La pose de bandes de contention consiste à appliquer un bandage compressif sur le membre inférieur pour exercer une pression dégressive de la cheville vers le genou.
Ce geste infirmier, réalisé sur prescription médicale, a pour indication la résorption d’un œdème, le traitement d’un ulcère veineux, la prise en charge d’une thrombose veineuse profonde en phase aiguë, mais permet aussi de soulager la douleur.
Cet article détaille le matériel, la préparation du patient, la technique de pose étape par étape, les différents types de bandes de contention et la surveillance infirmière.
Il s’adresse aux infirmier(e)s et aux étudiant(e)s en sciences infirmières. Les indications complètes, les classes de compression et les contre-indications sont détaillées dans le guide complet sur la contention veineuse.
Les différents types de bandes de contention
Le port de bandes de contention améliore la circulation sanguine, réduit la douleur et favorise la guérison en exerçant une pression adaptée sur le membre inférieur. Leur effet thérapeutique dépend du type de bande utilisé.
On distingue les bandages de compression selon leur allongement maximal : bandes inélastiques, bandes à allongement court et bandes à allongement long.1
Les bandes inélastiques
Les bandes inélastiques ont un allongement maximal inférieur à 10 %. Elles exercent une pression faible ou nulle au repos et une pression de travail élevée lors de l’effort. Elles agissent surtout avec la contraction musculaire du mollet, notamment pendant la marche.1
Plus un bandage est rigide, plus la quantité de sang veineux éjectée est importante à l’effort.2
Les bandes à allongement court
Les bandes à allongement court ont un allongement maximal compris entre 10 et 100 %. Leur effet se rapproche de celui des bandes inélastiques, avec une pression de repos faible et une pression de travail plus élevée à l’effort.1
Elles sont utilisées lorsque l’objectif est d’obtenir un effet dynamique, car leur effet augmente avec la mobilisation du patient.
Les bandes à allongement long
Les bandes à allongement long ont un allongement maximal supérieur à 100 %. Elles génèrent une pression de repos élevée et une pression qui augmente peu à l’effort. Cette caractéristique influence la surveillance infirmière et la tolérance du patient, car la compression veineuse continue d’agir lorsque le patient est au repos.1
Les bandages multitypes et multicouches
Les bandages multitypes associent plusieurs bandes de compression aux propriétés différentes, notamment l’association d’une bande inélastique ou à allongement court avec une bande élastique à allongement long.1
Ce montage combine une forte pression de travail et une forte pression de repos. La pression de travail vient de la bande inélastique ou à allongement court et la pression de repos vient de la bande à allongement long.
Les systèmes multicouches superposent plusieurs matériaux : une couche de protection ou de capitonnage au contact du membre (jersey tubulaire, mousse, coton), puis une ou plusieurs bandes de compression. La couche inférieure peut être une mousse, une ouate ou une bande de coton selon le dispositif prescrit.
Les recommandations françaises et internationales les placent en première intention pour le traitement de l’ulcère veineux, jusqu’à la cicatrisation.1.3
| Remarque : Un bandage peut être multicouche sans être multitype, ou être à la fois multicouche et multitype lorsqu’il superpose plusieurs matériaux ayant des propriétés mécaniques différentes. |
Tableau récapitulatif des différents types de bandes de contention et leurs indications : 1.4.5
| Indications | Effet principal | |
| Inélastique (< 10 %) | TVP phase aiguë, ulcère veineux actif, œdème massif. Port de jour et de nuit possibles. | Pression quasi-nulle au repos, très élevée à l’effort. Active la pompe musculaire du mollet. |
| Allongement court (10–100 %) | TVP, hypodermite, lymphœdème en réduction. Patient mobile. | Pression de repos faible, pression de travail élevée. Favorise la résorption de l’œdème. |
| Allongement long (> 100 %) | Œdème veineux chronique. Retirer la nuit. | Pression de repos élevée et constante. |
| Multitype | Ulcère veineux actif en première intention. | Fortes pressions de repos et de travail combinées. |
| Multicouche | Ulcère de la jambe, lymphœdème en phase intensive. | Répartition homogène de la pression, protection cutanée. |
Matériel nécessaire à la pose des bandes de contention
Le matériel varie selon le type de bande prescrit et la situation clinique du patient. De plus, la pose d’une bande de compression directement sur la peau n’est pas recommandée pour la plupart des dispositifs, car elle peut provoquer des complications : lésions cutanées, irritations ou souffrance cutanée.1
Protection cutanée et capitonnage :
- Jersey tubulaire : protège la peau des frottements et des points de pression liés au textile.1
- Mousses ou ouate orthopédique : arrondissent les saillies osseuses (malléoles, crête tibiale) et comblent les creux anatomiques pour éviter les points d’hyperpression.1
→ Exception : la bande de coton anti-œdème se pose directement sur la peau sans jersey interposé, pour agir sur les tissus sous-cutanés et favoriser le drainage de l’œdème.1
Fixation de la bande :
- Bande adhésive ou cohésive pour fixer le montage final.
- Les crochets métalliques d’emballage ne doivent jamais être utilisés comme fixation, car ils présentent un risque de plaie traumatique.1
Hygiène du/de la soignant(e) :
- Solution hydroalcoolique.
- Gants non stériles : peuvent faciliter la prise sur le textile pendant la pose.
La bande utilisée dépend de la situation clinique et de l’indication retenue par le médecin. Les différents types de bandes et leurs indications sont détaillés dans le tableau ci-dessus.
Technique de pose des bandes de contention veineuse
La technique de pose des bandes de compression conditonne l’efficacité du traitement, car la pression finale délivrée dépend autant du matériau que de la méthode d’application du bandage.
Poser des bandes requiert la préparation rigoureuse du patient et une technique maîtrisée pour atteindre la pression thérapeutique cible.
Préparation du patient avant la pose
- Effectuer une hygiène des mains par friction hydroalcoolique (FHA) en respectant les étapes recommandées, pour une durée minimale de 20 à 30 secondes.6
- Installer le patient en décubitus dorsal ou demi-assis, jambes allongées.
- Positionner le pied à 90° (pied en équerre) pendant la pose.1.2
- Placer un jersey ou bandage tubulaire sur le membre pour protéger la peau.1.2
- Protéger les saillies osseuses (crête tibiale, tendon d’Achille, malléoles) avec des mousses de comblement. Combler les zones concaves (creux malléolaires) pour homogénéiser la pression exercée.1.2
Technique de pose étape par étape
Voici les différentes étapes : 1.2
- Démarrer à la racine des orteils, effectuer deux tours complets sur le pied.
- Progresser en « 8 » sur le cou-de-pied puis recouvrir intégralement le talon pour éviter l’œdème de fenêtre.
- Remonter le bandage selon la « technique de bandage » appropriée :
- Circulaire : en superposant de 50 % ou de 2/3,1/3 selon la morphologie du membre.
- En épi : la bande est croisée à 45° à chaque tour.
- Demi-épi : croisement à 45° un tour sur deux.
- Maintenir une tension régulière à chaque tour. La pression exercée sur le membre sera naturellement dégressive : maximale à la cheville, décroissante vers le haut, car le rayon du membre augmente progressivement.1
→ Si la bande dispose d’un indicateur de pose, étirer jusqu’à ce que le symbole change de forme selon les indications du fabricant (rectangle → carré, ou ovale → rond).
- Arrêter le bandage 3 cm sous le pli de flexion du genou pour éviter tout effet de garrot.1
- Vérifier que le patient peut effectuer des mouvements de flexion/extension de la cheville après la pose.
- Réinstaller le patient et effectuer une FHA.
- Tracer dans le dossier de soins le type de dispositif, la classe, l’heure de pose et l’état cutané constaté.
| Remarque : 2 En phase aiguë de TVP, les bandes sont changées tous les 2 à 3 jours jusqu’à résorption de l’œdème, puis remplacées par des bas de compression adaptés. |
Circulaire, épi, demi-épi : techniques de bandage
Le choix de la technique permet de moduler l’équilibre entre effet compressif et effet contentif. Un montage compressif exerce une pression active constante, au repos comme à l’effort.1
Un montage contentif exerce moins de pression au repos, mais oppose une forte résistance à l’expansion musculaire en position debout ou lors de la marche.1
L’effet varie selon la technique de bandage utilisée : 1
- Circulaire : spires régulières avec chevauchement de 50 % ou 2/3-1/3 selon la morphologie. Technique standard, effet principalement compressif.
- Épi (spica) : la bande se croise à 45° à chaque tour. Montage plus contentif, indiqué pour lutter contre un œdème important ou un reflux veineux.
- Demi-épi (semi-spica) : croisement à 45° un tour sur deux. Compromis entre effet compressif et effet contentif, adapté aux morphologies intermédiaires.
En cas de morphologie atypique du membre (mollet volumineux, jambe dysmorphique), une technique en épi ou semi-épi répartit mieux la pression.1
Surveillance infirmière des bandes de contention
La surveillance infirmière conditionne l’efficacité du traitement compressif et la prévention des complications cutanées ou vasculaires.
Organisation de la surveillance
Après la première pose, un contrôle rapproché est recommandé pour vérifier la tolérance du bandage, que ce soit en service hospitalier ou lors d’un passage infirmier à domicile.1
La réévaluation du rapport bénéfices/risques doit être régulière, en particulier chez les patients à risque : AOMI, neuropathie périphérique, peau fragile (diabète, corticothérapie au long cours).1
Signes d’alerte
Retirer immédiatement le bandage en cas de : 1
- Douleur intense ou persistante sous le bandage.
- Cyanose, pâleur ou insensibilité des orteils.
- Prurit, sensation de brûlure, phlyctènes ou rougeurs.
- Œdème des orteils (talon insuffisamment couvert).
Actions infirmières
- Examiner la peau au niveau des points d’appui (malléoles, crête tibiale) après retrait.
- Vérifier l’absence d’effet garrot et que le talon est entièrement couvert.
- Vérifier la présence du pouls pédieux et la coloration des orteils après la pose.
- Alerter le médecin en cas de mauvaise tolérance persistante pour réévaluation de la stratégie thérapeutique.
Erreurs fréquentes lors de la pose des bandes
Une pose incorrecte des bandes expose le patient à des complications évitables. Les erreurs les plus fréquentes en pratique infirmière sont les suivantes : 1.2
| Erreur | Risque |
| Pied non maintenu à 90° | Plis douloureux, compression inégale |
| Talon non recouvert | Œdème de fenêtre |
| Départ à la cheville et non aux orteils | Compression incomplète |
| Arrêt au-delà de 3 cm sous le genou | Effet garrot |
| Saillies osseuses non protégées | Nécrose cutanée par hyperpression |
| Chevauchement excessif des bandes | Effet de striction |
| Crochets métalliques utilisés pour la fixation | Plaies traumatiques |
| Bandes découpées | Altération des propriétés mécaniques |
| Douleur sous bandage ignorée | Ischémie, nécrose |
Entretien des bandes de contention
Les bandes réutilisables nécessitent un entretien rigoureux pour maintenir leurs propriétés compressives : 1
- Lavage : à la main ou en machine selon la notice, généralement à 40 °C. Certains systèmes tolèrent 95 °C.
- Séchage : à plat uniquement. Le séchage en tambour altère les fibres élastiques.
- Durée de vie : vérifier régulièrement l’état d’usure. Une bande détendue ne délivre plus la pression thérapeutique. Les kits réutilisables sont à renouveler après 3 à 4 lavages. Certaines bandes individuelles peuvent être utilisées jusqu’à 50 fois.
Conclusion
Les bandes de contention constituent un soin infirmier technique dont l’efficacité repose sur le choix du dispositif adapté à l’indication, la rigueur de la pose et la qualité de la surveillance.
Une technique maîtrisée permet de réduire l’œdème, de soulager la douleur et de favoriser la cicatrisation des ulcères veineux.
En phase chronique ou après En phase chronique ou après résorption de l’œdème en phase aiguë de TVP, les bandes sont remplacées par des bas de compression. La technique de pose des bas de contention détaille cette étape.
Remerciements
Nous remercions Isabelle BATAILLE (cadre de santé et formatrice en IFSI), Jonas HAURET-CLOS (infirmier en SMR spécialisé) Aude PALLIER (formatrice et référente en santé), Marielle LABORDE (formatrice en santé) et Badia JABRANE (directrice pédagogique) pour leur relecture et leur contribution à la qualité pédagogique des contenus.
Chez Réussis ton IFSI, nous nous engageons à proposer des contenus d’une fiabilité inégalée. En complément de l’expertise de notre équipe habituelle, nous valorisons l’apport de professionnel(le)s extérieur(e)s qualifié(e)s qui enrichit nos articles de perspectives nouvelles.
Sources
- Société Française de Médecine Vasculaire. (2022). GUIDE DE LA COMPRESSION.
- CIP-ACLsanté. (2024). Compression médicale dans les affections veineuses des membres inférieurs.
- Shi, C., Dumville, J. C., Cullum, N., Connaughton, E. & Norman, G. (2021). Bandes ou bas de contention par rapport à l’absence de contention dans le traitement des ulcères de jambe veineux – Shi, C – 2021 | Cochrane Library.
- HAS. (2010). La compression médicale dans les affections veineuses chroniques.
- HAS. (2010). La compression médicale en prévention de la thrombose veineuse.
- SF2H. (2023). Les étapes de la friction hydro-alcoolique.