La pose de bas de contention consiste à enfiler un dispositif de compression sur le membre inférieur pour exercer une pression dégressive de la cheville vers la cuisse. Chaussettes, bas-cuisse et collants partagent le même mécanisme, mais diffèrent par leur hauteur.

Ce geste infirmier aide à prévenir le risque de thrombose veineuse, à améliorer la circulation dans l’insuffisance veineuse chronique et à prendre le relais après décongestion par bandes. Le/la professionnel(le) de santé vérifie le niveau de compression prescrit et adapte l’enfilage à la morphologie du patient pour éviter tout pli ou effet garrot.

Cet article détaille les types de bas de contention, le matériel, la technique de pose, la surveillance et les erreurs fréquentes.

Il s’adresse aux infirmier(e)s et aux étudiant(e)s en sciences infirmières. Les indications complètes, les classes de compression et les contre-indications sont détaillées dans le guide complet sur la contention veineuse.

Bas anti-thrombose et bas de compression médicale 

Deux catégories de bas de contention élastiques coexistent et l’infirmier(e) doit les distinguer, car leur niveau de compression, leurs modalités de port et leurs indications diffèrent.

Les bas anti-thrombose 

Ils sont conçus pour prévenir la maladie thromboembolique veineuse (MTEV) chez le patient alité ou opéré. Ils exercent une pression modérée, généralement comprise entre 15 et 20 mmHg au niveau de la cheville.1

Leur pied ouvert permet aux soignant(e)s d’examiner l’état cutané et la circulation des extrémités. Le talon est marqué pour faciliter le positionnement lors de la pose.  

Ils se portent jour et nuit, en continu, dès l’admission, tant que le risque lié à l’alitement persiste. La durée du traitement est limitée à la période de risque, de 7 jours à 7 semaines selon la chirurgie.1

Remarque : 2

En contexte péri-opératoire, les organismes SFAR/SFMV/SFTH (2024) ne recommandent plus le port de bas antithrombose et privilégient la prophylaxie pharmacologique ou la compression pneumatique intermittente (CPI). 

Les bas de compression médicale 

Les bas de compression médicale sont un traitement de référence des affections veineuses chroniques stabilisées : varices, symptômes veineux, œdème chronique, prévention de récidive d’ulcère et syndrome post-thrombotique.1

→ En cas d’ulcère veineux actif ou d’œdème important, les bandes de contention sont souvent utilisées en phase initiale, avant relais par bas adaptés. 

En France, les bas de compression médicale se déclinent en quatre classes (I à IV) selon la pression exercée (de 10 mmHg à plus de 36 mmHg). Ils peuvent être à pied ouvert ou fermé, selon le confort du patient et le besoin de superposition.

Contrairement aux bas anti-thrombose, ils se portent principalement le jour, en position debout ou assise. Ils sont généralement retirés la nuit, sauf prescription médicale spécifique, par exemple après une chirurgie de varices.1

Bas anti-thrombose Bas de compression médicale 
IndicationsPrévention thromboemboliqueTraitement de la maladie veineuse chronique
Pression à la cheville15 à 20 mmHg10 à plus de 36 mmHg (classes I à IV)
PortContinu jour et nuitDiurne (lever au coucher)
PiedOuvertOuvert ou fermé

Chaussettes, bas-cuisse et collants de contention 

Les bas de contention se déclinent en plusieurs formats pour s’adapter à la pathologie et à la morphologie du patient. Choisir des bas ou collants bien adaptés au patient améliore l’observance du traitement.

Chaussettes, bas-cuisse et collants de contention illustrant les différents dispositifs de compression veineuse.
  • La chaussette (bas-jarret) : s’arrête deux doigts sous le genou. C’est le format le plus prescrit, car son enfilage est simple, sa tolérance est bonne et l’observance est supérieure.3 Le port de bas courts est particulièrement adapté à la personne âgée ou en perte de mobilité.1

  • Le bas-cuisse : remonte jusqu’à la racine de la cuisse. Il est maintenu par une bande siliconée autofixante. Il est indiqué lorsque l’œdème s’étend au-dessus du genou (lymphœdème ou syndrome post-thrombotique).4 Un bas-cuisse mal ajusté présente un risque important de pose incorrecte et d’effet garrot au niveau du pli poplité.1

  • Le collant : couvre les deux jambes jusqu’à la taille. Il est privilégié pour la compression veineuse bilatérale, par exemple pendant la grossesse. La partie culotte n’exerce pas de pression compressive significative.1

Remarque : 1

À pression équivalente et lorsque l’atteinte ne dépasse pas le genou, aucune supériorité clinique nette des bas-cuisse ou collants n’est démontrée par rapport aux chaussettes. Les chaussettes sont souvent privilégiées, car elles sont plus faciles à enfiler et mieux observées.

De nombreuses tailles et modèles permettent d’adapter la compression à la morphologie et au mode de vie du patient. Le choix tient compte de la sensibilité cutanée, de la saison, de l’activité professionnelle, des contraintes mécaniques et de la dextérité, afin d’améliorer le confort et l’observance.

Classes de compression des bas de contention veineuse

En France, la classification des bas médicaux de compression repose sur la pression exercée au niveau de la cheville : 1

Pression à la chevilleIndications courantes
Classe I10 à 15 mmHgConfort (jambes lourdes) ou association avec une classe supérieure (pas d’indication thérapeutique selon la HAS)5
Classe II15,1 à 20 mmHgVarices, grossesse, prévention de la TVP
Classe III20,1 à 36 mmHgSyndrome post-thrombotique, œdème chronique, lymphœdème
Classe IV> 36 mmHg

(obtenue par superposition de deux bas)
Cas sévères, lymphœdème avancé

Les indications détaillées par pathologie, la classification CEAP et les contre-indications à la contention veineuse sont présentées dans notre guide de la contention veineuse.

Prise de mesures pour les bas de contention 

Il est fortement recommandé de prendre les mesures le matin, au lever, car c’est le moment où l’œdème est minimal.1 Elles sont à réaliser sur les deux membres, car leur taille peut différer, et doivent être reconduites à chaque renouvellement de prescription.6

Les points de mesure standardisés sont les suivants : 6.7

  • Hauteur : mesurer du talon jusqu’au pli du genou (pour les chaussettes) ou jusqu’à la racine de la cuisse (pour les bas).

  • Tour de cheville : mesurer à l’endroit le plus fin, en général au-dessus de la malléole (3 cm au-dessus en général).

  • Tour de mollet : mesurer la circonférence à l’endroit le plus large du mollet.

  • Tour de cuisse : mesurer la circonférence à l’endroit le plus large de la cuisse (environ 5 cm sous le pli fessier) .

Points de mesure pour les bas de contention avec repères du tour de cheville, mollet, cuisse et hauteurs de jambe.

En contexte hospitalier, l’infirmier(e) mesure la cheville et le mollet pour sélectionner la taille du bas anti-thrombose dans le stock du service, en se référant au tableau des tailles du fabricant.1

À domicile, lors du renouvellement (généralement tous les 6 mois), l’infirmier(e) peut reprendre les mesures afin de vérifier l’absence de modification morphologique du membre. Ces données sont ensuite transmises au pharmacien pour permettre la délivrance d’un dispositif adapté.1

Remarque : 8

L’arrêté du 20 mars 2012 autorise l’infirmier(e) à renouveler la prescription à l’identique sans modifier la classe ni le type de dispositif. Tout changement de classe ou de format nécessite une nouvelle prescription médicale.

Technique de pose des bas et chaussettes de contention

La qualité de la pose conditionne l’efficacité de la compression médicale. Un bas de contention mal posé perd sa pression thérapeutique et expose le patient à des complications cutanées.

Préparation du patient avant la pose 

L’infirmier(e) réalise une hygiène des mains, puis inspecte l’état cutané des membres inférieurs. Le bas s’enfile sur une peau propre et sèche, sans crème ni lait corporel pour faciliter le glissement et éviter les irritations.1 Les ongles de pieds du patient sont coupés court.

Avant d’enfiler le bas, l’infirmier(e) vérifie la concordance entre le dispositif (type, classe de compression, taille) et la prescription médicale. 

L’usage de gants en latex ou vinyle améliore la prise sur le bas et le protège des accrocs. Pour les patients présentant des difficultés de préhension ou de mobilité, des aides à l’enfilage existent : enfile-bas à anses, tapis de glisse et systèmes à roulement.1

Technique de pose étape par étape 

L’enfilage doit se faire idéalement dès le réveil et au lever, avant que l’œdème ne s’installe.

Technique d’enfilage d’un bas de contention montrant les étapes de mise en place correcte sur la jambe du patient.
  • Installer le patient en décubitus dorsal ou demi-assis, jambes allongées.

  • Maintenir le pied du patient à un angle de 90° (flexion dorsale) pendant tout le geste pour éviter les plis douloureux sur le cou-de-pied.1

  • Retourner le bas complètement à l’envers (l’intérieur se retrouve à l’extérieur).
  • Replier le bas retourné jusqu’au talon (on obtient une sorte de pochette).

  • Glisser le pied dans cette pochette, pointe puis talon.

  • Dérouler progressivement sur la cheville, le mollet et la jambe, sans tirer excessivement ni froisser pour éviter les plis.

→ Le talon doit être intégralement recouvert, car il constitue le point de repère essentiel pour la dégressivité de la pression.1

  • Arrêter le bas 2 cm sous le pli du genou pour une chaussette afin de ne pas entraver la flexion.1

  • Vérifier l’absence de plis et la répartition homogène de la compression sur toute la hauteur.

  • Réinstaller le patient et effectuer une FHA.

  • Tracer dans le dossier de soins le type de dispositif, la classe, l’heure de pose et l’état cutané constaté. 

Pose de deux bas  en superposition

La superposition permet d’atteindre des niveaux de compression supérieurs à 36 mmHg. La pression finale correspond approximativement à la somme des pressions de chaque bas.1

Règles de pose en superposition : 1

  • Enfiler les bas de la classe la plus faible en premier, directement sur la peau.

  • Poser ensuite le bas de la classe la plus forte par-dessus.

  • Privilégier un modèle à pied ouvert pour la couche supérieure afin de faciliter l’enfilage et la tolérance au niveau des orteils.

Surveillance infirmière des bas de contention 

La surveillance infirmière concerne l’efficacité du traitement compressif et la prévention des complications éventuelles.

Organisation de la surveillance

Après la première pose, un contrôle est recommandé dans les heures qui suivent pour vérifier la tolérance du dispositif par le patient.1

Les bas sont retirés quotidiennement pour la toilette des jambes et l’examen de l’état cutané, en particulier au niveau des talons et des zones osseuses. Chez les patients peu mobiles, à peau fragile ou qui présentent des troubles de la sensibilité, l’inspection est renforcée à deux ou trois fois par jour.10

Signes d’alerte

Le patient et les soignants doivent être attentifs aux signes suivants, qui indiquent une compression excessive ou inadaptée : 1

  • Douleur persistante au niveau des jambes.
  • Cyanose, pâleur ou insensibilité des orteils.
  • Marques cutanées profondes, phlyctènes ou rougeurs persistantes.
  • Œdème des orteils (effet garrot ou pied ouvert mal ajusté).

Actions infirmières

  • Vérifier l’absence de plis et le positionnement correct du talon après chaque pose.

  • Examiner la peau au niveau des points d’appui (talons, malléoles, crête tibiale) après chaque retrait.

  • En présence d’œdème des orteils, il est conseillé de surveiller l’apparition d’intertrigo ou d’ongles incarnés, nécessitant parfois des soins de pédicurie spécialisés.1

  • Éduquer le patient sur les sensations normales et les signes à signaler.

  • Alerter au médecin prescripteur en cas d’intolérance persistante pour réévaluation de la classe ou du type de dispositif.

Erreurs fréquentes lors de la pose de bas de contention

Les erreurs les plus fréquentes en pratique infirmière sont les suivantes : 1

ErreurRisque
Mesures prises en fin de journéeŒdème maximal, taille inadaptée
Talon mal positionné dans le basPression dégressive décalée, compression inefficace
Chaussette arrêtée dans le pli du genouEffet garrot, entrave à la flexion
Pied non maintenu à 90° à l’enfilagePlis douloureux sur le cou-de-pied
Bord supérieur rabattu ou rouléEffet garrot
Plis non lissés après la posePoints d’hyperpression, lésions cutanées
Crème ou peau humide avant l’enfilageGlissement du bas, irritations
Bandes siliconées autofixantes non surveilléesPhlyctènes, dermite de contact
Bas portés au-delà de 6 moisPerte d’efficacité élastique

Entretien et durée de vie des bas de contention

L’entretien préserve les propriétés élastiques du bas et garantit le niveau de compression prescrit.

Lavage à l’eau tiède (30 °C) ou en programme délicat, séchage à plat sans sèche-linge ou selon les recommandations du fabricant. La chaleur altère les fibres élastiques.1

Les bas de compression médicale doivent être remplacés tous les 3 à 6 mois en raison de la perte d’élasticité liée à l’usure normale et aux lavages successifs. Un bas détendu perd son effet thérapeutique gradué.11

Conclusion

La pose de bas de contention est un geste infirmier courant dont l’efficacité repose sur le choix du dispositif adapté, la rigueur de l’enfilage et la qualité de la surveillance. Une technique maîtrisée garantit la pression thérapeutique prescrite et prévient les complications cutanées.

En phase aiguë de TVP ou d’ulcère veineux actif, les bandes de contention assurent la décongestion du membre avant de les remplacer par des bas au long cours. La technique de pose des bandes de contention détaille cette prise en charge initiale.

Remerciements

Nous remercions Isabelle BATAILLE (cadre de santé et formatrice en IFSI), Jonas HAURET-CLOS (infirmier en SMR spécialisé) Aude PALLIER (formatrice et référente en santé), Marielle LABORDE (formatrice en santé) et Badia JABRANE (directrice pédagogique) pour leur relecture et leur contribution à la qualité pédagogique des contenus.

Chez Réussis ton IFSI, nous nous engageons à proposer des contenus d’une fiabilité inégalée. En complément de l’expertise de notre équipe habituelle, nous valorisons l’apport de professionnel(le)s extérieur(e)s qualifié(e)s qui enrichit nos articles de perspectives nouvelles.

Sources

  1. Société Française & de Médecine Vasculaire. (2022). GUIDE DE LA COMPRESSION.
  2. SFAR/SFTH/SFMV. (2024). Prévention de la maladie thromboembolique veineuse péri-opératoire.
  3. Thieme, D. et al. (2024). Compression Therapy in Acute Deep Venous Thrombosis of the Lower Limb and for the Prevention of Post-Thrombotic Syndrome. Dtsch. Ärztebl. Int. 121, 188–194.
  4. Maeseneer, M. G. D. et al. (2022). European Society for Vascular Surgery (ESVS) 2022 Clinical Practice Guidelines on the Management of Chronic Venous Disease of the Lower Limbs. Eur. J. Vasc. Endovasc. Surg. 63, 184–267.
  5. HAS. (2010). La compression médicale dans les affections veineuses chroniques.
  6. CIP-ACLsanté. (2024). Compression médicale dans les affections veineuses des membres inférieurs.
  7. Saliba-Júnior, O. A., Rollo, H. A., Saliba, O. & Sobreira, M. L. (2022). Positive perception and efficacy of compression stockings for prevention of lower limb edema in pregnant women. J. Vasc. Bras. 21, e20210101.
  8. Légifrance. Arrêté Du 20 Mars 2012 Fixant La Liste Des Dispositifs Médicaux Que Les Infirmiers Sont Autorisés à Prescrire.
  9. SF2H. (2023). Les étapes de la friction hydro-alcoolique.
  10. National Institute for Health and Care Excellence (NICE). (2018). Venous thromboembolism in over 16s: reducing the risk of hospital-acquired deep vein thrombosis or pulmonary embolism.
  11. Stevenson, E. M., Coda, A. & Bourke, M. D. J. (2024). Investigating low rates of compliance to graduated compression therapy for chronic venous insufficiency: A systematic review. Int. Wound J. 21, e14833.