpatients. JAMA Netw Open ;7:e2422281.
- Chung PH. (2025). Comment effectuer un cathétérisme urétral chez l’homme. Édition professionnelle du Manuel MSD.
- Légifrance. (2024). Code de la santé publique : Article R4311-10.
- Légifrance. (2025). Code de la santé publique : Article R4311-7.
- Légifrance. (2021). Code de la santé publique : Article R4311-5.
- Légifrance. (2020). Code de la santé publique : Article L1111-4.
- AFNOR. (2023). NF EN 13697.
- CPias Île-de-France. (2025). Infections urinaires & sondage vésical.
- Centre Hospitalier de Pau. (2016). Pose de sonde urinaire en système clos.
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- Medline. (2020). Does your patient need an indwelling urinary catheter (IUC)?
- Sharma S, Sharma G, Tyagi S. (2021). Lidocaine lubricant jelly does not reduce pain perception during female urethral catheterization: A systematic review with meta-analysis and trial sequential analysis. Int J Clin Pract;75:e14162.
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