Le cathéter artériel est un dispositif invasif inséré dans une artère, le plus souvent radiale ou fémorale, afin de mesurer en continu la pression artérielle invasive. Il est relié à un capteur de pression par une tubulure et permet un monitorage hémodynamique précis pour les patients instables.
Il est utilisé en réanimation, en unité de soins intensifs cardiologiques et au bloc opératoire lorsque la mesure non invasive est insuffisante.
Cet article détaille les indications, la préparation, la pose, le système de monitorage, la surveillance infirmière, le retrait du cathéter et les complications qui lui sont associées.
Indications du cathéter artériel
Les indications couvrent deux axes : la surveillance hémodynamique continue et les prélèvements sanguins répétés.
Monitorage de la pression artérielle en continu
Le cathéter artériel (KT artériel ou KTA) est un dispositif de canulation clé du monitorage hémodynamique invasif. Il permet de mesurer continuellement et en temps réel la pression artérielle. Il est indiqué dans les situations suivantes :
- Instabilité hémodynamique chez les patients en état de choc, en insuffisance respiratoire réfractaire ou lors de chirurgies à risque hémorragique élevé (pertes sanguines importantes, mouvements liquidiens massifs).1–3
- Administration d’amines vasopressives comme la noradrénaline, l’adrénaline ou d’autres catécholamines nécessitant un ajustement des doses en temps réel selon la réponse tensionnelle.3.4
- Échec de la mesure non invasive lorsque la pression artérielle par brassard est impossible à obtenir ou peu fiable, notamment au bloc opératoire lors de chirurgies prolongées.4
Prélèvements sanguins artériels répétés
Le dispositif permet de réaliser des gaz du sang (gazométrie) et des bilans biologiques (tubes classiques). Il évite les ponctions artérielles répétées qui induisent des douleurs chez le patient et un risque de lésion vasculaire. Les indications sont :
- Mesures fréquentes des gaz du sang : patients sous ventilation mécanique ou avec des troubles acido-basiques sévères.1.2
- Analyses biologiques itératives : patients en soins critiques qui nécessitent un suivi rapproché.3
La réalisation de ces prélèvements obéit à un protocole précis : les étapes sont détaillées dans notre article sur le prélèvement sur cathéter artériel.
Monitorage hémodynamique avancé (PiCCO)
Le système « PiCCO » (Pulse index Continuous Cardiac Output), qui associe un cathéter artériel et un accès veineux central, permet de surveiller en continu le débit cardiaque en utilisant une méthode de thermodilution transpulmonaire et l’analyse continu du contour de l’onde de pouls.
Ce système fournit des paramètres hémodynamiques avancés : index cardiaque, volume d’éjection systolique, eau pulmonaire extravasculaire. Il est principalement utilisé en réanimation chez les patients en état de choc pour guider le remplissage vasculaire et l’ajustement des catécholamines.5
Contre-indications à la pose d’un cathéter artériel
On distingue les contre-indications absolues, qui interdisent le geste, des contre-indications relatives, qui imposent une évaluation bénéfices/risques.
Contre-indications absolues
- Insuffisance artérielle du membre : pontage, matériel prothétique ou fistule artério-veineuse en place.1.4
- Thrombose avérée sur l’artère ou le membre à ponctionner.1.4
- Test d’Allen anormal (voie radiale) : l’absence de reperfusion de la main après compression de l’artère radiale contre-indique la ponction de ce site, mais la valeur prédictive de ce test fait débat dans la littérature (voir paragraphe ci-dessous « Test d’Allen et circulation collatérale »).
- Altération de l’état cutané : présence d’une infection locale au niveau du site d’insertion ou de brûlures du 3ème degré.1
Contre-indications relatives
En cas de coagulopathie, de thrombopénie sévère ou de thrombolyse en cours, le risque hémorragique au point de ponction est majoré. La voie radiale est alors préférée à la voie fémorale, car elle permet d’effectuer une compression manuelle plus efficace.1
Une distorsion anatomique locale (traumatisme, malformation congénitale), une ischémie distale des membres ou la présence d’hématomes liés à des ponctions artérielles antérieures font également partie des contre-indications relatives.
Pour la voie radiale uniquement, et selon la sévérité, le syndrome de Raynaud et l’artérite de Buerger peuvent justifier le choix d’un autre site de ponction.5
Cadre réglementaire du cathéter artériel et rôle infirmier
Le Code de la santé publique encadre les actes infirmiers liés au cathéter artériel dans plusieurs articles, selon le type de rôle exercé.
Rôle propre : article R.4311-5
L’infirmier(e) recueille les paramètres nécessaires à la surveillance du patient, notamment la pression artérielle et assure également la surveillance des cathéters, sondes et drains.6
Rôle prescrit : article R.4311-7
L’infirmier(e) vérifie le bon fonctionnement du monitorage, contrôle les différents paramètres et surveille les patients placés sous ces dispositifs.7
Rôle de collaboration : article R.4311-10
L’infirmier(e) participe à la mise en œuvre, par le médecin, de la « prise et recueil de pression hémodynamique faisant appel à des techniques à caractère vulnérant ».8
| Remarque : 9 L’article R.4311-9 autorise l’ablation des « cathéters centraux et intrathécaux » sur prescription médicale. Le cathéter artériel n’est pas mentionné dans cet alinéa. En pratique, son retrait est encadré par les protocoles de service. Le Décret n°2025-1306 du 24 décembre 2025 prévoit une refonte du cadre réglementaire de la profession infirmière (loi du 27 juin 2025). Son entrée en vigueur est conditionnée à la publication d’un arrêté, attendu au plus tard le 30 juin 2026. Les articles cités ci-dessus restent applicables jusqu’à cette date. |
Sites de pose du cathéter artériel : critères de choix
Le choix du site de ponction dépend de l’accessibilité de l’artère, de la qualité de la circulation collatérale et du contexte clinique. Plusieurs artères peuvent être cathétérisées, chacune avec des avantages et des limites.
Artère radiale : site privilégié
L’artère radiale est le site de premier choix pour la pose du cathéter artériel. Superficielle et facile à palper, elle présente un risque de lésion neurologique faible par rapport aux autres sites de ponction.1.5
Son intérêt est la présence d’un réseau vasculaire collatéral assuré par l’artère ulnaire (cubitale). Cette double vascularisation limite le risque d’ischémie de la main en cas d’occlusion du vaisseau ponctionné.1.5
Un support (attelle, planchette ou serviette roulée) peut être utilisé pour maintenir le poignet en hyperextension modérée, stabiliser le site de ponction et faciliter le repérage de l’artère.
→ On utilise des cathéters courts de 6 à 8 cm.
Artère fémorale : site de deuxième intention
L’artère fémorale est le site de deuxième intention. Son diamètre plus large facilite la ponction, même chez les patients en état de choc ou avec un faible débit pulsatile. Elle est souvent privilégiée en urgence.5.10
Ce site présente toutefois un risque infectieux plus élevé en raison de sa localisation inguinale (proximité du siège du patient) et les risques de pliure du cathéter, de déconnexion et d’hématome sont majorés.3.11
→ On utilise des cathéters longs, de 11 à 20 cm.3
Autres voies d’abord périphériques
En cas d’impossibilité d’utiliser les voies radiale ou fémorale, d’autres sites peuvent être envisagés.
L’artère pédieuse est une alternative, mais la pression systolique mesurée peut y être plus élevée que la pression centrale.3.10
L’artère axillaire permet un monitorage central, mais sa pose est plus complexe.1.3
Test d’Allen et circulation collatérale
Le test d’Allen vérifie que la circulation collatérale de la main est suffisante avant une canulation radiale. Il permet de s’assurer que l’artère ulnaire peut maintenir l’irrigation si l’artère radiale est obstruée ou lésée (dissection, thrombose) par la présence du cathéter.5
C’est le médecin qui réalise habituellement ce test avant la pose. L’infirmier(e) doit en comprendre le principe pour identifier les situations à risque.
La méthode consiste à comprimer simultanément les artères radiale et ulnaire, puis à relâcher la compression ulnaire afin d’observer la recoloration de la main.
Une deuxième méthode consiste à utiliser l’oxymétrie pulsée (saturomètre) en vérifiant la persistance du signal (SpO2) lors de la compression radiale.
→ La technique du test d’Allen et son interprétation sont détaillées dans l’article Guide infirmier : le prélèvement artériel pour gaz du sang.
| Remarque : 12–14 La fiabilité du test d’Allen est discutée par la communauté scientifique, car ses résultats varient selon l’opérateur et il prédit mal la survenue d’une ischémie après canulation radiale. Certaines études n’ont pas retrouvé de complications ischémiques cliniques malgré un test anormal. Pour cette raison, certaines équipes utilisent des méthodes plus objectives comme l’oxymétrie pulsée et l’échographie Doppler. |
Matériel nécessaire pour la pose d’un cathéter artériel
Le matériel est stérile et à usage unique. Il est impératif de vérifier l’intégrité des emballages et les dates de péremption.
| Catégorie | Matériel |
| Hygiène/asepsie | – SHA – Chlorhexidine alcoolique 2 % – Compresses stériles – Champ stérile large – Champ stérile troué – Adaptable – Protection absorbante |
| Protection opérateur | – Charlotte – Masque – Gants stériles – Blouse stérile |
| Support de poignet (voie radiale) | – Attelle, planchette ou serviette roulée – Ruban adhésif |
| Cathéter | – 6 à 8 cm (radiale) – 11 à 20 cm (fémorale) |
| Anesthésie locale | – Lidocaïne 1 ou 2 % – Seringue 10 mL – Aiguille sous-cutanée (orange, jaune ou verte selon le site de pose) |
| Ligne artérielle | – Tête de pression (capteur) avec prolongateur et robinet intégré – Câble interface adapté au scope – Poche de NaCl 0,9 % souple 500 mL – Seringue de 10 mL de NaCl 0,9% – Manchon de contre-pression – Support de tête de pression – Pied à perfusion – Étiquettes d’identification « Artériel » pour identifier la tubulure – Bouchon stérile (dans le kit) |
| Fixation/pansement | – Fil de suture – Scalpel – Pansements imprégnés de Chlorhexidine ou pansement transparent et occlusif |
| Ponction guidée par l’image (si utilisée) | – Échographe – Gaine stérile pour la sonde et le cordon – Gel échographique stérile |
| Élimination | – Sac DAE (déchets d’activité économique)* – Conteneur OPCT (filière DASRI) – Sac DASRI (si compresses saturées de sang) |
* Le terme DAOM (déchets assimilés aux ordures ménagères), encore courant en milieu hospitalier, est remplacé dans la réglementation actuelle par DAE (déchets d’activité économique).
Préparation du patient et asepsie du site de ponction
La pose du cathéter artériel est un acte médical, réalisé au bloc opératoire ou au lit du patient en réanimation. L’infirmier(e) prépare le matériel, installe le patient, assure l’asepsie du site de ponction et assiste le médecin tout au long de la procédure.
- Effectuer une hygiène des mains par friction hydroalcoolique (FHA) en respectant les étapes recommandées, pour une durée minimale de 20 à 30 secondes.15
- Enfiler une charlotte et un masque chirurgical.
- Installer le patient confortablement en décubitus dorsal :
- Ponction radiale : l’avant-bras est placé en supination et le poignet en hyperextension modérée, stabilisé sur le support préparé.
- Ponction fémorale : la cuisse est placée en légère abduction et rotation externe afin de dégager le point de ponction.
- Installer une protection absorbante sous le site de ponction.
- Dépiler la zone de ponction à la tondeuse (lame à usage unique) si la dépilation est indispensable (pilosité gênant l’adhésion du pansement ou la ponction).
- Effectuer une FHA.
- Procéder à l’antisepsie cutanée avec la Chlorhexidine alcoolique 2 % : 16–18
- Mouvements circulaires concentriques (« en escargot »).
- Ou par passage unidirectionnel, sans retour en arrière.
- Un seul passage.19
- Laisser sécher spontanément.
- Effectuer une FHA.
| Remarque : 16,17 L’étude CLEAN a montré que l’utilisation de Chlorhexidine alcoolique 2 % réduit significativement les infections liées aux cathéters. La détersion systématique avec un savon adapté n’apporte pas de bénéfice. En revanche, une détersion reste recommandée si la peau est visiblement souillée. Ces résultats sont à l’origine des recommandations SF2H 2016, applicables à tous les cathéters intravasculaires. |
Pose du cathéter artériel : déroulement et rôle infirmier
Avant la ponction, l’infirmier(e) ouvre l’ensemble du matériel stérile nécessaire (kit de ponction, cathéter, ligne artérielle, capteur de pression, robinets, compresses) sur le champ stérile du médecin.
La poche de NaCl 0,9 % est placée dans le manchon à contre-pression et gonflée à 300 mmHg (zone verte du manomètre) pour assurer un débit de rinçage continu (souvent 2 à 3 mL/h) et empêcher le reflux de sang dans la tubulure.1,20
Le médecin réalise une seconde antisepsie, procède à l’anesthésie locale (patient éveillé) puis introduit le cathéter par technique de Seldinger : un fil-guide souple est inséré dans l’artère via l’aiguille de ponction, le cathéter glisse sur ce guide avant son retrait.
Une fois en place, le cathéter est fixé à la peau avec des fils de suture et le pansement est mis en place.
L’infirmier(e) assiste l’opérateur (passage du matériel stérile) et joue un rôle important dans l’accompagnement du patient : rassurer, expliquer le déroulement du geste et favoriser l’immobilité contribuent à la sécurisation de la ponction.
L’infirmier(e) peut préciser que le geste est rapide, que l’anesthésie locale supprime la douleur et que le cathéter évitera des ponctions artérielles répétées.
→ L’ordre et la répartition des étapes entre l’infirmier(e) et le médecin varient selon les habitudes de l’opérateur, le protocole du service et le contexte clinique (urgence, bloc opératoire, réanimation).
| Points de vigilance : 4.5.21 Utiliser exclusivement du NaCl 0,9 % pour la ligne artérielle. L’utilisation de solutés glucosés est formellement interdite, car elle fausserait les résultats biologiques, notamment la glycémie lors des prélèvements. Certains protocoles utilisent du sérum hépariné dans la ligne artérielle. Toutefois, une revue systématique n’a pas démontré de bénéfice de l’héparine par rapport au NaCl 0,9 % seul pour le maintien de la perméabilité du cathéter artériel. |
Raccordement au monitoring et zéro de référence
Le raccordement de la ligne artérielle au moniteur et la réalisation du zéro de référence sont des étapes réalisées par l’infirmier(e).
- Montage et purge du système
- Effectuer une FHA.
- Saisir le perforateur tendu par le médecin.
- Percuter la poche de NaCl 0,9 %.
- Purger l’ensemble du circuit à l’aide du dispositif de rinçage intégré à la tête de pression.
→ Toute bulle d’air doit être éliminée pour éviter le risque d’embolie gazeuse.
- Mise à niveau du capteur de pression
La mise à niveau du capteur (levelling) est indispensable pour garantir l’exactitude des mesures.
- Positionner le capteur de pression au niveau de l’oreillette droite (généralement à l’intersection de la ligne médio-axillaire et du 4e espace intercostal) :
- Sur le bras du patient directement à l’aide d’un système de fixation adapté.
- Sur le support de tête de pression fixé au pied à perfusion.
→ Un capteur mal positionné fausse les valeurs : chaque écart de 10 cm en dessous du point de référence surestime la pression de 7,4 mmHg.20
- Procédure de mise à zéro
→ Le « zéro » confirme que le moniteur lit « 0 mmHg » lorsqu’il est exposé à la pression atmosphérique.
- Désinfecter le robinet du capteur (compresse imprégnée de solution alcoolique).
- Tourner le robinet pour fermer le côté patient et ouvrir le circuit à l’air ambiant via l’évent intégré au bouchon.
→ Si le bouchon en place est un obturateur plein (sans prise d’air), le retirer avant la mise à zéro et placer un bouchon stérile neuf après la procédure.
- Appuyer sur « Zéro PA » sur le moniteur.
- Attendre la validation (affichage du chiffre 0 et ligne isoélectrique plate).
- Refermer côté air ambiant et ouvrir côté patient.
→ La courbe de pression artérielle (PAS, PAD, PAM) doit apparaître immédiatement.
- Traçabilité dans le dossier de soins
Lors de la mise en place du cathéter, les informations suivantes doivent être consignées dans le dossier patient (écrit ou informatique) : 3.5.11
- Identité de l’opérateur.
- Date et heure du geste.
- Site d’insertion.
- Type de cathéter utilisé.
- Difficultés éventuellement rencontrées lors de la pose.
Surveillance infirmière du cathéter artériel
La surveillance du cathéter artériel repose sur l’évaluation clinique du membre, l’analyse de la courbe de pression et une maintenance du dispositif.
Surveillance clinique du membre
Elle est réalisée à chaque prise de poste, à intervalles réguliers et à toute modification de l’état du patient.
Surveillance vasculaire : contrôler la coloration, la température, la sensibilité et la motricité du membre cathétérisé.
Placer le capteur de SpO2 sur le membre cathétérisé permet de détecter une altération de la perfusion distale (absence de signal). L’absence de pouls distal doit être recherchée pour dépister une ischémie ou une thrombose.10
Point de ponction : le site d’insertion est inspecté quotidiennement à la recherche de signes d’infection (rougeur, chaleur, tuméfaction, écoulement purulent ou douleur locale).5.22
Chez un patient conscient, l’infirmier(e) informe des précautions à respecter afin de limiter les complications. Il convient d’éviter toute flexion excessive du poignet en cas de voie radiale et de signaler immédiatement toute douleur inhabituelle, engourdissement, sensation de froid ou modification de la couleur du membre.
Courbe de pression et réglage des alarmes
La validation visuelle de la forme d’onde est aussi importante que les valeurs numériques affichées (systolique, diastolique et PAM).
Analyse de la forme d’onde : la courbe doit être pulsatile, avec une encoche dicrote visible (correspondant à la fermeture de la valve aortique).4
Test de flush rapide (square wave test) : tirer puis relâcher brièvement la tirette du dispositif de rinçage intégré à la tête de pression. Ce geste produit une onde carrée sur le moniteur, suivie d’un retour rapide à la courbe pulsatile normale. Ce test vérifie que le système de monitorage transmet fidèlement les variations de pression artérielle.23
Alarmes : les alarmes de pression artérielle sont activées et adaptées aux objectifs tensionnels du patient. À titre indicatif, un réglage standard cible une PAM > 65 mmHg.24 Ces seuils sont ajustés selon la prescription médicale et la situation clinique.
Entretien de la ligne artérielle et asepsie
La maintenance du système respecte une asepsie rigoureuse pour prévenir les infections liées au cathéter.
Intégrité du circuit : l’étanchéité des connexions, l’absence de bulles d’air dans la tubulure et le positionnement correct du cathéter (absence de pliure) sont vérifiés à chaque tour. Toute bulle d’air visible est éliminée avant réouverture de la ligne vers le patient.
La ligne artérielle doit être clairement identifiée par une étiquette « Artériel » pour prévenir toute administration accidentelle de médicament.
→ Toute injection de médicament est formellement interdite sur la ligne artérielle.
Perméabilité de la ligne : la manchette à pression est maintenue à 300 mmHg (zone verte). Un rinçage manuel via le dispositif de rinçage intégré est réalisé régulièrement pour éliminer les dépôts de fibrine et maintenir la perméabilité du cathéter.5
Changement du système : le délai de changement du circuit complet (tubulures, tête de pression, dispositif de rinçage) varie selon les protocoles (de 96 heures à 7 jours ou en cas de dysfonctionnement du système).4.5
→ Chaque manipulation des robinets et ports d’accès est précédée d’une friction SHA et d’une désinfection à la compresse imprégnée de solution alcoolique.
Changement du pansement
Un pansement stérile transparent et occlusif permet l’inspection visuelle permanente du point de ponction.
Selon la SRLF, le pansement ne doit pas être changé avant le 7e jour, sauf en cas de décollement, de souillure ou d’imprégnation sanguine.19.22 Certains protocoles locaux préconisent un changement tous les 3 à 4 jours.
Une étude montre une réduction de 60 % des bactériémies liées aux cathéters et de 61 % de la colonisation cutanée au niveau du point d’insertion avec l’utilisation de pansements imprégnés de Chlorhexidine.22.25
| À retenir : Les délais de changement du pansement et du système de monitorage ne sont pas uniformes et aucun calendrier national n’existe. L’infirmier(e) applique le protocole d’hygiène validé par son établissement. |
Fréquence de calibrage du « Zéro » de référence
Il n’existe pas de consensus sur la fréquence du calibrage. Les recommandations varient selon les sources :
- Toutes les 8 heures.4
- À chaque relève d’équipe.5
La plupart des sources s’accordent néanmoins sur certaines situations qui justifient un recalibrage : 3.5.10.26
- Pose du cathéter.
- Changement de position du patient.
- Retour d’un transport (scanner, examen).
- Après une déconnexion du câble de pression.
- En cas de doute sur la fiabilité des valeurs affichées.
D’un point de vue théorique, le calibrage ne serait nécessaire que si l’une des conditions de base change : pression atmosphérique, pression du manchon ou résistance du système.26 L’infirmier(e) se réfère au protocole en vigueur dans son établissement.
→ La procédure de mise à zéro est détaillée dans la section « Raccordement du système de monitorage ».
Traçabilité pendant la surveillance
La surveillance d’un cathéter artériel imposent une traçabilité rigoureuse dans le dossier de soins :
- Valeurs de pression artérielle.
- Réalisation des mises à zéro.
- Changement du pansement (date, heure, aspect du site).
- Changement du système de monitorage (tubulures, transducteur).
- Incidents ou événements indésirables (dysfonction, déconnexion, suspicion d’infection, ischémie).
Complications du cathéter artériel et conduite à tenir
Les mesures de surveillance décrites ci-dessus permettent de prévenir les complications. Le tableau suivant résume les signes d’alerte et la conduite à tenir pour chaque type de complication.
| Complication | Signes d’alerte | Conduite à tenir |
| Complications vasculaires (risque de thrombose, ischémie, hématome, pseudoanévrisme) | Douleur inhabituelle. Pâleur ou cyanose du membre. Refroidissement distal. Diminution ou absence de pouls. Œdème au niveau du site d’insertion. Masse pulsatile au niveau du point de ponction (pseudoanévrisme, principalement voie fémorale). | Comparer avec le membre controlatéral. Alerter immédiatement le médecin. Retirer si ischémie suspectée selon protocole/avis médical. |
| Complication infectieuse | Rougeur, chaleur locale, écoulement purulent, fièvre sans foyer identifié. | Alerter le médecin. Le cathéter peut être retiré et l’extrémité mise en culture sur prescription médicale.11.22 |
| Embolie gazeuse | Bulle d’air visible dans la tubulure ou au niveau du robinet. | Clamper la ligne immédiatement. Purger la bulle avant toute réouverture vers le patient. Alerter le médecin si suspicion d’injection d’air. |
| Complication mécanique (déconnexion, pliure, dysfonction) | Courbe amortie persistante. Fuite au niveau des raccords. Perte brutale du signal. Retrait accidentel. | Clamper immédiatement si rupture du système. Comprimer le point de ponction en cas de retrait. Repositionner le membre si nécessaire. Remplacer le dispositif si altéré. |
Ablation du cathéter artériel : déroulement et surveillance
L’ablation du cathéter artériel est le retrait d’un dispositif invasif utilisé pour la surveillance continue de la pression artérielle. Elle est réalisée sur prescription médicale lorsque le monitorage hémodynamique n’est plus indiqué ou en cas de complication. Le retrait nécessite une compression immédiate du point de ponction et une surveillance clinique du patient afin de prévenir un saignement ou une complication vasculaire.
Durée d’utilisation et réévaluation quotidienne
Il n’existe pas de durée maximale uniforme pour le maintien d’un cathéter artériel. Le dispositif est conservé (parfois pour une longue durée) tant que l’indication clinique persiste et en l’absence de complication.4.22
Une réévaluation quotidienne de la pertinence du maintien est indispensable. Le retrait est indiqué en cas de fin d’utilité, de suspicion d’infection, de complication vasculaire ou de dysfonctionnement du système.3.22
L’ablation est réalisée sur prescription médicale.
Matériel nécessaire pour l’ablation du cathéter artériel
| – Solution hydroalcoolique – Gants non stériles – Protection absorbante – Compresses stériles – Set de pansement stérile – Solution alcoolique (Chlorhexidine 2 %) – Ciseaux stériles et pots de bactériologie (si mise en culture) – Coupe-fil – Pansement compressif – Conteneur OPCT – Sac DASRI/Sac DAE |
Retirer un cathéter artériel étape par étape
- Installation du patient
- Effectuer une FHA.
- Installer le patient en décubitus dorsal, membre accessible.
- Installer une protection absorbante si nécessaire.
- Mettre en place une surveillance tensionnelle non invasive et inhiber temporairement l’alarme artérielle sur le moniteur.
- Préparation du matériel
- Effectuer une FHA.
- Ouvrir le set de pansement de façon aseptique et déployer le champ stérile.
- Disposer compresses et pinces sur le champ sans rompre l’asepsie.
- Ouvrir le coupe-fil et le déposer sur le champ stérile si nécessaire.
- Imbiber les compresses de solution alcoolique.
- Retrait du dispositif
- Effectuer une FHA et enfiler une paire de gants non stériles.
- Retirer l’ancien pansement.
- Retirer les gants et effectuer une FHA.
- Enfiler une nouvelle paire de gants non stériles.
→ Le port de gants est indispensable en raison du risque de saignement au moment du retrait et de la compression.
- Nettoyer le point de ponction avec les compresses imbibées de solution alcoolique, par mouvements concentriques ou unidirectionnels, sans retour en arrière.
- Laisser sécher spontanément.
- Couper les fils de suture (voir procédure détaillée d’ablation des fils de suture).
- Retirer le cathéter d’un geste continu et maîtrisé.
→ Si une infection du cathéter est suspectée, l’extrémité distale (environ 3-4 cm) est découpée stérilement et envoyée au laboratoire.3.11.19
La suspicion d’infection repose sur au moins un des critères suivants : 22
- Fièvre ou dysfonction d’organes survenant après la pose sans autre foyer infectieux identifié.
- Signes locaux au point de ponction (rougeur > 0,5 cm, écoulement purulent, cellulite).
- Hémoculture positive sans porte d’entrée certaine.
- Compression du point de ponction
- Appliquer immédiatement une compression manuelle directe à l’aide d’une compresse stérile.
- Maintenir la compression jusqu’à l’arrêt complet du saignement :
- Voie radiale : 5 à 10 minutes.
- Voie fémorale : 10 à 15 minutes.
- Mettre en place un pansement sec compressif.
→ En cas de troubles de la coagulation ou de traitement anticoagulant, la compression peut être prolongée et la surveillance renforcée. Le retrait peut être reprogrammé à distance de l’anticoagulation selon l’évaluation médicale et le protocole du service.
- Élimination
- Éliminer les déchets :
- Le coupe-fil dans le conteneur OPCT.
- Les autres déchets dans la filière DAE ou DASRI (si fortement souillés ou à risque d’écoulement).
- Enlever les gants et effectuer une FHA.
- Traçabilité
- Tracer le soin dans le dossier patient : 3.11
- Date et heure du retrait.
- État du point de ponction.
- Intégrité du cathéter.
- Identité de l’opérateur.
- Envoi du cathéter en culture si nécessaire.
Surveillance et traçabilité post-ablation
Les heures suivant le retrait du dispositif, une surveillance clinique attentive est nécessaire. Il convient de vérifier l’absence de saignement au niveau du point de ponction et de surveiller l’apparition éventuelle d’un hématome.
L’infirmier(e) évalue l’apparition d’une douleur inhabituelle, d’une pâleur, d’un refroidissement distal ou d’une diminution du pouls, pouvant évoquer une complication vasculaire.
En cas de mise en place d’un pansement compressif, la surveillance des extrémités distales est indispensable. Il faut contrôler régulièrement la coloration, la chaleur et le pouls distal afin de dépister une compression excessive. Le pansement compressif doit être desserré ou retiré selon le protocole du service et l’évolution clinique du patient.
Le membre est maintenu au repos selon le site de ponction, avec une vigilance renforcée pour la voie fémorale.
Cathéter artériel : retours et précisions d’experts de terrain
Surveillance de la perfusion distale par oxymétrie
Afin de prévenir les complications vasculaires, il est conseillé de surveiller la bonne perfusion de l’extrémité du membre concerné.
Ainsi, pour avoir un aperçu continu de celle-ci, il est conseillé de positionner l’oxymètre sur cette même extrémité. Une valeur et une courbe correctes seront alors le reflet d’une perfusion vasculaire suffisante.
Attention, cela ne remplace pas la surveillance clinique du membre.
Rodolphe Claudet – infirmier en réanimation polyvalente
Site de ponction radiale recommandé
Selon les dernières recommandations, la zone privilégiée à ponctionner se situe à 3-4 cm en amont de la zone de flexion du poignet.
Ceci permet de limiter les dysfonctionnements liés aux mouvements du patient.
Nicolas Maroh – infirmier en réanimation et DU accès vasculaire
Conclusion
Le cathéter artériel est un dispositif principalement utilisé en réanimation, en USIC et au bloc opératoire. Sa mise en place reste exceptionnelle dans certains services, ce qui rend sa maîtrise d’autant plus importante.
La fiabilité des mesures dépend de la qualité du montage, du calibrage et de la surveillance quotidienne. Une vigilance constante est nécessaire pour dépister les complications vasculaires, infectieuses ou mécaniques.
Remerciements
Nous tenons à exprimer notre profonde gratitude à Rodolphe Claudet (infirmier en réanimation polyvalente) et Nicolas Maroh (infirmier en réanimation et DU accès vasculaire) pour leur relecture et expertise.
Nous remercions également Isabelle BATAILLE (cadre de santé et formatrice en IFSI), Aude PALLIER (formatrice et référente en santé), Marielle LABORDE (formatrice en santé) et Badia JABRANE (directrice pédagogique) pour leur relecture et leur contribution à la qualité pédagogique des contenus.
Chez Réussis ton IFSI, nous nous engageons à proposer des contenus d’une fiabilité inégalée. En complément de l’expertise de notre équipe habituelle, nous valorisons l’apport de professionnel(le)s extérieur(e)s qualifié(e)s qui enrichit nos articles de perspectives nouvelles.
Sources
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