Une hygiène des mains réalisée avec une technique rigoureuse constitue l’un des leviers les plus efficaces pour réduire la flore transitoire et prévenir jusqu’à 50 % des infections associées aux soins.1 Vos mains sont votre principal outil de soin et le vecteur numéro un de transmission des micro-organismes. En tant que professionnel(le) de santé, maîtriser les bonnes techniques d’hygiène des mains, qu’il s’agisse d’un lavage simple à l’eau et au savon ou d’une friction hydroalcoolique, n’est donc pas une option. Les infections associées aux soins (IAS) représentent encore aujourd’hui un enjeu majeur de santé publique

Chaque année en France, plusieurs centaines de milliers de patients contractent une infection au cours de leur hospitalisation, avec une prévalence nationale de 5,71 %.2 Ces chiffres rappellent une réalité simple : une grande partie des infections associées aux soins trouve son origine dans une hygiène des mains insuffisante, lors du lavage, de la friction, ou à cause du non-respect des recommandations par les soignant(e)s ou, parfois, par le visiteur présent auprès du patient.

Pourquoi ce geste, aussi fondamental qu’universel, reste-t-il encore si inégalement appliqué ? Manque de temps, habitudes ancrées, contraintes matérielles ou méconnaissance des protocoles, les freins sont multiples. Pourtant, la solution est connue, validée et à portée de main.

Cet article a été conçu pour approfondir la maîtrise de l’hygiène des mains en alliant rigueur scientifique, exigence clinique et responsabilité professionnelle. Fondé sur les recommandations les plus récentes, il propose une approche complète, claire et directement applicable à la pratique quotidienne. Il aborde les bases microbiologiques pour comprendre le rôle déterminant de ce geste, détaille les techniques de lavage et de friction conformes aux recommandations récentes, et propose l’analyse des erreurs fréquentes, des stratégies de protection cutanée et un cadre déontologique et réglementaire qui fait de l’hygiène des mains un engagement professionnel au cœur de la prévention des infections nosocomiales.

Définition et enjeux de l’hygiène des mains

Définition de l’hygiène des mains

L’hygiène des mains désigne l’ensemble des techniques dont l’objectif est d’éliminer ou de réduire la présence de micro-organismes à la surface des mains. Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), il s’agit de « la mesure la plus importante pour éviter la transmission de germes nuisibles et prévenir les infections associées aux soins ».3 La Société Française d’Hygiène Hospitalière (SF2H) la définit comme « toute action d’hygiène pratiquée par friction hydroalcoolique ou par lavage des mains, permettant de réduire la flore transitoire et de limiter la transmission manuportée des micro-organismes ».4

Deux objectifs principaux structurent cette pratique : 3.4

  • Protéger le patient en réduisant le risque de transmission de micro-organismes pathogènes lors des soins.
  • Protéger le soignant en limitant son exposition aux agents infectieux présents sur les mains ou dans l’environnement du patient.

L’hygiène des mains est la pierre angulaire des précautions standard et se situe au centre des stratégies de prévention des infections associées aux soins.

Rôle dans la prévention des infections associées aux soins

Les mains représentent le principal vecteur de transmission des micro-organismes en milieu de soins. Chaque contact avec un patient, une surface ou un dispositif médical expose les mains à une contamination. Sans hygiène appropriée, ces micro-organismes peuvent être transférés d’un patient à l’autre, d’un site corporel à un autre, ou de l’environnement au patient.

La littérature scientifique démontre de manière constante que l’amélioration de l’observance de l’hygiène des mains entraîne une réduction significative de l’incidence des infections nosocomiales, notamment : 5.6

  • Les infections du site opératoire.
  • Les infections urinaires associées aux cathéters.
  • Les pneumonies associées aux soins.
  • Les bactériémies liées aux dispositifs vasculaires.7

L’enjeu dépasse la seule prévention primaire : une hygiène des mains rigoureuse contribue également à limiter la diffusion des bactéries multirésistantes (BMR) et des bactéries hautement résistantes émergentes (BHRe), dont la prévalence ne cesse d’augmenter dans les établissements de santé.

Rappels microbiologiques

Comprendre la nature des micro-organismes présents sur la peau permet de mesurer l’importance de l’hygiène des mains. Les mains abritent en permanence une flore microbienne complexe, composée de bactéries, de champignons et parfois de virus. Cette flore joue un rôle ambivalent : elle protège la peau, mais peut aussi devenir le vecteur de transmission de germes pathogènes lorsqu’elle est déséquilibrée ou contaminée.

La flore cutanée : résidente et transitoire

On distingue deux grandes catégories de micro-organismes sur la peau : la flore résidente et la flore transitoire.8

La flore résidente est naturellement présente et stable. Elle est implantée dans les couches profondes de l’épiderme, elle est difficile à éliminer par un simple lavage. Son rôle est en grande partie protecteur, car elle empêche la colonisation par des germes extérieurs potentiellement pathogènes. Chez un individu en bonne santé, elle ne présente qu’un faible risque infectieux.

La flore transitoire, quant à elle, est acquise par contact avec les patients, les surfaces ou le matériel de soins. Présente à la surface de la peau, elle contient souvent des micro-organismes pathogènes tels que Staphylococcus aureus, des entérobactéries ou des bacilles à Gram négatif. Sa durée de vie sur les mains est limitée, mais elle est responsable de la majorité des infections associées aux soins. Contrairement à la flore résidente, elle s’élimine facilement grâce à une hygiène des mains rigoureuse, qu’il s’agisse d’un lavage au savon ou d’une friction hydroalcoolique.

En pratique, l’objectif de l’hygiène des mains est donc de réduire la flore transitoire et de limiter temporairement la flore résidente, afin d’interrompre la chaîne de transmission des micro-organismes entre le soignant, le patient et l’environnement.

Facteurs influençant la contamination cutanée

Certains facteurs favorisent la prolifération microbienne et diminuent l’efficacité du geste d’hygiène. Une information insuffisante sur ces facteurs explique d’ailleurs pourquoi certaines erreurs persistent dans la pratique. Des ongles longs ou vernis, des bijoux, une peau abîmée ou insuffisamment hydratée constituent autant de réservoirs pour les micro-organismes

De même, les lavages excessifs à l’eau chaude ou l’utilisation de produits agressifs altèrent le film hydrolipidique, ce qui entraîne sécheresse, microfissures et risque accru de colonisation bactérienne. Enfin, le port prolongé de gants favorise la macération et la multiplication microbienne : c’est pourquoi une hygiène des mains doit toujours être réalisée avant et après leur utilisation.8

Préserver l’intégrité cutanée et respecter les bonnes recommandations (zéro bijou, ongles courts…) font donc partie intégrante des bonnes pratiques. Ces précautions simples conditionnent directement l’efficacité du lavage et de la friction, et par conséquent, la sécurité du patient comme celle du soignant.

Les moments clés de l’hygiène des mains

L’Organisation mondiale de la Santé a défini cinq situations précises, appelées les « 5 moments de l’hygiène des mains », au cours desquelles la désinfection des mains est indispensable. Ces moments constituent le socle de la prévention de la transmission croisée des micro-organismes entre le soignant, le patient et l’environnement de soins.

L’objectif est simple : rompre la chaîne de transmission au bon moment, c’est-à-dire chaque fois qu’il existe un risque de contamination directe ou indirecte. Ces cinq moments ne sont pas des règles théoriques, mais des repères pratiques applicables à tous les contextes de soins, peu importe la structure de soins.

Les cinq moments de l’hygiène des mains selon l’OMS

1. Avant le contact avec le patient9

Ce premier moment vise à protéger le patient de la flore du soignant. Une friction hydroalcoolique est réalisée avant toute interaction, qu’il s’agisse d’une simple prise de constantes, d’une installation au lit ou d’un examen clinique.

2. Avant un geste aseptique9

L’objectif est ici d’éviter l’introduction de micro-organismes dans un site vulnérable (plaie, cathéter, muqueuse, dispositif invasif). Ce moment concerne, par exemple, la pose d’une voie veineuse périphérique, d’un pansement ou d’une sonde urinaire.

3. Après un risque d’exposition à un liquide biologique9

Ce geste protège le soignant et l’environnement. Il doit être réalisé immédiatement après tout contact réel ou potentiel avec du sang, des sécrétions, des excrétions ou tout autre fluide corporel, même si des gants ont été portés.

4. Après le contact avec le patient9

Cette friction vise à éviter que les micro-organismes présents sur la peau du patient ne soient transférés à d’autres patients, à d’autres surfaces ou au soignant lui-même.

5. Après le contact avec l’environnement du patient9

Même en l’absence de contact direct avec le patient, les objets et surfaces de son environnement (barrières de lit, perfuseur, matériel de soins, télécommande, rideaux, etc.) peuvent être contaminés. Une hygiène des mains est donc nécessaire après toute manipulation de ce type.

Les 5 moments ne sont pas des gestes isolés, mais une véritable culture de prévention, conçue pour sensibiliser les soignant(e)s aux situations à risque et prévenir la transmission croisée. En les intégrant systématiquement à la pratique quotidienne, chaque professionnel(le) de santé contribue à réduire les infections associées aux soins et à renforcer la sécurité du patient.

Les prérequis pour une bonne hygiène des mains

L’efficacité d’une hygiène des mains ne dépend pas uniquement de la technique employée, mais aussi des conditions dans lesquelles elle est réalisée. Des bijoux, des ongles longs ou vernis, une peau lésée ou insuffisamment hydratée créent des réservoirs bactériens qui réduisent considérablement la qualité du lavage ou de la friction.

Les recommandations nationales et les principales autorités sanitaires convergent toutes vers les mêmes principes : zéro bijou, ongles courts et peau intacte. Ces prérequis constituent la base d’une hygiène des mains réellement protectrice pour le patient comme pour le soignant.10.11

Le retrait des bijoux, montres et vernis

Le port de bijoux ou de montres est incompatible avec une désinfection complète des mains. Les zones situées sous les bagues, alliances et bracelets échappent au contact du savon ou de la solution hydroalcoolique et abritent une flore bactérienne dense. Même une alliance lisse présente des micro-rayures invisibles qui retiennent les micro-organismes.

De la même manière, le vernis écaillé, les ongles vernis et les gels permanents créent des micro-fissures dans lesquelles les germes s’accumulent.12 Plusieurs épidémies hospitalières ont d’ailleurs été associées au port d’ongles artificiels ou de vernis permanents.11

Ongles et état cutané

Les ongles doivent être courts, propres et exempts de tout artifice. La zone sous-unguéale est l’un des principaux réservoirs de bactéries des mains, difficile à désinfecter même après lavage.11

L’état de la peau influence directement l’efficacité de l’hygiène des mains. Une peau irritée, sèche ou fissurée devient à la fois un réservoir microbien et une porte d’entrée pour les agents infectieux. Se laver les mains à l’eau chaude ou utiliser de produits agressifs altèrent le film hydrolipidique protecteur. Il est donc recommandé de privilégier l’eau tiède, des produits doux et des solutions hydroalcooliques enrichies en agents hydratants.3.8

Préserver la santé cutanée est également indispensable : l’application régulière de crèmes hydratantes compatibles avec la friction hydroalcoolique aide à restaurer le film protecteur de la peau et à prévenir les dermatites professionnelles. Les produits parfumés ou gras sont à éviter, tout comme l’eau trop chaude, qui altèrent la barrière cutanée.

Conditions préalables à une hygiène des mains efficace

Avant tout lavage ou toute friction, il convient de s’assurer que :

  • Les mains et les poignets sont dépourvus de bijoux, y compris l’alliance.
  • Les ongles sont courts, propres et sans vernis ni artifice.
  • La peau est saine, intacte et sans lésions.
  • Les avant-bras sont dégagés pour permettre un lavage complet.

Ces conditions, simples en apparence, constituent la base d’une hygiène des mains conforme aux bonnes recommandations. Elles traduisent la rigueur, la sécurité et le professionnalisme attendus dans toute pratique de soin.

Le lavage des mains à l’eau et au savon

Le lavage des mains à l’eau et au savon est la méthode de nettoyage mécanique de référence lorsque les mains sont visiblement souillées. Il repose sur l’action combinée du savon, de l’eau et du frottement pour éliminer les salissures, les impuretés et une partie de la flore transitoire. Contrairement à la friction hydroalcoolique, qui désinfecte par action chimique biocide, le lavage des mains nettoie par action mécanique. Il élimine mécaniquement les micro-organismes grâce à l’action détergente du savon et au rinçage.13

Le lavage des mains vise deux objectifs principaux :

  • Éliminer les salissures visibles (poussières, liquides biologiques, résidus organiques).
  • Réduire la flore transitoire présente à la surface de la peau.

Il est indiqué dans les situations suivantes :

  • Lorsque les mains sont visiblement sales ou souillées.
  • Après un contact réel ou potentiel avec du sang, des sécrétions ou excrétions.
  • En cas de contact avec des spores bactériennes (ex. : Clostridioides difficile) ou des ectoparasites (gale, poux).
  • Avant les repas, à l’arrivée et en quittant le poste de travail.

Déroulement du lavage des mains à l’eau et au savon

Avant de commencer, assurez-vous de disposer du matériel nécessaire : savon doux liquide en flacon distributeur, eau tiède, lavabo à commande non manuelle (ou fermeture du robinet à l’aide d’un essuie-mains) et essuie-mains à usage unique. Vérifiez également l’absence de plaies ou de lésions cutanées, et portez des manches courtes. Dans certaines structures, des adaptations organisationnelles peuvent être prévues pour concilier ces exigences avec les protocoles internes, mais l’objectif demeure inchangé : garantir une hygiène optimale.

Le lavage des mains suit une séquence précise pour garantir l’efficacité du geste : 3.4.13.14.15.

  • Retirer tous les bijoux, montres et bracelets.
  • Vérifier l’absence de plaies ou de lésions cutanées.
  • Mouiller abondamment les mains et les poignets à l’eau tiède.
  • Prélever une dose de savon liquide en un seul coup de pompe.
  • Répartir le savon liquide uniformément sur l’ensemble de la surface des mains.
  • Frotter les mains pendant au minimum 15 secondes : 14.15
    • Paume contre paume.
    • Paume droite sur dos de main gauche et inversement, doigts entrelacés.
    • Paumes face à face, doigts entrelacés.
    • Dos des doigts contre paume opposée, doigts en crochet.
    • Friction du pouce droit puis gauche (mouvements rotatoires).
    • Pulpe des doigts dans la paume opposée (mouvements circulaires).
    • Friction circulaire des poignets.
  • Rincer soigneusement à l’eau courante pour éliminer toute trace de savon.
  • Éviter que l’eau des avant-bras ne coule sur les mains, en gardant les mains au-dessus des coudes. Ce temps de rinçage doit être égal ou supérieur au temps de lavage.
  • Éliminer soigneusement tous les résidus de savon.
  • Sécher les mains et les poignets par tamponnement doux, en évitant tout frottement abrasif, avec un essuie-main à usage unique.
  • Fermer le robinet à l’aide de l’essuie-mains si la commande est manuelle.
  • Jeter l’essuie-mains dans le sac DAOM.
Infographie infirmier(e) présentant les 7 étapes du lavage des mains : paume contre paume, dos de la main, espaces interdigitaux, doigts en crochet, pouces, pulpe des doigts et poignets. Recommandations conformes aux bonnes pratiques d’hygiène hospitalière.

Erreurs fréquentes à éviter

Même un lavage des mains réalisé avec les meilleures intentions peut perdre toute son efficacité si certaines erreurs persistent. Ces fautes, généralement liées à la précipitation ou à de mauvaises habitudes, compromettent directement la qualité du geste et la sécurité des soins. Les principales erreurs à éviter sont :

  • Oublier de retirer bijoux, montres et bracelets.
  • Avoir des ongles longs, vernis ou artificiels, qui empêchent le nettoyage complet et abritent les germes.
  • Utiliser de l’eau trop chaude, qui altère la barrière cutanée sans améliorer l’efficacité du lavage.
  • Savonner trop brièvement : un frottement de moins de 15 secondes est insuffisant pour éliminer les micro-organismes.
  • Négliger certaines zones (pouces, interdigitaux, poignets, dos des doigts) en ne respectant pas les 7 étapes de friction.
  • Rincer trop vite : le rinçage doit durer au moins autant que le savonnage pour éliminer tous les résidus.
  • Utiliser de l’eau trop chaude : elle n’améliore pas le nettoyage, mais altère le film hydrolipidique, assèche la peau et favorise les micro-fissures, qui deviennent ensuite des réservoirs de micro-organismes.
  • Négliger le séchage complet, qui favorise la macération et la recontamination.
  • Utiliser un sèche-mains à air pulsé, source de dispersion microbienne.
  • Fermer le robinet manuel avec les mains propres, ce qui entraîne une recontamination immédiate.
  • Combiner savon et solution hydroalcoolique, pratique inutile et irritante pour la peau.
  • Secouer les mains pour éliminer l’eau avant le séchage, ce qui favorise la dispersion microbienne.

Ces erreurs, anodines en apparence, réduisent considérablement l’efficacité du lavage et peuvent transformer un geste de prévention en facteur de risque infectieux.

L’hygiène des mains avec friction hydroalcoolique

La friction hydroalcoolique (FHA) est la méthode de référence pour l’hygiène des mains dans la majorité des situations de soins. Elle désinfecte par action biocide en 20 à 30 secondes, avec une tolérance cutanée supérieure aux lavages répétés. Son efficacité dépend d’un volume suffisant, d’une friction assez longue et de mains parfaitement sèches.

La FHA vise à éliminer rapidement la flore transitoire et à réduire le risque de transmission croisée sans rinçage.3.16.17

Elle est indiquée dans les situations suivantes : 

  • Avant le contact avec le patient et avant tout geste aseptique.
  • Après un risque d’exposition à un liquide biologique (après retrait des gants si pas de souillure visible).
  • Après le contact avec le patient et après contact avec l’environnement du patient.
  • Entre deux patients, si les mains ne sont pas souillées.

Elle reste contre-indiquée dans certains cas : 

  • Mains visiblement souillées ou poudreuses.
  • Mains humides (dilution de l’alcool).
  • Suspicion/présence de spores (Clostridioides difficile) ou d’ectoparasites (gale, poux).

Déroulement de la friction hydroalcoolique

Avant de commencer, assurez-vous que vos mains sont sèches, non souillées et exemptes de toute lésion cutanée. Retirez tous vos bijoux, montres et bracelets, et dégagez les avant-bras afin de permettre une friction complète et efficace. Utilisez une solution hydroalcoolique à action antiseptique conforme à la norme EN 150018, facilement accessible sur le lieu de soins. Vérifiez également à ce que les distributeurs soient stockés à l’abri de la lumière et à température ambiante.

La friction hydroalcoolique doit respecter plusieurs étapes : 3.4.16.17

  • Retirer tous les bijoux, montres et bracelets.
  • Déposer une dose suffisante de SHA (3 mL).
  • Frictionner les mains pendant au moins 30 secondes :
    • Paume contre paume.
    • Paume droite sur dos de main gauche et inversement, doigts entrelacés.
    • Paumes face à face, doigts entrelacés.
    • Dos des doigts contre paume opposée, doigts en crochet.
    • Friction du pouce droit puis gauche (mouvement rotatoire).
    • Pulpe des doigts dans la paume opposée (mouvement circulaire).
    • Poignets par friction circulaire.
  • Poursuivre jusqu’à séchage complet (aucun essuyage).

Pourquoi 3 mL de solution hydroalcoolique ?

La dose de 3 mL est aujourd’hui reconnue comme le repère scientifiquement validé pour une hygiène des mains efficace. Ce volume garantit la réduction des micro-organismes en environ 30 secondes. Les études montrent qu’un volume inférieur à 1,5 mL ne permet pas de couvrir complètement les mains, ce qui laisse souvent des zones oubliées comme les pouces et les espaces interdigitaux, tandis que 3 mL assurent une couverture quasi complète de toutes les surfaces. Au-delà de 5 mL, le produit met plus longtemps à sécher sans gain d’efficacité. En pratique, 3 mL offrent un équilibre optimal entre efficacité antimicrobienne, couverture homogène et confort d’utilisation, avec un temps de séchage moyen de 30 à 60 secondes. Ce volume constitue un repère adapté à la majorité des professionnel(le)s, avec une légère variation possible selon la taille des mains (entre 2,5 et 3,5 mL), l’essentiel étant de garantir que toutes les zones soient correctement frictionnées. 19.20

Erreurs fréquentes à éviter

Ces fautes, souvent liées à la précipitation ou à la méconnaissance des protocoles, réduisent fortement l’action biocide de la solution et compromettent la sécurité des soins.

Les erreurs les plus fréquemment observées sont : 3.10.17

  • Utiliser une quantité insuffisante de solution hydroalcoolique (SHA).
  • Appliquer la SHA sur des mains humides ou mouillées : l’eau dilue l’alcool et réduit drastiquement son efficacité antimicrobienne.
  • Frictionner trop brièvement : en dessous de 20 à 30 secondes, la désinfection est incomplète, avec une élimination partielle de la flore transitoire.
  • Appliquer la SHA sur des mains visiblement sales ou souillées : la solution n’a aucune action détergente et ne peut pas pénétrer les matières organiques.
  • Essuyer ou interrompre la friction avant le séchage complet : cela empêche l’alcool d’agir pleinement et favorise la recontamination.
  • Essuyer le SHA résiduel parce que les mains semblent trop humides ou collantes, ce qui interrompt l’action biocide.
  • Combiner savon et SHA sans séchage préalable : l’interaction entre les deux produits irrite la peau et annule en partie l’efficacité de la friction.

Il faut respecter le bon volume, la bonne durée et les bonnes conditions d’application pour garantir une désinfection optimale et protéger à la fois le soignant et le patient.

Préserver ses mains et assurer la conformité

Une hygiène des mains efficace repose sur la rigueur du geste et sur la santé de la peau. Les lavages fréquents au cours de la journée, la consommation répétée de solution hydroalcoolique et l’emploi de produits inadaptés fragilisent la barrière cutanée. Cela entraîne irritations, sécheresse ou fissures. Une peau altérée perd alors sa fonction protectrice et devient un réservoir microbien potentiel. Préserver l’intégrité cutanée, c’est préserver l’efficacité du geste et la sécurité des soins.

Entretien et protection de la peau

L’entretien régulier des mains limite les irritations et prévient les dermatites professionnelles. Il est recommandé d’utiliser des crèmes hydratantes compatibles avec la friction hydroalcoolique, sans parfum et contenant des émollients lipidiques, afin de restaurer le film hydrolipidique sans altérer l’efficacité de la SHA.

Un séchage complet après chaque lavage est indispensable pour éviter la macération et les fissures cutanées. L’eau trop chaude, les savons agressifs ou antiseptiques non nécessaires doivent être évités au profit de formules douces adaptées à un usage fréquent. En cas de lésions persistantes (rougeurs, fissures, douleur), il convient d’en informer le médecin du travail pour une prise en charge adaptée.21

Hygiène des mains et port de gants

Le port de gants ne dispense jamais de l’hygiène des mains rigoureuse. Une friction hydroalcoolique doit être réalisée avant et après leur utilisation. Les gants peuvent être contaminés lors de la mise en place, se déchirer ou laisser passer des micro-organismes par capillarité. Ils doivent être réservés aux situations de contact avec des liquides biologiques, des muqueuses ou des dispositifs invasifs, et changés entre chaque soin ou patient, conformément aux précautions standard.21

Rôle et responsabilité professionnelle

L’hygiène des mains constitue un devoir éthique, réglementaire et professionnel. Chaque technique répond à une indication précise, validée par les recommandations nationales et internationales. En la maîtrisant, le/la soignant(e) agit concrètement pour protéger le patient et limiter la contamination.

Selon le Code de la santé publique et l’article R.4312-10, l’infirmier(e) exerce sa profession dans le respect de la vie, de la personne et de sa dignité. Le respect des règles d’hygiène, dont la désinfection des mains, relève ainsi d’une obligation déontologique et légale.22

À l’hôpital, les audits d’observance et les sessions de formation régulières permettent de maintenir un haut niveau de conformité et de renforcer la culture de prévention au sein des équipes. Ces démarches s’inscrivent dans la formation continue des soignant(e)s et traduisent un engagement collectif en faveur de la qualité des pratiques. 

Chaque professionnel(le) de santé a un rôle d’exemplarité : en appliquant les bonnes pratiques d’hygiène, il/elle devient un modèle pour les étudiant(e)s et les collègues. Cette exemplarité transmet une véritable culture de sécurité et fait de l’hygiène des mains un réflexe partagé par tous et toutes. 

Remerciements 

Nous tenons à exprimer notre profonde gratitude à Isabelle BATAILLE (cadre de santé et formatrice en IFSI),  Marielle LABORDE (formatrice en santé).

Chez Réussis ton IFSI, nous nous engageons à proposer des contenus d’une fiabilité inégalée. En complément de l’expertise interne de notre équipe habituelle, nous valorisons l’apport de professionnel(le)s extérieur(e)s qualifié(e)s qui enrichit nos articles de perspectives nouvelles et essentielles.

Sources

  1. World Health Organization. (2021). Key facts and figures [World Hand Hygiene Day 2021].
  2. Santé publique France. (2023, 26 mai). Infections nosocomiales et traitements anti-infectieux en établissements de santé : résultats de l’enquête nationale de prévalence 2022.
  3. World Health Organization. (2009, août). Hand hygiene: Why, how & when?
  4. Société Française d’Hygiène Hospitalière. (2009, juin). Recommandations pour l’hygiène des mains (Vol. XVII, n° 3)
  5. Glowicz, J. B., Landon, E., Sickbert-Bennett, E. E., Aiello, A. E., deKay, K., Hoffmann, K. K., Maragakis, L., Olmsted, R. N., Polgreen, P. M., Trexler, P. A., VanAmringe, M. A., Wood, A. R., Yokoe, D., & Ellingson, K. D. (2023). SHEA/IDSA/APIC Practice Recommendation: Strategies to prevent healthcare-associated infections through hand hygiene: 2022 Update. Infection Control & Hospital Epidemiology, 44(3), 355-376.
  6. Gould, D. J., Moralejo, D., Drey, N., Chudleigh, J. H., & Taljaard, M. (2017). Interventions to improve hand hygiene compliance in patient care. The Cochrane database of systematic reviews, 9(9), CD005186.
  7. Davis, T. R., Wittmann, S., Prairie, B. A., Dugan, N., Reiser, P., Goclano, L., & Dziobak, R. (2024). Implementing a compliance monitoring process to promote chlorhexidine gluconate bathing and hand hygiene: An initiative to decrease central line–associated bloodstream infections. Patient Safety, 6(1), Article 121071.
  8. World Health Organization. (2009). WHO guidelines on hand hygiene in health care: First global patient safety challenge “Clean care is safer care”.
  9. World Health Organization. (2021). Your 5 Moments for Hand Hygiene [Affiche].
  10. Société Française d’Hygiène Hospitalière. (2023, 2 mai). Semaine hygiène des mains 2023 JePPRI : les pré-requis.
  11. CHU de Bordeaux. (05/05/2024). Zéro bijou aux mains et aux poignets des professionnels [Affiche]. Service d’Hygiène Hospitalière.
  12. Minchaca, C., Bozouklian, K., Thibaut, S., Zebo, A., & Akrong, O. (2024). Facteurs d’observance des bonnes pratiques face à la directive « zéro bijou » : une étude mixte. Hygiènes, XXXII(3), 213-217.
  13. CPias Île‑de‑France. (28/04/2022). Quiz : réponses professionnels – Hygiène des mains [PDF].
  14. Haute Autorité de Santé. (2024, 20 novembre). Fiche technique : Lavage simple des mains (Codification : HYG ENV-FT 01, version 4.0)
  15. Société française d’hygiène hospitalière. (2018, mars). Hygiène des mains et soins : du choix du produit à son utilisation et sa promotion (Hygiènes, Vol. XXVI, No 1)
  16. Société Française d’Hygiène Hospitalière. (2023). Les étapes de la friction hydro-alcoolique, avec le JePPRI – Semaine Hygiène des Mains 2023.
  17. CPias – Auvergne-Rhône-Alpes. (2025, juillet). Hygiène des mains [PDF]
  18. AFNOR Editions. (2013, juin). NF EN 1500 : Antiseptiques et désinfectants chimiques – Traitement hygiénique de mains par frictions – Méthode d’essai et prescriptions (phase 2/étape 2).
  19. Suchomel, M., Leslie, R. A., Parker, A. E., & Macinga, D. R. (2018). How long is enough? Identification of product dry-time as a primary driver of alcohol-based hand rub efficacy. Antimicrobial Resistance & Infection Control, 7, Article 65.
  20. Voniatis, C., Bánsághi, S., Veres, D. S., Szerémy, P., Jedlovszky-Hajdu, A., Szijártó, A., & Haidegger, T. (2023). Evidence-based hand hygiene: Liquid or gel handrub, does it matter? Antimicrobial Resistance & Infection Control, 12, Article 12.
  21. Comité sur les infections nosocomiales du Québec. (2018, septembre). Notions de base en prévention et contrôle des infections : Hygiène des mains (No 2438). Institut national de santé publique du Québec.
  22. France. Ministère des Solidarités et de la Santé. (2016, 28 novembre). Article R 4312-37, Code de la santé publique.