La compression pneumatique intermittente (CPI) utilise une pompe à air comprimé et des manchons gonflables pour reproduire l’action de la pompe musculaire du mollet. Les cycles de gonflage et de dégonflage exercent une pression rythmique sur le membre inférieur, ce qui accélère le retour veineux et réduit la stase sanguine.

Ce dispositif de compression mécanique est indiqué en prévention de la thrombose veineuse profonde chez le patient hospitalisé, en particulier lorsque les anticoagulants sont contre-indiqués ou en complément de la prophylaxie pharmacologique.1.2

Cet article détaille le principe, les types de dispositifs, l’installation, les réglages, la surveillance infirmière et les erreurs fréquentes liées à la CPI.

Il s’adresse aux infirmier(e)s et aux étudiant(e)s en sciences infirmières. Les indications complètes, les classes de compression et les contre-indications sont détaillées dans le guide complet sur la contention veineuse.

Principe de la compression pneumatique intermittente 

La compression pneumatique intermittente réplique les effets de la déambulation pour favoriser mécaniquement le retour du sang vers le cœur. Le système applique une compression et une décompression progressives de la partie distale (bas de la jambe) vers la partie proximale (haut de la cuisse) pour chasser le sang veineux.3 

Ces mécanismes permettent d’améliorer la circulation sanguine du membre inférieur et de réduire le risque de thrombose veineuse profonde. Ils produisent deux types d’effets chez le patient :

  • Effets hémodynamiques : 3.4
    • Diminue la pression dans le réseau veineux.
    • Accélère le débit et la vitesse du flux sanguin veineux.
    • Réduit la stase veineuse et limite la formation de caillots.

  • Effets sur les tissus : 5
    • Limite le passage de liquide des vaisseaux vers les tissus (filtration capillaire).
    • Améliore le drainage lymphatique et favorise la résorption de l’œdème.

Les différents dispositifs de compression pneumatique 

Les dispositifs de CPI se distinguent par la zone anatomique comprimée et le système de compression.

Dispositifs de compression pneumatique intermittente avec pompe à pied et manchons de mollet ou de cuisse.
  • Pompes à pied (foot pumps) : ciblent la pompe veineuse plantaire. Dispositif le plus compact.1.4

  • Manchons de mollet : enveloppent le mollet pour simuler la pompe musculaire du membre inférieur lors de la marche. Format le plus courant en prophylaxie de la thrombose veineuse profonde.1.4

  • Manchons de cuisse : remontent jusqu’à la cuisse pour une compression plus étendue sur la jambe.1

La compression appliquée au mollet ou étendue à la jambe entière serait plus efficace que celle limitée au pied pour réduire le risque de thrombose veineuse.1

Les manchons peuvent fonctionner en mode séquentiel (gonflage progressif chambre par chambre) ou en mode à impulsion (pression brève et rapide). Aucune étude ne démontre de supériorité clinique d’un système sur l’autre. Le choix du dispositif repose sur la disponibilité dans le service et la tolérance du patient.1

Indications et contre-indications spécifiques de la CPI 

En dehors de la prophylaxie thromboembolique chez le patient à très haut risque ou en cas de contre-indication aux anticoagulants, la CPI est également indiquée pour : 1.6

  • Favoriser la cicatrisation des ulcères veineux de jambe lorsque les bas ou bandes sont mal tolérés ou insuffisants.

  • Réduire l’œdème chronique dans le syndrome post-thrombotique.

Son efficacité préventive est également établie dans plusieurs contextes chirurgicaux : chirurgie abdomino-pelvienne majeure, neurochirurgie et chirurgie carcinologique pulmonaire.1

La CPI est déconseillée après une angioplastie des membres inférieurs et en cas d’allergie aux matériaux du manchon. Son utilisation ne doit jamais retarder la reprise de la déambulation précoce.1

Les indications complètes et les contre-indications générales sont détaillées dans notre guide de la contention veineuse.

Installation et réglages de la CPI

La mise en place de la CPI suit un protocole, quel que soit le dispositif de compression utilisé. En contexte chirurgical, l’installation peut débuter dès la phase per-opératoire.1

Préparation du patient

L’infirmier(e) vérifie la prescription médicale et l’absence de contre-indications locales (lésions cutanées, dermatose sur la zone d’application). Une hygiène des mains est réalisée et la peau est inspectée sur les deux membres inférieurs avant la pose des manchons.

Mise en place du dispositif

Installation de compression pneumatique intermittente avec manchons gonflables et pompe reliée au lit du patient.

  • Installer le patient en décubitus dorsal, en position semi-assise ou au fauteuil, membres inférieurs allongés. 

→ Veiller à ce que les manchons et tubulures ne soient pas coudés en position assise.

  • Retirer les bas de contention si présents. 

→ Dans certains contextes (ulcère, œdème chronique), la CPI peut être posée par-dessus les bas ou bandes.6

  • Placer les manchons autour du membre (mollet seul ou jambe entière selon le modèle), sans pli ni striction.

  • Fixer la pompe au pied du lit ou sur une surface stable. 

  • Acheminer les tubulures sans obstruction ni risque de trébuchement.

  • Raccorder les tubulures aux manchons et à la pompe, vérifier la solidité des connexions et l’absence de pliures.

  • Mettre l’appareil en marche et vérifier que les cycles de gonflage et de dégonflage se déclenchent correctement sur les deux membres.

  • Vérifier le bon positionnement des manchons de compression pendant le cycle de gonflage/dégonflage.

  • S’assurer du confort du patient et de l’absence de douleurs.

  • Effectuer une nouvelle FHA.

→ La pompe peut générer un bruit ou des vibrations lorsqu’elle touche le lit. Pour améliorer le confort du patient, placer une interface absorbante, comme un carré de soin ou des gants, entre le moteur et le lit réduit ces nuisances.

Réglages et mise en route 

La plupart des systèmes modernes règlent automatiquement la pression et la durée des cycles de compression en fonction du type de manchon détecté. L’infirmier(e) vérifie à l’écran que le manchon affiché correspond au montage réel.

L’infirmier(e) trace dans le dossier de soins le type de dispositif, l’heure de pose et la tolérance du patient.

Remarque :  

Se référer systématiquement aux instructions du fabricant et aux protocoles du service, car les paramètres de pression et les procédures de mise en marche peuvent varier selon les dispositifs.

Surveillance infirmière de la CPI

La surveillance de la CPI associe vigilance clinique et contrôle technique du dispositif de compression.

Organisation de la surveillance

Vérifier régulièrement le bon fonctionnement de l’appareillage : 

  • Tubulures non pliées.
  • Raccords étanches et absence de fuites.
  • Manchons sans pli ni striction sur le membre inférieur. 

Les manchons sont retirés régulièrement pour l’inspection cutanée et les soins d’hygiène, en particulier au niveau des points d’appui (malléoles, talon, crête tibiale). 

Cette surveillance renforcée permet de prévenir les complications cutanées liées à la pression des manchons sur la jambe. Les manchons sont à usage patient unique et doivent être remplacés s’ils sont souillés ou endommagés.

Signes d’alerte et actions infirmières

Retirer immédiatement le dispositif et alerter le médecin en cas de : 8

  • Douleur persistante sous les manchons.
  • Cyanose, pâleur ou refroidissement des orteils.
  • Fourmillements ou insensibilité des extrémités.
  • Lésions cutanées : prurit, irritation, phlyctènes.
  • Alarme technique persistante (pression élevée ou fuite détectée par l’appareil).

En cas d’alarme, l’infirmier(e) vérifie l’ajustement du manchon et l’étanchéité des raccordements avant de relancer l’appareil. Le patient est informé de la nécessité de signaler toute douleur ou inconfort. 

Erreurs fréquentes lors de l’utilisation de la CPI

Les erreurs les plus fréquentes en pratique infirmière sont les suivantes : 1.8

ErreurRisque
Tubulures pliées ou coudéesObstruction du flux d’air, compression inefficace
Manchons trop lâches ou mal fixésFuite de pression, perte d’efficacité
Membre appuyé contre le pied de litSurpression externe sur le manchon
Déambulation retardée pour maintenir la CPIPerte du moyen de prévention le plus efficace
Manchon réutilisé entre patientsRisque infectieux par transmission croisée
Douleur ou cyanose des orteils ignoréeIschémie, nécrose

Conclusion

La compression pneumatique intermittente est un dispositif de prophylaxie mécanique dont l’efficacité repose sur une installation correcte, un port continu et une surveillance infirmière rigoureuse. Elle constitue une alternative sûre lorsque les anticoagulants sont contre-indiqués et un complément efficace pour le patient à très haut risque thromboembolique.

La CPI est généralement poursuivie tant que la mobilité reste significativement réduite, selon la prescription et le protocole. À la reprise d’une déambulation suffisante, elle peut être arrêtée.

Un relais par bas de contention ou bandes de contention est discuté selon l’indication : prophylaxie thromboembolique, œdème chronique, syndrome post-thrombotique ou ulcère veineux.

Remerciements

Nous tenons à exprimer notre profonde gratitude à Rodolphe Claudet (infirmier en réanimation polyvalente) et Nicolas Maroh (infirmier en réanimation et DU accès vasculaire) pour leur relecture et expertise.

Nous remercions également Isabelle BATAILLE (cadre de santé et formatrice en IFSI), Jonas HAURET-CLOS (infirmier en SMR spécialisé) Aude PALLIER (formatrice et référente en santé), Marielle LABORDE (formatrice en santé) et Badia JABRANE (directrice pédagogique) pour leur relecture et leur contribution à la qualité pédagogique des contenus.

Chez Réussis ton IFSI, nous nous engageons à proposer des contenus d’une fiabilité inégalée. En complément de l’expertise de notre équipe habituelle, nous valorisons l’apport de professionnel(le)s extérieur(e)s qualifié(e)s qui enrichit nos articles de perspectives nouvelles.

Sources

  1. SFAR/SFTH/SFMV. (2024). Prévention de la maladie thromboembolique veineuse péri-opératoire.
  2. Kakkos, S. et al. (2022). Combined intermittent pneumatic leg compression and pharmacological prophylaxis for prevention of venous thromboembolism. Cochrane Database Syst. Rev. 1, CD005258.
  3. National Institute for Health and Care Excellence (NICE). (2018). Venous thromboembolism in over 16s: reducing the risk of hospital-acquired deep vein thrombosis or pulmonary embolism.
  4. Kim, N. Y., Ryu, S. & Kim, Y.-H. (2024). Effects of intermittent pneumatic compression devices interventions to prevent deep vein thrombosis in surgical patients: A systematic review and meta-analysis of randomized controlled trials. PLOS ONE 19, e0307602.
  5. Shi, C., Dumville, J. C., Cullum, N., Connaughton, E. & Norman, G. (2021). Compression bandages or stockings versus no compression for treating venous leg ulcers. Cochrane Database Syst. Rev. 2021, CD013397.
  6. Maeseneer, M. G. D. et al. (2022). European Society for Vascular Surgery (ESVS) 2022 Clinical Practice Guidelines on the Management of Chronic Venous Disease of the Lower Limbs. Eur. J. Vasc. Endovasc. Surg. 63, 184–267.
  7. SF2H. (2023). Les étapes de la friction hydro-alcoolique.
  8. Société Française & de Médecine Vasculaire. (2022). GUIDE DE LA COMPRESSION.