Le sondage intermittent est un soin infirmier technique qui consiste à vider ponctuellement la vessie lorsque le patient présente une incapacité à uriner spontanément. Réalisé à l’aide d’une sonde urinaire stérile à usage unique, ce geste se différencie du sondage à demeure par le retrait immédiat du dispositif après la vidange de la vessie, ce qui permet de réduire le risque d’infection urinaire et de préserver la fonction vésicale.
Aussi appelé “sondage aller-retour”, c’est une technique infirmière essentielle dans la prise en charge des rétentions urinaires aiguës et chroniques, des vidanges incomplètes de la vessie et de certaines incontinences urinaires, notamment chez les patients souffrant d’une vessie neurologique.
Le sondage urinaire intermittent s’applique aussi bien chez l’homme que chez la femme, en s’adaptant à la longueur de l’urètre, au type de sonde et aux conditions d’asepsie. Selon le contexte, on distingue le sondage évacuateur isolé du sondage intermittent répété, réalisé selon des procédures aseptiques différentes.
Ces deux pratiques visent à assurer une vidange complète de la vessie, à prévenir les infections urinaires et à garantir la sécurité du patient. L’infirmier(e) accompagne le patient dans l’autosondage intermittent, ce qui constitue un acte d’éducation thérapeutique.
Définition
Ces techniques consistent à introduire brièvement une sonde urinaire stérile dans la vessie pour en évacuer les urines, sans maintenir le dispositif en place.
Elle est retirée aussitôt après l’écoulement complet des urines. Cette technique peut être réalisée de manière isolée ou répétée plusieurs fois par jour, selon la diurèse et la pathologie du patient.
Les sondes utilisées ne comportent pas de ballonnet et ne sont pas reliées à un système clos de drainage, car leur usage est strictement limité au temps de la vidange. L’urine s’écoule directement dans les toilettes, un récipient stérile ou un collecteur pré-connecté selon le contexte de soin.
Distinction entre sondage évacuateur isolé et sondage intermittent
Bien que reposant sur le même principe technique, ces modalités répondent à des besoins cliniques distincts. Le sondage évacuateur isolé intervient dans un contexte aigu et nécessite une asepsie stricte, tandis que le sondage intermittent s’inscrit dans une prise en charge chronique où l’autonomie du patient prime sur la rigueur hospitalière.
Le sondage évacuateur isolé
Acte ponctuel, réalisé pour vider la vessie une seule fois, le plus souvent dans un contexte de rétention aiguë d’urine (RAU). Le soin s’effectue en conditions d’asepsie stricte, identiques à celles du sondage à demeure.1
En pratique, le geste est semblable à la pose d’une sonde vésicale à demeure, mais sans ballonnet et sans maintien prolongé.
Il permet d’éviter le recours à un sondage permanent lorsque la cause de la rétention (anesthésie, chirurgie, obstacle prostatique transitoire) est réversible.
Le sondage intermittent ou itératif
À la différence du sondage évacuateur isolé, le sondage intermittent est un geste répété à intervalles réguliers, prescrit pour le drainage intermittent de la vessie.
Il est indiqué principalement dans les rétentions chroniques, notamment liées à une vessie neurologique.
Ce geste est dit propre plutôt que stérile. En effet, le matériel reste stérile et à usage unique, mais les conditions de réalisation sont adaptées au cadre quotidien, à l’hôpital, au domicile.
Le traitement par sondage intermittent est préconisé pour limiter l’exposition des patients aux risques du sondage à demeure ou pour éviter des interventions chirurgicales comme les dérivations urinaires.
Deux modalités sont distinguées : 1
- L’hétérosondage, réalisé par un(e) professionnel(le) de santé formé(e) (infirmier(e) dans le cadre d’une prescription médicale), par un parent ou un aidant formé à la technique, notamment chez l’enfant et le patient non autonome.
- L’autosondage est réalisé par le patient après une formation éducative, une évaluation de ses capacités et la validation de la technique.
Cette distinction reflète deux finalités complémentaires : le soin prescrit dans un contexte clinique dépendant et le soin en autonomie dans la prise en charge chronique ou neurologique.
Sondage aller-retour : une expression à clarifier
Le terme « aller-retour » est fréquemment utilisé sur le terrain pour désigner un drainage urinaire ponctuel, mais il ne correspond à aucun terme médical reconnu.
En réalité, selon la situation clinique, ce que l’on appelle communément « aller-retour » désigne un sondage évacuateur isolé, réalisé une seule fois pour vider complètement la vessie en cas de rétention urinaire aiguë.
L’expression « aller-retour » peut prêter à confusion : elle laisse penser qu’il faut faire un va-et-vient avec la sonde, alors que le geste ne doit comporter qu’une seule insertion. Répéter le mouvement augmente le risque de blessure urétrale et d’infection.
Choix et caractéristiques des sondes
Le sondage intermittent nécessite un matériel spécifiquement adapté aux insertions répétées. Le matériel utilisé est le même que pour un sondage évacuateur isolé. Le choix de la sonde dépend du sexe du patient, de la morphologie urétrale et de la tolérance individuelle.
Chez l’homme
L’urètre masculin mesure 15 à 20 cm et présente deux courbures physiologiques (pénienne et prostatique). Une sonde de 40 cm est donc nécessaire. En cas d’hypertrophie prostatique, l’utilisation d’une sonde béquillée (type Tiemann) permet de franchir plus aisément le segment prostatique.2
Chez la femme
L’urètre féminin est court (3 à 4 cm) et rectiligne. Une sonde de 20 cm suffit donc pour atteindre la vessie. Cette longueur plus courte réduit les risques de frottement et facilite la manipulation lors de sondages répétés.2
Calibre recommandé
Le calibre, exprimé en Charrière (Ch), doit permettre un drainage efficace tout en préservant les muqueuses.
Pour le sondage intermittent, on privilégie des sondes fines, entre 12 et 14 Ch chez l’adulte pour réduire le risque de traumatisme urétral.3
Matériaux et propriétés
Les sondes sont conçues pour un usage de courte durée (quelques minutes). Leur composition doit donc favoriser la souplesse, la tolérance et la facilité d’insertion.
Tableau 1 – Caractéristiques techniques des sondes utilisées : 3.4
| Caractéristique | Options | À retenir |
| Matériau | – PVC. | – Souple. – Réduit les frottements. |
| Longueur | – ♀ 20 cm/♂ 40 cm. | – Adapter au sexe. |
| Calibre (Ch) | – 12–14 Ch. | – Plus fin que la sonde à demeure. |
| Lubrification | – Hydrophile/Pré-lubrifiée/Non lubrifiée. | – Réduit le risque de traumatisme. |
| Extrémité vésicale | – Atraumatique. – Sans ballonnet. | – Préserve les muqueuses. |
| Forme | – Droite. – Béquillée. | – Béquillée si hypertrophie prostatique. |
| Extrémité proximale | – Godet connecteur. | – Permet la vidange. |
Indications et contre-indications
On distingue deux contextes principaux : la phase aiguë et le contexte chronique.
Phase aiguë : sondage évacuateur isolé
Il permet la vidange transitoire de la vessie en cas de rétention aiguë d’urine (globe vésical, obstacle prostatique, anesthésie). Il peut retarder ou éviter la mise en place d’une sonde à demeure lorsque la cause est réversible et lorsque la durée de drainage prévue est courte.
L’évaluation préalable du remplissage vésical par bladder scan permet de confirmer la rétention aiguë d’urine avant de réaliser un sondage évacuateur isolé, ce qui garantit un geste justifié et adapté au contexte clinique.
Phase chronique : sondage intermittent
Cette pratique est indiquée chez les patients présentant une rétention chronique d’urine liée à une vessie neurologique. La vessie neurologique résulte d’une atteinte du système nerveux qui empêche la communication normale entre le cerveau, la moelle épinière et la vessie. Dans une situation normale, le système nerveux coordonne le remplissage et la vidange de la vessie (miction volontaire). Lorsque cette coordination est altérée, des dysfonctionnements apparaissent. Ils se manifestent par : 5
- Une absence de contrôle de la vidange vésicale.
- Une rétention urinaire avec fuites par regorgement.
- Une vidange incomplète de la vessie.
- Des infections urinaires récidivantes dues à la présence de résidu post-mictionnel.
Les pathologies les plus fréquentes sont les lésions médullaires (traumatismes rachidiens), la sclérose en plaques, le spina bifida (malformation congénitale) et les neuropathies périphériques dont la neuropathie diabétique.
Le sondage intermittent permet de restaurer une vidange régulière, et ainsi de protéger la fonction rénale.3
Recommandations actuelles
Les recommandations actuelles en ce qui concerne la prise en charge des troubles vésico-sphinctériens d’origine neurologique chez les patients utilisant le cathétérisme intermittent insistent sur plusieurs principes : 6
- Maintenir une faible pression dans les voies urinaires inférieures afin de protéger la fonction rénale.
- Utiliser une technique propre, adaptée au contexte de vie du patient.
- Réaliser au minimum quatre cathétérismes par jour.
- Veiller à ce que le volume drainé par séance ne dépasse pas 400 à 500 mL afin de maintenir une faible pression dans les voies urinaires inférieures.
→ La fréquence de sondage est définie par le médecin en fonction :
- De la présence ou non d’une miction spontanée.
- Du volume résiduel d’urine dans la vessie après miction.
- De la capacité de la vessie.
Contre-indications
Les contre-indications sont identiques à celles du sondage à demeure. Elles sont détaillées dans notre guide infirmier sur la sonde urinaire à demeure.
En pratique, toute suspicion de traumatisme urétral constitue une contre-indication absolue.
Cadre législatif et rôle infirmier
Le sondage évacuateur isolé et intermittent sont des actes infirmiers réalisés sur prescription médicale, conformément à l’article R4311-7 du Code de la santé publique.7
Il peut être effectué par l’infirmier(e) dans le cadre d’une prescription, ou par le patient lui-même lorsqu’un programme d’éducation thérapeutique lui a permis d’acquérir les compétences nécessaires à l’autosondage.
L’infirmier(e) assure :
- La vérification de la prescription et de l’absence de contre-indications.
- La préparation des produits médicaux stériles et du patient.
- La réalisation du geste selon la technique aseptique.
- La traçabilité du soin et la surveillance clinique post-sondage (diurèse, inconfort, signes infectieux).
L’éducation à l’autosondage s’inscrit dans le cadre de l’éducation thérapeutique du patient (ETP), définie par les articles L1161-1 et L1161-2 du Code de la santé publique.
Selon ces dispositions, l’ETP a pour objectif de rendre le patient plus autonome, de favoriser son adhésion au traitement et d’améliorer sa qualité de vie.
Elle est encadrée par un cahier des charges national, élaboré sur la base des recommandations de la Haute Autorité de Santé (HAS), et mise en œuvre localement après déclaration auprès des agences régionales de santé (ARS). Ces programmes, proposés au patient par un(e) professionnel(le) de santé, donnent lieu à un accompagnement personnalisé, adapté aux besoins du patient, à ses capacités et à son environnement de vie.8.9
Préparation du patient et de l’environnement avant le soin
| Remarque : Cet article présente la technique propre du sondage intermittent. La procédure stérile du sondage évacuateur isolé suit les mêmes principes que la pose d’une sonde à demeure, sans ballonnet et avec préparation d’un dispositif de vidange (bassin, récipient ou poche). La technique complète en conditions stériles est détaillée dans notre guide infirmier sur la pose de sonde urinaire à demeure. Ce soin peut être réalisé à l’hôpital lors de l’hospitalisation d’un patient chronique (par exemple dans le cadre d’une pathologie neurologique ou d’une rééducation vésicale), ou à domicile par un(e) infirmier(e) formé(e), selon la prescription médicale et le niveau d’autonomie du patient. |
Information et accompagnement du patient
L’infirmier(e) informe le patient sur l’objectif du geste, son déroulement et les sensations possibles, en utilisant un langage simple, rassurant et adapté au niveau de compréhension du patient.
Une relation de confiance, associée au respect de la pudeur et de l’intimité, est indispensable : installation confortable, espace calme, confidentialité préservée et exposition minimale du corps.
Préparation de l’environnement du soin
L’environnement respecte les principes d’hygiène, de sécurité et d’ergonomie, rappelés dans le protocole de référence.
Le soin s’effectue dans un espace propre, bien éclairé, avec un plan de travail désinfecté et du matériel à portée de main, afin de limiter toute rupture d’asepsie.
Spécificités du soin à domicile
En soin à domicile, le sondage intermittent s’effectue dans un environnement non médicalisé.
L’infirmier(e) adapte le geste aux conditions du domicile (mobilier, éclairage, hygiène) tout en respectant les règles d’asepsie fonctionnelle et de sécurité. L’utilisation de matériel stérile à usage unique reste obligatoire.
Lorsque le patient pratique l’autosondage, le/la professionnel(le) accorde une grande importance à l’éducation thérapeutique, à la vérification des gestes techniques et à la prévention des risques infectieux.
Vérification et préparation du matériel
Le matériel est stérile et à usage unique. Il est impératif de vérifier :
- L’intégrité des emballages et la date de péremption.
- La prescription médicale et le type de sonde.
- La disponibilité du gel lubrifiant stérile.
Matériel nécessaire pour réaliser un sondage intermittent
Tableau 2 – Matériel nécessaire pour le sondage intermittent :
| Moment d’utilisation | Catégorie | Matériel |
| Avant le soin | – Hygiène du/de la soignant(e)/environnement | – Plateau désinfecté ou champ stérile – SHA – Désinfectant de surface – Tablier à usage unique – Deux paires de gants à usage unique |
| Avant le sondage | – Toilette urogénitale | – Protection absorbante ou bassin si besoin – Gants de toilette propres ou à usage unique – Bassine – Savon doux – Serviette propre |
| Pendant le soin | – Matériel stérile | – Sonde à usage unique – Gel lubrifiant stérile ou eau stérile – Compresses stériles |
| Après le soin | – Élimination des déchets | – DAOM – Dispositif de recueil pour les urines (toilettes/bassin/poche) |
Réalisation du soin : le sondage intermittent étape par étape
Pourquoi une technique propre suffit-elle ? Le risque infectieux dépend majoritairement de la durée de présence du matériel (formation de biofilm), pas du nombre répété d’insertions. La sonde n’étant présente que 3 à 5 minutes, le risque infectieux est donc considérablement réduit.10
Installation du patient et toilette génitale
Cette toilette n’est pas indispensable à chaque sondage, sauf en cas de souillure.13
- Effectuer une hygiène des mains par friction hydroalcoolique (30 secondes minimum)
- Porter des gants non stériles et un tablier à usage unique (précautions standard).11
- Installer le patient en position adaptée :
- Homme : décubitus dorsal ou position semi-assise.
- Femme : décubitus dorsal, jambes fléchies et légèrement écartées.
- Patient non alité : adapter selon le confort et l’autonomie (chaise percée, lit, toilettes).
- Préserver l’intimité et le confort du patient (linge propre, serviette).
- Réaliser une toilette à l’eau et au savon doux :
- Homme : décalotter, laver le gland et le méat urinaire.
- Femme : écarter les petites lèvres, laver du pubis vers l’anus.
- Sécher avec une serviette propre.
- Jeter les gants et effectuer une hygiène des mains par friction hydroalcoolique.
Préparation du matériel et insertion de la sonde
- Ouvrir les dispositifs (sonde urinaire à usage unique, compresses, lubrifiant) sur le support désinfecté ou le champ stérile.
- Réaliser une hygiène des mains par friction hydroalcoolique et porter des gants non stériles.
- Activer le lubrifiant :
- Eau stérile si sonde hydrophile.
- Lubrifiant stérile à l’aide d’une compresse si sonde non lubrifiée.
- Sonde pré-lubrifiée.
- Insérer la sonde :
- Homme : verticalisation du pénis, décalottage, insertion jusqu’à écoulement des urines.
- Femme : écartement des petites lèvres, repérage du méat, insertion jusqu’à écoulement des urines.
- Ne jamais forcer en cas de résistance.
- Laisser les urines s’écouler complètement dans les toilettes/le bassin/la poche.
- Retirer la sonde immédiatement après arrêt total de l’écoulement.
- Éliminer les déchets dans le DAOM.
- Homme : recalotter systématiquement.
- Effectuer une hygiène des mains.
- Réaliser la traçabilité : volume évacué, aspect des urines, tolérance du patient, difficultés rencontrées.
Risque et prévention des complications
Les complications sont globalement les mêmes que celles du sondage à demeure, à l’exception du risque infectieux, considérablement réduit grâce à l’absence de dispositif permanent et à la courte durée de contact entre la sonde et les voies urinaires.10
Tableau 3 – Complications et mesures de prévention : 6.12
| Types de complications | Exemples | Prévention |
| Traumatique | – Faux canal. – Hématurie. – Douleur. | – Lubrification suffisante. – Introduction délicate. – Ne pas forcer. – Calibre recommandé 12 à 14 Ch. |
| Fonctionnelle | – Rétention persistante. | – Fréquence ≥ 4/j. – Volumes < 500 mL. |
| Infectieuse | – Infections urinaires. | – Hygiène. – Respect des bonnes pratiques. |
| D’inconfort | – Gêne. – Appréhension. | – Informations. – Communication. – Formation. |
Éducation thérapeutique pour le sondage intermittent
Si le sondage intermittent peut être réalisé ponctuellement par un(e) professionnel(le) de santé, il concerne le plus souvent des patients chroniques amenés à effectuer plusieurs sondages par jour.
Dans ce contexte, la formation du patient et/ou de son aidant est une étape essentielle du soin : elle conditionne la sécurité du geste, la prévention des complications et le maintien de l’autonomie au long cours.
Objectif
Le retour à une vidange vésicale régulière transforme profondément la qualité de vie du patient. En supprimant la dépendance à un dispositif permanent, le sondage intermittent facilite la reprise des activités sociales, professionnelles et de loisirs. Le patient retrouve une liberté de déplacement (voyages, pratique sportive) et une vie intime moins contraignantes. L’accompagnement infirmier ne se limite pas à l’enseignement technique : il vise à restaurer l’estime de soi, réduire la gêne sociale et favoriser la réinsertion dans une vie active équilibrée.5
Ce traitement bénéficie aussi bien aux hommes (il facilite notamment la gestion de l’hypertrophie prostatique) qu’aux femmes (discrétion et rapidité d’exécution accrues grâce à la brièveté du geste).
Accompagnement et apprentissage du geste
L’éducation thérapeutique vise à rendre le patient acteur de son soin en lui permettant d’acquérir les compétences nécessaires à la réalisation du geste en toute sécurité.
L’infirmier(e) commence par évaluer la capacité du patient (ou de son aidant) à comprendre les instructions, manipuler le matériel et respecter les règles d’hygiène. La toilette génitale quotidienne, même dans le cadre d’une technique propre, reste indispensable. Elle réduit le risque d’infection en éliminant les bactéries situées autour du méat.
Cette toilette n’est pas indispensable à chaque sondage, sauf en cas de souillure.13
L’apprentissage s’opère de façon progressive, à travers un accompagnement personnalisé structuré : guidage, démonstration et correction immédiate.
Le tableau suivant récapitule les objectifs d’apprentissage et les méthodes pédagogiques correspondantes.
Tableau 4 – Démarche d’éducation thérapeutique autour du sondage intermittent : 14.15
| Objectifs de l’apprentissage | Méthodes pédagogiques correspondantes |
| Identifier le rôle du sondage intermittent dans la prévention de la rétention et la protection des reins. | Explications orales adaptées au niveau de compréhension du patient. |
| Identifier les moments où le sondage est nécessaire (absence de miction, horaire prescrit). | Mise en situation concrète et questionnement guidé. |
| Préparer le matériel à usage unique dans un environnement propre. | Démonstration pratique du/de la soignant(e) suivie d’une répétition supervisée. |
| Réaliser le geste de manière propre et atraumatique. | Réalisation du geste par le patient sous supervision, avec correction immédiate. |
| Reconnaître les signes d’alerte nécessitant une consultation (douleur, saignement, fièvre). | Transmission d’outils : fiches mémo, tutoriel, carnet mictionnel, supports visuels ou vidéos. |
Surveillance clinique partagée (soignant/patient)
La surveillance du patient repose sur une collaboration étroite entre le soignant et le patient.
L’objectif est de garantir la sécurité du geste, de prévenir les complications et d’adapter continuellement le protocole aux besoins individuels.
Rôle du soignant
L’infirmier(e) assure le suivi clinique régulier afin de : 14.15
- Évaluer la tolérance du geste (douleur, inconfort, saignement).
- Vérifier la technique employée lors des séances d’autosondage.
- Contrôler la fréquence et le volume des sondages.
- Repérer précocement les signes évocateurs d’infection urinaire ou de complication mécanique.
- Actualiser les conseils d’hygiène et d’hydratation selon l’état clinique du patient.
Cette surveillance s’inscrit dans un suivi éducatif : l’infirmier(e) accompagne le patient dans l’interprétation de ses symptômes et dans la gestion autonome des situations courantes.
Autosurveillance par le patient
→ Le patient (ou son aidant) devient acteur de sa surveillance quotidienne. Il doit savoir reconnaître les signes d’alerte nécessitant une consultation médicale : 14,15
- Urines troubles ou malodorantes.
- Douleurs sus-pubiennes ou pelviennes.
- Frissons ou fièvre.
- Besoins impérieux d’uriner ou diminution du volume urinaire.
→ En cas de tels signes, le patient est invité à :
- Contacter rapidement son médecin ou son infirmier(e).
- Boire davantage d’eau (sauf contre-indication médicale).
- Poursuivre les autosondages pour éviter la rétention.
- Vérifier sa technique avec l’équipe soignante.
Surveillance des volumes et hydratation
Un volume supérieur à 500 mL6 par sondage traduit un espacement excessif des sondages, la fréquence doit alors être augmentée en concertation avec le médecin.
À l’inverse, des urines foncées, concentrées ou d’odeur forte peuvent indiquer une hydratation insuffisante, il convient alors d’augmenter les apports hydriques.
Conseils pratiques pour le patient
Conseils pratiques pour le sondage intermittent au quotidien : 16
| → Que faire en cas d’incidents en cours de sondage : – La sonde tombe ou touche un objet : prenez-en une autre. – La sonde est difficile à introduire : c’est probablement un spasme du sphincter qui serre l’urètre. Détendez-vous, changez de position et attendez un peu avant de recommencer. – Il y a du sang sur la sonde : la présence de sang en faible quantité est le plus souvent liée à une irritation de l’urètre et disparaît entre 3 et 8 jours : * Ne forcez pas le passage de la sonde. * En cas de persistance : contactez le médecin ou l’infirmièr(e). → Dans la vie de tous les jours : – Réduire les boissons après 17 heures pour limiter les sondages nocturnes. – Observer l’aspect et le volume des urines à chaque sondage pour ajuster hydratation et fréquence. – Pour les personnes nécessitant des sondages complémentaires aux mictions naturelles, urinez avant l’autosondage. → Lors des déplacements : – Prévoyez le matériel nécessaire (dispositif, lingettes) et assurez-vous d’en emporter une quantité suffisante, surtout lors de sorties ou de séjours à l’étranger. – Pensez aux « arrêts » toilettes en fonction de vos activités et du lieu où vous vous trouvez. – En avion, conservez les sondes en cabine avec votre bagage à main. |
Conclusion
Le sondage évacuateur isolé et intermittent s’imposent aujourd’hui comme une alternative de référence au sondage à demeure dans la prise en charge des troubles de vidange vésicale, qu’ils soient transitoires ou chroniques. Son efficacité repose autant sur la maîtrise technique du geste par l’infirmier(e) que sur la formation et l’autonomie du patient.
L’éducation thérapeutique en est la pierre angulaire : elle transforme un acte de soin dépendant en geste autonome quotidien, ce qui permet au patient de gérer lui-même son drainage vésical en toute sécurité. Cette approche réduit le risque infectieux, améliore le confort et favorise une meilleure qualité de vie à long terme.
Pour les soignant(e)s, la réussite repose sur trois piliers :
- Une technique rigoureuse et atraumatique, respectant l’asepsie.
- Une évaluation et une adaptation continue du protocole en fonction du patient.
- Un accompagnement éducatif personnalisé, intégrant confiance, pédagogie et respect de l’intimité.
En résumé, le sondage intermittent, adapté aux spécificités anatomiques de l’homme (courbures urétrales, passage prostatique) et de la femme (repérage du méat, urètre court), ne se limite pas à une simple vidange mécanique : c’est un soin global où la compétence infirmière et l’autonomie du patient se rejoignent au service d’une prise en charge humaine, efficace et durable.
Remerciements
Nous tenons à exprimer notre profonde gratitude à Isabelle BATAILLE (cadre de santé et formatrice en IFSI), Aude PALLIER (formatrice et référente en santé) et Badia JABRANE (directrice pédagogique).
Chez Réussis ton IFSI, nous nous engageons à proposer des contenus d’une fiabilité inégalée. En complément de l’expertise interne de notre équipe habituelle, nous valorisons l’apport de professionnel(le)s extérieur(e)s qualifié(e)s qui enrichit nos articles de perspectives nouvelles.
Sources
- CPias Île-de-France. (2025). Infections urinaires & sondage vésical.
- Preminger GM. (2025). Urètre – Troubles rénaux et des voies urinaires. Manuels Merck.
- HAS. (2024). Sonde urinaire pour sondage intermittent.
- OMéDIT Centre-Val de Loire. (2024). Bon usage des sondes urinaires et des étuis péniens.
- HUG. (2025). Pratiquer l’auto-sondage intermittent (hommes).
- Gamé X, et al. (2020). Intermittent catheterization: Clinical practice guidelines. Prog En Urol ;30:232–251.
- Légifrance. (2025). Code de la santé publique : Article R4311-7.
- Légifrance. (2022). Code de la santé publique : Article L1161-1.
- Légifrance. (2020). Code de la santé publique : Article L1161-2.
- Santé Publique France. (2022). Enquête nationale de prévalence des infections nosocomiales 2022.
- SF2H. (2017). Précautions Standard.
- Chung PH. (2024). Sondage vésical – Troubles génito-urinaires. Manuel MSD.
- UroFrance. (2025). Auto-sondage urinaire propres intermittents.
- Teleflex. (2023). Guide de l’auto-sondage intermittent chez l’homme.
- Teleflex. (2023). Guide de l’auto-sondage intermittent chez la femme.
- HUG. (2022). Auto-sondage homme : conseils pratiques.