Administrer un médicament par voie orale (per os) consiste à faire avaler au patient une forme pharmaceutique solide ou liquide. Le principe actif traverse le tube digestif, franchit la barrière intestinale puis le foie avant d’atteindre la circulation sanguine. La voie orale est la voie d’administration la plus utilisée en pratique hospitalière et en ville.

Pour l’infirmier(e), chaque administration repose sur la règle des 5B et exige la vérification systématique de la prescription, de la forme galénique (présentation pharmaceutique du médicament) et des conditions de prise. 

Ce guide détaille les étapes, les formes orales, les risques d’erreurs et les solutions face aux difficultés de déglutition.

Définition de la voie orale (per os)

La voie orale est le plus souvent une voie d’administration systémique : le principe actif est absorbé par la muqueuse digestive puis rejoint la circulation sanguine pour atteindre sa cible.1

Cependant, certains médicaments administrés per os ont une action locale dans le tube digestif (pansements gastriques, certains laxatifs ou la vancomycine per os pour les infections à C. difficile).

Avant d’être absorbé, le médicament passe par deux étapes :

  • La libération et la dissolution : la forme solide se désintègre et se dissout dans les liquides digestifs.1.2

→ La formulation galénique est conçue en vue de contrôler la vitesse et le lieu de cette libération (libération prolongée ou retardée).3.4

  • L’absorption : le principe actif dissous franchit la barrière digestive, principalement par diffusion passive ou par transport actif.1

Pharmacocinétique du médicament administré par voie orale

L’absorption reste limitée au niveau de la bouche et de l’estomac. L’acidité gastrique peut dégrader certaines molécules sensibles, d’où l’existence d’enrobages gastro-résistants.5

Le site principal d’absorption est l’intestin grêle (duodénum et jéjunum), grâce à sa surface d’échange considérable. Le médicament peut y subir une première biotransformation : l’effet de premier passage intestinal.1.5.6

Parcours du médicament par voie orale avec dissolution gastrique, absorption intestinale et métabolisme hépatique

Biodisponibilité et premier passage hépatique

Le principe actif est ensuite drainé par la veine porte vers le foie, qui exerce l’effet de premier passage hépatique.1.2 

→ Une fraction variable du médicament est métabolisée par le foie avant d’atteindre la circulation générale.1.3

Après les différentes étapes d’absorption, seule une fraction du médicament atteint la circulation sanguine. Cette fraction et la vitesse à laquelle elle apparaît dans le sang définissent sa biodisponibilité.2  

Par voie IV, la biodisponibilité atteint 100 %, car le médicament rejoint directement la circulation sanguine. Par voie orale, elle varie considérablement selon l’absorption digestive et l’importance de l’effet de premier passage hépatique.

C’est pourquoi la posologie d’un même principe actif diffère selon le mode d’administration. La dose orale est souvent supérieure à celle injectable pour compenser cette perte.

→ À titre d’exemple, la biodisponibilité est de 15 % pour la felodipine, 20-25 % pour le tacrolimus et 20-30 % pour le vérapamil.1

L’élimination : étape finale du devenir du médicament

Après distribution et action sur les tissus cibles, le médicament est éliminé par deux voies principales.

Les reins constituent la voie d’élimination principale : le médicament est filtré par le sang, puis excrété dans les urines.7

Le foie joue également un rôle en excrétant certaines substances dans la bile, qui rejoint l’intestin avant d’être éliminée dans les selles.7

→ Certaines substances excrétées dans la bile peuvent être réabsorbées par la paroi intestinale pour retourner dans la circulation générale, ce qui prolonge la durée d’action du médicament. C’est le cycle entéro-hépatique.7

Point de vigilance :

Une insuffisance rénale ou hépatique réduit la capacité d’élimination et expose au risque d’accumulation toxique. Une adaptation posologique est souvent nécessaire pour les patients âgés et pour les patients insuffisants rénaux.

Formes pharmaceutiques pour administration orale

Les formes pharmaceutiques (ou formes galéniques) associent un principe actif à des excipients destinés à faciliter l’administration ou à protéger la substance active. Le choix de la forme influence la tolérance digestive et les modalités d’administration par l’infirmier(e).4

Différentes formes galéniques orales avec comprimé, gélule, sirop et solution buvable et leurs précautions d’administration

Formes solides : comprimé, gélule, capsule, poudre et granulés

Les formes solides représentent la majorité des produits qui s’administrent par voie orale. Chacune associe un principe actif à des excipients destinés à faciliter la fabrication, la désintégration dans le tube digestif ou à masquer un goût désagréable.4

Le comprimé

Le comprimé est obtenu par compression mécanique de poudres contenant le médicament et ses additifs.4

Il existe plusieurs variantes : 

  • Comprimés effervescents.
  • Orodispersibles (qui se désagrègent sur la langue).
  • À croquer ou à sucer.

Certains possèdent un enrobage entérique (gastro-résistant) qui protège la substance active de l’acidité gastrique ou préserve la muqueuse de l’estomac.4

→ Les formes effervescentes sont riches en sodium et sont déconseillées aux patients en restriction sodée (hypertension, insuffisance rénale).8

La gélule (capsule dure)

La gélule est constituée d’une enveloppe gélatineuse contenant le principe actif et les excipients. Cette enveloppe libère son contenu dès qu’elle s’humidifie au contact des sucs digestifs. Le processus de libération est généralement rapide.4

La vitesse d’absorption des médicaments oraux dépend de la taille des particules et de la nature de leur contenu. Un principe actif sous forme liquide dans une gélule sera absorbé plus rapidement qu’un médicament sous forme solide.4

La capsule molle

La capsule molle possède une enveloppe souple qui permet d’administrer des substances huileuses ou pâteuses. Il est déconseillé de l’ouvrir, en particulier lorsqu’elle contient un excipient huileux. Ce type de contenu n’est pas adapté à toutes les méthodes d’administration, notamment par sonde nasogastrique.5

Le sachet de poudre

Le sachet de poudre contient le principe actif et des excipients sous forme solide. La poudre est reconstituée dans de l’eau juste avant l’administration pour obtenir une solution buvable.1

Ce conditionnement est souvent utilisé en pédiatrie et par les patients qui ont des difficultés à avaler les formes solides habituelles.

Les granulés

Les granulés correspondent à des particules solides et sèches constituées par l’agrégation de fines poudres médicamenteuses. Ils se présentent sous forme de petits grains. Selon la spécialité, ils sont à croquer directement ou à dissoudre dans de l’eau avant l’administration.

Formes liquides : sirop, solution buvable et gouttes

Les formes liquides administrées par voie orale, telles que les sirops, les solutions buvables et les gouttes, sont souvent privilégiées lorsqu’un médicament n’est pas disponible sous forme solide adaptée ou pour des patients ayant des difficultés pour avaler.9.10

Le sirop 

C’est une préparation liquide qui contient une forte concentration de sucres (glucose et/ou saccharose). Cette teneur en sucres nécessite une attention particulière chez les patients diabétiques. Des alternatives sans sucre existent pour cette population.8

La solution buvable et les gouttes 

Elles contiennent le principe actif dissous dans un liquide. Les gouttes doivent être préparées juste avant la prise et ne doivent pas être mélangées avec d’autres liquides à l’avance pour la stabilité du principe actif. Le flacon compte-gouttes se tient verticalement pour garantir un volume constant par goutte.6.8

La suspension buvable contient des particules solides non dissoutes. Elle doit être homogénéisée (agitée) avant chaque administration pour que le dosage soit correct.

Mesure et administration

L’infirmier(e) utilise exclusivement le dispositif de mesure fourni avec le flacon : 

  • Pipette graduée.
  • Compte-gouttes. 
  • Cuillère-mesure.

→ Les graduations varient d’un produit à l’autre. L’usage d’une cuillère à café ou à soupe est proscrit en raison de l’imprécision du volume.8

Conservation des conditionnements multidoses :

Un flacon multidose est réservé à l’usage d’un seul patient. L’infirmier(e) note sur l’emballage le nom du patient et la date limite d’utilisation après ouverture (DLUO = date d’ouverture + durée de conservation indiquée par le fabricant).

Formes à libération modifiée et prolongée (LP)

Les formes à libération modifiée sont conçues pour contrôler la vitesse, la durée ou le lieu de libération du principe actif dans l’organisme.1

Formes à libération prolongée (LP)

Les formes LP libèrent le principe actif lentement sur une période étendue, généralement 12 heures ou plus.1.4 

Cette libération étalée maintient un effet thérapeutique durable et réduit la fréquence des prises quotidiennes. Elle évite les pics de concentration plasmatique trop élevés, et limite les effets indésirables liés à une apparition trop brutale du médicament dans le sang.1.3

→ Les mentions LP, retard, CR (controlled release) ou chrono sur le conditionnement permettent d’identifier cette particularité du traitement. Exemple : morphine à libération prolongée (Skenan® LP).

Formes à libération retardée (gastro-résistantes)

Les comprimés gastro-résistants ne ralentissent pas la libération sur la durée, mais la déplacent dans le tube digestif. Un enrobage entérique résiste à l’acidité gastrique et ne se dissout qu’au contact du milieu moins acide de l’intestin grêle.1.4

Cette technologie remplit deux fonctions : 1.4

  • Protéger un principe actif sensible à l’acidité de l’estomac.
  • Ou protéger la muqueuse de l’estomac contre des substances irritantes comme l’aspirine ou certains AINS.

Pourquoi ne jamais modifier l’intégrité de ces formes

Écraser, couper ou ouvrir une forme LP ou gastro-résistante détruit le mécanisme de contrôle de la libération.5.8.10

Les conséquences sont potentiellement graves : 1.10

  • Le « dose-dumping » : libération immédiate et massive de toute la dose prévue pour 12 ou 24 heures. Ce phénomène peut provoquer un surdosage sévère.

  • Exposition du principe actif à l’acidité gastrique : pour un comprimé gastro-résistant, la destruction de l’enrobage expose le principe actif à l’acidité de l’estomac. Le médicament est dégradé avant d’être absorbé (perte d’efficacité du traitement) ou agresse la muqueuse de l’estomac.

Remarque :

Écraser des médicaments et ouvrir des gélules sont des pratiques fréquentes en service, mais elles présentent des risques réels. Toutes les règles de bonnes pratiques sont détaillées dans notre article : Peut-on écraser les comprimés ou ouvrir les gélules ?

Étapes de l’administration par voie orale

L’administration des médicaments par voie orale s’inscrit dans le cadre de l’article R.4311-7 du Code de la santé publique. Elle repose sur une prescription écrite, datée et signée, qualitative et quantitative, réalisée par un médecin ou un(e) infirmier(e) en pratique avancée (IPA), ou sur un protocole médical écrit préalablement établi.11

Dans le cadre de son rôle propre, l’infirmier(e) aide à la prise des médicaments non injectables et surveille les effets du traitement (art. R.4311-5).12

L’administration suit un processus rigoureux en trois temps : vérification, préparation et surveillance. Chaque étape engage la responsabilité de l’infirmier(e).13

Sur 6 356 administrations observées en milieu hospitalier, une étude prospective a relevé 461 erreurs majeures, principalement liées à la prescription, à l’expérience du/de la soignant(e) et à l’organisation du service.14

Vérifications préalables et règle des 5B

La sécurisation de l’administration repose sur la règle des 5B définie par la Haute Autorité de Santé (HAS) : administrer le bon médicament, à la bonne dose, au bon moment, par la bonne voie, au bon patient.13

Cette règle, qualifiée d’« évolutive » par la HAS elle-même, tend vers les 7B dans certains établissements, qui complètent la règle des 5B par « bonne surveillance », « bonne traçabilité »? « bonne forme », ou « bon professionnel ».

→ Le détail de chaque vérification et des actions concrètes associées sont présentés dans la partie intitulée : « Appliquer la règle des 7B pour éviter les erreurs ».

En pratique, avant toute administration par voie orale, l’infirmier(e) vérifie les points suivants : 8.15.16

  1. Identification du patient

Poser une question ouverte (nom, prénom, date de naissance) ou vérifier le bracelet d’identification. Cette étape est indispensable pour les personnes qui présentent des troubles cognitifs ou des difficultés de langage.

  1. Analyse de la prescription

Prendre connaissance de la prescription médicale originale, jamais d’une retranscription. Valider le dosage, la forme galénique et les horaires de prise. En cas de doute, contacter le médecin prescripteur ou le/la pharmacien(ne) avant d’administrer.

  1. Vérification des allergies et des interactions 

Consulter le dossier du patient pour vérifier les allergies connues et les interactions potentielles avec les traitements en cours ou l’alimentation (pamplemousse, produits laitiers, aliments riches en vitamine K).1

→ Selon la HAS, la traçabilité de l’allergie n’est pas réalisée dans 75 % des cas, ce qui souligne l’importance d’une vérification systématique avant chaque administration.13

  1. Contrôle du médicament

Vérifier la Dénomination Commune Internationale (DCI), l’intégrité du conditionnement, la date de péremption et l’aspect visuel du produit.

  1. Évaluation de la capacité de prise

S’assurer que le patient est en mesure d’avaler : 

  • État de conscience.
  • Capacité de déglutition, position compatible. 

→ Adapter la forme pharmaceutique si nécessaire (liquide, orodispersible) après avis médical ou pharmaceutique.

  1. Absence d’interruption

Ne pas réaliser d’autres soins simultanément. L’interruption de tâche pendant la préparation et l’administration est un facteur majeur d’erreur médicamenteuse.

Préparation et administration du médicament

  1. Hygiène

Effectuer une hygiène des mains (savon ou solution hydroalcoolique) avant toute manipulation et préparer les médicaments sur un plan de travail propre et sec.

  1. Triple vérification du médicament 

La HAS recommande trois vérifications successives de l’étiquette : 13

  • Lors de la collecte du médicament dans le stock du service.
  • Pendant la préparation.
  • Avant de donner le médicament. 

→ À chaque étape, l’infirmier(e) vérifie le nom (DCI), le dosage, la forme galénique, la date de péremption, l’intégrité du conditionnement et l’aspect visuel du produit.

  1. Double vérification

Pour les médicaments à risque, une double vérification par un(e) second(e) professionnel(le) est recommandée.13

  1. Manipulation

Le médicament est retiré de son emballage sans être touché avec les doigts et déposé dans une cupule propre.8

Forme oralePréparation 
Comprimés/ gélulesFaire tomber dans la cupule sans contact. 
Sirop/solution buvableMesurer avec la pipette ou la cuillère fournie et ne pas utiliser de cuillère domestique. La solution est préparée juste avant administration.
Suspension buvableAgiter le flacon puis mesurer avec le dispositif fourni.
Gouttes buvablesTenir le flacon vertical. Préparer juste avant l’administration.

Pour les médicaments cytotoxiques administrés par voie orale (méthotrexate, capécitabine…), le contact direct avec les comprimés ou gélules est à éviter. Leur manipulation nécessite au minimum le port de gants en nitrile non poudrés. Les autres EPI sont définis par le protocole du service.17

  1. Information et consentement

Avant l’administration, l’infirmier(e) effectue une hygiène des mains, informe le patient du traitement qu’il reçoit, des éventuelles modifications et des effets indésirables possibles et son consentement est recueilli. Pour les patients autonomes, rappeler l’intérêt de l’observance du traitement.13

  1. Installation et administration

Privilégier la position assise ou demi-assise pour prévenir le risque de fausse route et proposer au patient de boire une gorgée d’eau avant de prendre le médicament pour humidifier la bouche et faciliter la déglutition.

Forme oraleAdministration
Comprimé/géluleAvaler avec un verre d’eau plate (eau gélifiée possible en cas de dysphagie).10
Comprimé effervescentDissoudre dans un verre d’eau juste avant la prise.
Comprimé orodispersibleDéposer sur la langue, sans eau sauf indication.
Sirop/solution/suspensionAdministrer avec le dispositif de mesure.
  1. Présence du/de la soignant(e)

L’infirmier(e) reste présent(e) jusqu’à la prise effective du traitement. Cette présence permet de confirmer l’ingestion et de détecter immédiatement une difficulté (toux, refus, régurgitation).15.16

Surveillance post-administration

Traçabilité

L’enregistrement est réalisé en temps réel sur le support unique de prescription et d’administration. Il comporte : 13.15

  • Nom du médicament. 
  • Posologie. 
  • Voie.
  • Date et  Heure.
  • Identification et signature du/de la soignant(e). 

→ La non-administration est également tracée avec son motif (refus du patient, vomissement, absence du service, résultat biologique anormal).

Surveillance clinique

L’infirmier(e) surveille l’apparition d’effets indésirables dans les minutes et les heures suivant la délivrance du médicament : troubles digestifs (nausées, vomissements), signes allergiques (rash, prurit, œdème), somnolence, vertiges ou toute manifestation inhabituelle.8

Évaluation de l’efficacité

La réponse au traitement est observée selon les critères attendus (diminution de la douleur, baisse de la température, stabilisation de la tension artérielle). Le délai d’évaluation dépend du médicament et de sa cinétique d’absorption.10

Remarque :

Toute anomalie, tout effet indésirable et toute difficulté rencontrés sont signalés au médecin et tracés dans le dossier de soins.

Erreurs médicamenteuses liées à l’administration par voie orale

L’administration du médicament regroupe les risques liés au système de prescription et de dispensation. Elle représente la dernière étape de contrôle avant que le médicament ne soit administré.

Entre 2017 et 2023, la HAS a analysé 213 événements indésirables graves associés aux soins (EIGS) liés à la prescription médicamenteuse. La voie orale est apparue comme la plus fréquemment impliquée (94 cas, soit 44 % des situations étudiées).18

Par ailleurs, 95 % de ces événements ont été jugés évitables ou probablement évitables selon l’analyse de la HAS.

Tableau des erreurs fréquentes liées à l’administration par voie orale et prévention : 13.18

Exemple concretPrévention
Erreur de posologie/fréquenceMéthotrexate prescrit 1×/jour au lieu de 1×/semaine.Vérifier la posologie et alerter si la posologie est inhabituelle.
Allergie non vérifiéeAmoxicilline administrée à un patient allergique connu.Contrôler les allergies dans le dossier avant chaque délivrance.
Omission de traitementAnticoagulant oral ou antiépileptique non administré.Tracer chaque administration en temps réel.
Mauvais dispositif de mesureCuillère à café au lieu de la pipette fournie.Utiliser exclusivement le dispositif du fabricant.
Écrasement d’un comprimé LPLibération massive de la dose totale.Ne jamais modifier sans avis pharmaceutique.
Mauvais moment de priseMédicament à jeun donné pendant le repas.Respecter les conditions d’administration prescrites.
Mauvais patientAdministration à la mauvaise personne (chambre double).Vérifier l’identité avec deux identifiants.
Interruption pendant la préparationSollicitation lors de la distribution des traitements.Ne pas réaliser d’autres soins simultanément.

Tout ce qui est injectable n’est pas obligatoirement buvable

Détourner une solution injectable pour l’administrer par voie orale est une méthode courante en l’absence de forme buvable adaptée, notamment en pédiatrie ou chez les personnes présentant des troubles de la déglutition. 

Elle est pourtant souvent inefficace et potentiellement dangereuse, car elle modifie radicalement le devenir du médicament dans le système digestif.9

Risque d’inefficacité thérapeutique

L’administration orale d’un médicament conçu pour la voie injectable modifie fortement sa biodisponibilité : 9

  • Absence de résorption : certaines molécules ne traversent pas la barrière digestive (insuline, héparine, aminosides) et perdent toute efficacité une fois avalées.

  • Destruction par l’acidité gastrique : contrairement aux comprimés solides qui possèdent souvent un enrobage protecteur, les injectables sont exposés directement à l’acidité de l’estomac et sont rapidement dégradés.

  • Premier passage hépatique : après absorption digestive, le foie métabolise une partie du médicament. La morphine par exemple, a une biodisponibilité d’environ 30 % par voie orale.

Risque de surdosage

Certaines formes injectables à effet prolongé, comme le décanoate d’halopéridol (injection mensuelle), peuvent provoquer un surdosage grave si elles sont administrées par voie orale : la dose prévue pour une libération sur 4 semaines serait absorbée en quelques heures.9

Toxicité et lésion de la muqueuse digestive 

Les solutions injectables ne sont pas formulées pour le contact avec les muqueuses buccales, œsophagiennes ou de l’estomac.

Celles dont le pH est inférieur à 4 ou supérieur à 8 provoquent des brûlures chimiques et d’autres substances sont directement irritantes (fer injectable, cytotoxiques). Une forte osmolarité peut déclencher des diarrhées osmotiques.9 

État des pratiques et recommandations

Une enquête menée auprès de 152 professionnel(le)s de santé révèle que 44 % d’entre eux/elles considèrent encore que « tout ce qui est injectable est buvable », dont 53 % des infirmier(e)s.19

L’infirmier(e) ne détourne jamais une solution injectable sans avis pharmaceutique ou médical. Avant toute manipulation, la démarche est de rechercher une alternative (sirop, sachet, comprimé orodispersible, solution buvable) ou une autre voie d’administration adaptée. 

→ En l’absence d’alternative, consulter le pharmacien ou un référentiel validé.

Une liste limitée de médicaments injectables peut être administrée par voie orale après validation pharmaceutique. Elle comprend notamment certaines vitamines (A, B2, B12, C, D3, K), l’amiodarone, le Néfopam et la N-acétylcystéine.9

Médicament par voie orale et troubles de la déglutition

La dysphagie (trouble de la déglutition) touche 11 à 14 % des adultes de plus de 65 ans et jusqu’à 75 % des personnes après un AVC selon les données internationales.10.20

Cette difficulté a un impact direct sur la sécurité médicamenteuse : le taux d’erreur d’administration atteint 46,1 % chez les personnes dysphagiques, contre 34,8 % chez les autres patients.10

Face à un trouble de la déglutition, l’infirmier(e) recherche en priorité une alternative adaptée : solution buvable, sirop, comprimé orodispersible ou effervescent. 

Le recours à une texture facilitante pour l’administration peut faciliter l’ingestion, mais certaines textures modifient l’absorption du principe actif : 10.16.20

  • L’eau gélifiée limite le risque de fausse route. 

  • La compote de pommes et les jus de fruits peuvent interagir avec certains médicaments et modifier leur biodisponibilité.

Remarque : 8

Chaque médicament doit être administré séparément et les mélanger dans une compote ou de l’eau gélifiée est déconseillé. Cela peut entraîner des interactions physicochimiques entre les médicaments et empêcher l’identification de chaque traitement jusqu’au moment de l’administration.

Lorsque la voie orale devient impossible, l’équipe médicale évalue une voie alternative comme la voie rectale (suppositoires), transdermique (patchs), sublinguale ou injectable. 

En cas d’administration par sonde entérale, les solutions liquides sont à privilégier et la sonde est rincée entre chaque médicament.

→ Les modalités de pose, d’entretien et d’administration médicamenteuse par sonde nasogastrique sont détaillées dans notre Guide infirmier : la sonde nasogastrique.

Questions fréquentes sur l’administration orale des médicaments 

Qu’est-ce que l’administration d’un médicament per os ?

L’administration per os désigne l’administration d’un médicament par voie orale. Le patient avale le médicament solide (comprimé, gélule) ou liquide (sirop, solution buvable). Le principe actif est absorbé principalement au niveau de l’intestin grêle avant de rejoindre la circulation sanguine.

Quels sont les 5B de l’administration médicamenteuse ?

Les 5B sont les cinq vérifications systématiques à effectuer avant toute administration : le Bon patient, le Bon médicament, la Bonne dose, la Bonne voie et le Bon moment. 

Certains établissements complètent la règle des 5B par deux vérifications supplémentaires (7B) en ajoutant le Bon débit et le Bon professionnel, pour sécuriser l’administration, quelle que soit la voie utilisée.

Tout ce qui est injectable est-il buvable ?

Non. Un médicament injectable administré par voie orale peut perdre son efficacité, provoquer un surdosage ou léser les muqueuses digestives. Une liste limitée d’exceptions existe après validation pharmaceutique. L’infirmier(e) ne détourne jamais une solution injectable sans avis du/de la pharmacien(ne).

Peut-on écraser tous les comprimés ?

Non. Les comprimés à libération prolongée, gastro-résistants, les médicaments cytotoxiques et les substances à marge thérapeutique étroite ne doivent jamais être écrasés. Toute modification de la forme du comprimé nécessite une vérification auprès du/de la pharmacien(ne).

Peut-on écraser des comprimés ou ouvrir des gélules

Comment administrer un médicament à une personne dysphagique ?

Rechercher d’abord une forme adaptée (solution buvable, orodispersible, effervescente). Si aucune alternative n’existe, une texture facilitante comme l’eau gélifiée peut faciliter la prise après validation du pharmacien. Lorsque la voie orale est impossible, l’équipe médicale évalue une voie alternative.

Conclusion

L’administration d’un médicament par voie orale mobilise des compétences à chaque étape : connaître la forme galénique, appliquer la règle des 5B ou des 7B selon la structure, adapter la prise aux capacités du patient et tracer l’ensemble du processus.

En cas de doute, le réflexe est toujours le même : consulter le/la pharmacien(ne) ou le médecin avant d’administrer.

Remerciements

Nous remercions Isabelle BATAILLE (cadre de santé et formatrice en IFSI), Aude PALLIER (formatrice et référente en santé), Marielle LABORDE (formatrice en santé) et Badia JABRANE (directrice pédagogique) pour leur relecture et leur contribution à la qualité pédagogique des contenus.

Chez Réussis ton IFSI, nous nous engageons à proposer des contenus d’une fiabilité inégalée. En complément de l’expertise de notre équipe habituelle, nous valorisons l’apport de professionnel(le)s extérieur(e)s qualifié(e)s qui enrichit nos articles de perspectives nouvelles.

Sources

  1. Site du Collège National de Pharmacologie Médicale. (2024). Absorption.
  2. Site du Collège National de Pharmacologie Médicale. (2025). Etapes du devenir du médicament.
  3. Site du Collège National de Pharmacologie Médicale. (2025). Influence des formes et voies d’administration sur le devenir du médicament.
  4. Jennifer Le. (2024). Absorption des médicaments. Manuels Merck pour le grand public.
  5. SPFC. (2022). Situations cliniques susceptibles de modifier la pharmacocinétique des médicaments après chirurgie digestive.
  6. Jennifer Le. (2024). Administration des médicaments. Manuels MSD pour le grand public.
  7. Rn), O. R. for N. (Open, Ernstmeyer, K. & Christman, E. (2023). Chapter 1 Pharmacokinetics & Pharmacodynamics. in Nursing Pharmacology [Internet]. 2nd edition (Chippewa Valley Technical College).
  8. Omedit. (2021). Administrations des médicaments chez la personne âgée.
  9. OMéDIT Centre-Val de Loire. (2023). TOUT CE QUI EST INJECTABLE N’EST PAS BUVABLE.
  10. Blaszczyk, A. et al. (2023). Crushed Tablet Administration for Patients with Dysphagia and Enteral Feeding: Challenges and Considerations. Drugs Aging 40, 895–907.
  11. Légifrance. (2025). Code de la santé publique : Article R4311-7.
  12. Légifrance. (2021). Code de la santé publique : Article R4311-5.
  13. HAS. (2022). Outils de sécurisation et d’auto-évaluation de l’administration des médicaments.
  14. Tesar, O. et al. (2025). Errors Associated With Medication Administration by a Nurse During Hospitalisation: A Prospective Observational Multicentric Study. Nurs. Open 12, e70139.
  15. Direction générale de l’offre de soins. (2012). Qualité de la prise en charge médicamenteuse Outils pour les établissements de santé.
  16. OMéDIT Centre-Val de Loire. (2022). Recommandations et Outils [Bonnes pratiques d’administration des formes orales].
  17. INRS. (2024). Médicaments cytotoxiques et soignants.
  18. HAS. (2025). Analyse des déclarations des évènements indésirables graves associés aux soins (EIGS) survenus lors de la prescription médicamenteuse.
  19. Luyssaert, J., Lamour, C., Deloux, M., Libossart, V. & Luyssaert, B. (2025). Tous les médicaments injectables sont-ils buvables ? État des lieux des pratiques au sein d’un établissement de santé. Pharm. Clin. 60, e71.
  20. Trapl‐Grundschober, M. et al. (2025). Oral intake of solid medications in patients with post‐stroke dysphagia. A challenge for nurses? J. Clin. Nurs. 34, 872–882.