Une sonde nasogastrique est un long tube que l’on insère par le nez jusqu’à l’estomac. Elle est utilisée pour diverses procédures médicales, telles que l’administration de médicaments, l’alimentation et le drainage du contenu de l’estomac.1

L’infirmier(e) joue un rôle central dans la gestion des sondes nasogastriques. Les responsabilités comprennent les soins et le suivi des patients, l’administration et l’évaluation des médicaments, l’éducation des patients et de leurs familles, la surveillance clinique, le remplacement des sondes, la communication avec les médecins pour adapter les traitements, et la documentation de toutes ces actions dans le dossier du patient.2

Toutefois, l’emploi de la sonde nasogastrique comporte des risques. Une insertion incorrecte peut provoquer des dommages tissulaires ou, dans des cas plus graves, la perforation de l’estomac. Il est donc essentiel d’harmoniser les pratiques infirmières afin de garantir la sécurité du patient et la précision de la procédure.

Dans cet article, vous découvrirez les aspects fondamentaux de la sonde nasogastrique, le cadre législatif, les indications et contre-indications. Vous apprendrez également comment l’insérer, gérer les complications courantes, et maintenir son entretien pour minimiser les risques.

infographie - la pose de sonde nasogastrique

Cadre législatif relatif à la pose d’une sonde nasogastrique

Le cadre législatif qui régit l’utilisation de la sonde nasogastrique est le Code de la santé publique qui met l’accent sur les responsabilités et les compétences spécifiques attribuées aux infirmier(e)s

Art R.4311-5 : « Dans le cadre de son rôle propre, l’infirmier […] accomplit les actes ou dispense les soins suivants visant à identifier les risques et à assurer le confort et la sécurité de la personne et de son environnement et comprenant son information et celle de son entourage : administration de l’alimentation par sonde gastrique, sous réserve des dispositions prévues à l’article R.4311-7 et changement de sonde gastrique ; soins et surveillance de patients en assistance nutritive entérale ou parentérale.»3

Art R.4311-7 : « L’infirmier […] est habilité à pratiquer les actes suivants soit en application d’une prescription médicale qui, sauf urgence, est écrite, qualitative et quantitative, datée et signée, soit en application d’un protocole […] : pose de sondes gastriques en vue de tubage, d’aspiration, de lavage ou d’alimentation. »4

Objectifs, indications et contre-indications de la sonde nasogastrique

Indications et objectifs de l’utilisation de la sonde nasogastrique

Il existe deux indications majeures de la sonde nasogastrique : la nutrition (alimentation et hydratation) et l’aspiration.

L’hydratation et l’alimentation : 5.6

  • Apport nutritionnel insuffisant : la sonde nasogastrique est souvent utilisée pour fournir une alimentation et une hydratation adéquates aux patients qui ne peuvent pas manger ou boire suffisamment. Cela peut être dû à une variété de conditions médicales ou à une incapacité à consommer suffisamment de nourriture ou de liquide.
  • Troubles de la déglutition et/ou de la mastication : les patients qui ont des difficultés à avaler ou à mâcher peuvent bénéficier de l’utilisation d’une sonde nasogastrique. Ces troubles peuvent être causés par des conditions neurologiques, des blessures ou des maladies qui affectent les muscles utilisés pour avaler.
  • Chirurgies ou traumatismes maxillo-faciaux ou ORL : après une chirurgie ou un traumatisme au niveau de la face, de la mâchoire ou de la région ORL (oto-rhino-laryngologie), un patient peut avoir du mal à manger ou à boire normalement. Dans ces cas, une sonde nasogastrique peut être utilisée pour assurer une nutrition et une hydratation adéquates pendant la période de guérison.

L’aspiration :

  • Exploration des pathologies du tube digestif : la sonde nasogastrique peut être utilisée pour recueillir des échantillons de liquide gastrique pour des tests de laboratoire pour diagnostiquer diverses pathologies gastro-intestinales.5
  • Recherche de bacilles alcoolo-résistants (tuberculose) : dans certains cas, la sonde nasogastrique peut être utilisée pour recueillir des échantillons pour la détection de la tuberculose. Les bacilles alcoolo-résistants sont des bactéries qui résistent à la coloration à l’alcool et qui sont souvent associées à la tuberculose.5
  • Traitement d’une hémorragie digestive : en cas d’hémorragie digestive, une sonde nasogastrique peut être utilisée pour aspirer le sang de l’estomac. Cela peut aider à stabiliser le patient et à préparer le terrain pour d’autres traitements.5
  • Traitement d’un iléus : l’iléus est une obstruction du tube digestif qui empêche le passage des aliments et des liquides. Une sonde nasogastrique peut être utilisée pour aspirer l’air et les fluides de l’estomac pour soulager la pression et réduire les symptômes.5.6
  • Évacuation de l’estomac après une intervention chirurgicale : en cas d’absence de transit, ou pour le confort du patient en cas de nausées ou de vomissements répétés.5.6
  • Administration de produits de contrastes ou d’antidotes comme le charbon activé : une sonde nasogastrique peut être utilisée pour administrer des produits de contraste utilisés dans certaines procédures d’imagerie. De plus, en cas d’intoxication, des antidotes comme le charbon activé peuvent être administrés à l’aide d’une sonde nasogastrique pour neutraliser les toxines.6

Contre-indications à l’usage de la sonde nasogastrique

La mise en place de sondes nasogastriques est une tâche qui doit être exclusivement réalisée par du personnel qualifié. Cependant, même pour ces professionnels, il existe certaines situations où l’insertion d’une sonde nasogastrique est fortement déconseillée, parmi lesquelles on peut citer :

  • Des varices œsophagiennes.5.6 
  • Des fractures maxillo-faciales et de la base du crâne. 
  • Une intervention chirurgicale récente au niveau du tube digestif supérieur.5 
  • Des douleurs.5
  • Des saignements.5.7 
  • D’autres problèmes sur le trajet de la sonde nasogastrique.5
  • Des anomalies œsophagiennes, telles que des ingestions caustiques récentes, des diverticules ou une sténose, en raison d’un risque élevé de perforation œsophagienne.6

De plus, les sondes nasogastriques d’alimentation sont contre-indiquées en cas :

  • D’occlusions intestinales sous-jacentes à l’instillation de la nutrition entérale.
  • De diarrhées sévères.
  • De fistules à fort débit.
  • De pancréatites aiguës graves.
  • De refus du patient.

Comprendre la sonde nasogastrique : Définition, anatomie et différents types de sondes

Définition de la sonde nasogastrique et rappel anatomique

La sonde nasogastrique est un long tube flexible inséré par le nez jusqu’à l’estomac. Elle sert à administrer des nutriments, des médicaments, ou à aspirer le contenu gastrique. Anatomiquement, elle traverse le nez, le pharynx, l’œsophage pour atteindre l’estomac, nécessitant une connaissance précise de ces structures pour une insertion sûre et efficace.

Différents types de sondes nasogastriques et leurs usages spécifiques

Les sondes nasogastriques se déclinent en plusieurs types, chacun ayant ses propres caractéristiques et utilisations. Certaines sont fabriquées en polyuréthane ou en silicone pour une flexibilité et une durabilité optimales. Elles peuvent être lestées ou non, le lestage aidant à faciliter l’insertion et le maintien de la sonde en place dans l’estomac. Certaines sondes sont fournies avec un mandrin, un guide rigide qui facilite l’insertion. Les sondes varient également en taille, généralement de CH 8 à 12, pour répondre aux besoins spécifiques du patient. Enfin, le choix de la sonde dépend de ses indications, qu’il s’agisse de l’administration de médicaments, de l’alimentation ou de l’aspiration.9 

Dans le tableau suivant, nous présentons une variété de sondes nasogastriques, chacune accompagnée d’une image, pour vous aider à visualiser et à comprendre les différences entre les différents types de sondes et leurs utilisations.

Sondes d’alimentation :
Sondes en silicone : ces sondes sont généralement utilisées pour des périodes de sondage de longue durée, jusqu’à 4 semaines. Le silicone est un matériau flexible et durable.
Sondes en polyuréthane de type Freka® (avec mandrin) : ces sondes sont destinées à des sondages de très longue durée, c’est-à-dire au-delà de 30 jours. Le polyuréthane est un matériau encore plus résistant, ce qui permet à ces sondes de rester en place pendant des périodes plus longues. Le mandrin inclus facilite l’insertion de la sonde.
infographie - sonde nasogastrique d'alimentation
Sonde d’aspiration :
Sonde Salem® en PVC (avec prise d’air) : ces sondes, conçues pour une utilisation de courte durée (environ 3 à 4 jours), se déclinent en deux modèles. Le modèle à simple courant (Levin) est spécifiquement utilisé pour les prélèvements, tandis que le modèle à double courant (Salem) est destiné à l’aspiration et à la vidange gastrique.
infographie - sonde nasogastrique d'aspiration
Sonde de lavage gastrique :
Tube de Faucher® : ce type de sonde est spécifiquement utilisé pour le lavage gastrique, une procédure qui consiste à rincer l’estomac pour en éliminer le contenu. Cela peut être nécessaire dans diverses situations, comme l’ingestion de substances toxiques ou la préparation à certaines interventions chirurgicales.
infographie - sonde nasogastrique pour les lavages gastriques
Sonde pour les urgences gastro-intestinales :
La sonde de Sengstaken-Blakemore® est principalement utilisée en situation d’urgence pour contrôler les hémorragies gastro-œsophagiennes, souvent dues à des varices œsophagiennes. Elle permet de comprimer les vaisseaux sanguins en gonflant un ballon, réduisant ainsi le saignement.
infographie - sonde nasogastrique pour les urgences gastro-intestinales
Tableau comparatif des différents types de sondes nasogastriques

Guide, étape par étape, de l’insertion de la sonde nasogastrique

Préparation avant la pose de la sonde nasogastrique

Dans cette partie, nous allons détailler les étapes à suivre pour préparer efficacement l’insertion d’une sonde nasogastrique, afin d’assurer une procédure sûre et confortable pour le patient.

Informer le patient :

Expliquez pourquoi la sonde est nécessaire, les avantages et les risques associés. Vérifiez que le patient a bien compris toutes les informations et apportez des compléments d’informations si nécessaire.4

Vérifier la prescription :

Assurez-vous que la prescription est détaillée, datée et signée.4 La prescription médicale pour la mise en place d’une sonde nasogastrique doit inclure des détails sur : 4

  • Le matériau (silicone ou polyuréthane). 
  • La charnière (ou le diamètre externe). 
  • La longueur.

Le médecin peut également préciser si la sonde doit être lestée et/ou à double flux, et si un anesthésique de contact doit être utilisé pour la mise en place de la sonde.

Si vous voulez en apprendre davantage sur la vérification de la prescription médicale, nous avons rédigé un cours que vous pouvez lire ou écouter sur Réussis Ton IFSI dans l’unité d’enseignement 2.11 des semestres 1 et 5.

Préparer le matériel pour la pose de sonde nasogastrique :

  • Matériel d’hygiène : préparez une solution hydro-alcoolique, des gants non stériles à usage unique, un carré de protection et un désinfectant de surface.
  • Matériel de sondage : selon l’indication, vous aurez besoin d’une sonde gastrique, du matériel pour la nutrition entérale ou d’un système d’aspiration mural prêt à l’emploi. Prévoyez également un lubrifiant compatible avec le matériau de la sonde et un anesthésique de contact sur prescription. N’oubliez pas un verre d’eau. (Notez qu’un lubrifiant à base de silicone n’est pas recommandé pour les sondes en silicone.)
  • Matériel de vérification de la sonde : pour vérifier le positionnement de la sonde, vous aurez besoin d’un stéthoscope, d’une seringue de 50 ml à embout conique à usage oral et d’un marqueur indélébile.
  • Matériel pour le patient : préparez un mouchoir, du sérum physiologique et un haricot (pour le risque de vomissement).
  • Matériel de fixation de la sonde : assurez-vous d’avoir le matériel nécessaire pour fixer correctement la sonde.
  • Gestion des déchets : préparez les contenants appropriés pour les déchets d’activités de soins à risques infectieux (DASRI) et les déchets d’activités de soins ménagers (DAOM).

Prérequis avant la pose de la sonde nasogastrique :

Avant de procéder à l’insertion de la sonde nasogastrique, il est important de prendre en compte plusieurs prérequis pour assurer la qualité du soin. Voici les points clés à considérer :

  • Programmation de la pose de la sonde : la pose de la sonde doit être programmée lorsque l’estomac du patient est vide, soit 4 à 6 heures après le dernier repas, pour réduire le risque d’inhalation.  Pour les indications autres que l’alimentation entérale, la durée du jeûne n’est pas importante.4
  • Choix de la narine : le choix de la narine pour l’insertion de la sonde doit prendre en compte les préférences du patient, ses habitudes de sommeil et la perméabilité de la narine.4.8
  • Assistance : si le patient est agité, demandez l’aide d’une autre personne pour assurer une pose en toute sécurité.4.7
  • Préparation du patient : retirez les prothèses dentaires et les lunettes du patient, si nécessaire, pour faciliter l’insertion de la sonde.7
  • Vérification de l’emplacement : assurez-vous qu’une demande de radiographie a été faite pour permettre la vérification de l’emplacement de la sonde l’insertion de la sonde d’alimentation.7
  • Hygiène de base : respectez toujours les principes d’hygiène de base lors de la pose d’une sonde nasogastrique comme l’hygiène des mains. Pour plus d’informations sur l’hygiène de base, consultez nos cours disponibles dans l’unité d’enseignement 2.10 du semestre 1 sur la plateforme Réussis ton IFSI.

Technique d’insertion de la sonde nasogastrique

Voici le déroulement du soin en 8 étapes.

  • Étape 1 : préparation du patient.

Le patient doit effectuer un soin du nez, qui peut inclure le mouchage et l’instillation de sérum physiologique, pour son confort et pour éviter l’obstruction de la sonde par des sécrétions nasales. Ensuite, vérifiez la perméabilité nasale en demandant au patient de se boucher une narine et de souffler.5.6.7

  • Étape 2 : installation du patient.

Le patient doit être installé en position assise ou demi-assise. Si cette position n’est pas possible, le patient peut être placé en décubitus latéral. Un carré de protection doit être placé sur le thorax du patient pour protéger ses vêtements.4.5.6.7

  • Étape 3 : anesthésie.

Si une ordonnance a été délivrée pour un anesthésique de contact, pulvérisez-le dans la narine du patient au moins 5 minutes avant le soin.6.9

  • Étape 4 : préparation de la sonde.

Estimez la longueur de la sonde à insérer en mesurant la distance entre la bouche, l’oreille et le creux épigastrique du patient (entre 50 et 65 cm en général). Marquez cette mesure sur la sonde avec un feutre indélébile. Si la sonde est équipée d’un mandrin, vérifiez sa fonctionnalité avant l’insertion. Puis lubrifiez la sonde. Le lubrifiant utilisé doit être compatible avec la sonde. La sonde peut également être lubrifiée avec de l’eau.5.7.8.9

infographie - Comment déterminer la longueur nécessaire pour l'insertion d'une sonde nasogastrique
  • Étape 5 : insertion de la sonde.

Après avoir enfilé les gants, insérez la sonde horizontalement en maintenant la tête du patient inclinée vers l’avant. Si vous rencontrez un obstacle, n’insistez pas et changez de narine. Faites déglutir le patient lorsque la sonde est sentie au fond de la gorge en continuant de l’insérer. Vous pouvez également lui faire boire une gorgée d’eau, à condition qu’il n’y ait pas de contre-indications.4.6.7.9

Lors de l’insertion d’une sonde d’alimentation intestinale, le mandrin ne doit pas être visible à l’extrémité de la sonde. Ces petits fils rigides peuvent endommager la paroi de l’œsophage ou d’autres parties du système digestif.6

  • Étape 6 : vérification de la position de la sonde.

Après l’insertion, retirez le mandrin (si présent) après avoir obtenu une confirmation radiographique du bon positionnement de la sonde. Si vous observez un signe de fausse route, arrêtez la manœuvre et retirez la sonde.6.7

  • Étape 7 : fixation de la sonde. 

La sonde nasogastrique doit être fixée immédiatement après insertion, avant de confirmer sa position. La méthode de fixation doit être efficace, confortable, esthétique et sûre.

La fixation par fil peut être utilisée pour des indications spécifiques, notamment en ORL.4

De manière générale, la sonde sera fixée avec du ruban adhésif.

Pour cela, préparez la peau (la laver et la sécher) avant d’appliquer le ruban adhésif imperméable à la base du nez. Appliquez une bande de ruban élastique de 4 cm sur le nez, la partie inférieure de la bande étant fendue. Enroulez chaque moitié de la bande autour de la sonde.4

De plus, selon la Haute Autorité de Santé, il faut minimiser la fixation sur la joue afin d’éviter d’obstruer la vision du patient et d’augmenter le risque de larmoiement.4

Selon les Hôpitaux Universitaires de Genève et d’autres institutions francophones, la fixation est possible sur la joue si l’on s’assure que la sonde ne soit pas dans le champ visuel du patient.5.7.8.9

infographie - Fixation de la sonde naso-gastrique
  • Étape 8 : transmissions.

Après la pose de la sonde nasogastrique, il est crucial de documenter tous les détails pertinents dans le dossier du patient. Cela inclut la date et l’heure de la pose, le repère utilisé, le type de sonde et sa charrière, ainsi que toute complication rencontrée et la méthode utilisée pour vérifier le bon positionnement de la sonde. Si la sonde est utilisée pour l’aspiration, notez également le réglage de l’aspiration (doux ou fort, selon la prescription) et documentez les caractéristiques du contenu aspiré, y compris la quantité, la couleur, l’aspect et la qualité. Enfin, n’oubliez pas de consigner les entrées et sorties de fluides pour permettre au médecin d’évaluer les ajustements de compensation nécessaires.

Comment vérifier le positionnement correct de la sonde nasogastrique

L’emplacement de la sonde doit être vérifié quel que soit le type de sonde, pour éviter tout déplacement accidentel, à l’insertion, puis, au moins une fois par jour et avant chaque utilisation.5

Le contrôle radiologique :

La meilleure façon de confirmer l’emplacement de la sonde nasogastrique après la pose (ou en cas de suspicion de déplacement accidentel) est de procéder à un examen radiologique.4.9

Injection d’air et contrôle auscultation épigastrique  (“Whoosh test”) : 4

Pour vérifier le positionnement de la sonde, une seringue de 60 ml est utilisée pour injecter de l’air dans celle-ci. Ensuite, l’estomac est ausculté à l’aide d’un stéthoscope placé deux doigts en dessous de l’appendice xyphoïde. Si aucun borborygme (bruit de gargouillement) n’est entendu, cela peut indiquer que la sonde n’est pas correctement positionnée.5 Cependant, il est important de noter que cette méthode n’est pas infaillible et peut donner des faux positifs, c’est-à-dire indiquer que la sonde est correctement positionnée alors qu’elle ne l’est pas.9 

L’aspiration du liquide gastrique :

La vérification du positionnement de la sonde peut également être effectuée par l’aspiration du liquide gastrique. L’aspiration du liquide gastrique consiste à retirer le contenu de l’estomac à l’aide d’une sonde pour vérifier que celle-ci est correctement positionnée avant d’administrer des médicaments, de la nourriture ou de l’hydratation. Cependant, l’absence d’aspiration de liquide gastrique ne signifie pas nécessairement que la sonde est mal positionnée.6

La mesure du pH du liquide d’aspiration :

Une autre technique consiste à mesurer le pH du liquide aspiré. Un pH acide confirme la position gastrique de la sonde, alors qu’un pH alcalin ne permet pas de déterminer la position de la sonde (tube digestif ou poumon). Si la sonde est en aval du pylore, le pH attendu est alcalin. La mesure du pH du liquide d’aspiration peut s’avérer délicate, surtout si la sonde est molle ou si l’aspiration est faible. Si le patient prend des inhibiteurs de sécrétion d’acide gastrique, cette technique ne peut pas être utilisée.4

Selon une étude, environ 10% des sondes nasogastriques étaient mal positionnées. Les méthodes d’aspiration gastrique et de mesure du pH du liquide aspiré ont montré une sensibilité et une spécificité limitées. L’insufflation d’air s’est révélée sensible, mais peu spécifique. L’association de ces trois tests n’a pas amélioré leur efficacité. Deux complications graves n’ont été détectées que par tomodensitométrie. En conséquence, un suivi radiologique est recommandé, car les tests couramment utilisés ne sont pas suffisamment fiables et des complications rares, mais graves, peuvent passer inaperçues.10

Complications courantes liées à la pose d’une sonde nasogastrique et conduites à tenir 

Des études montrent que 2% des  sondes nasogastriques sont mal placées dans les voies respiratoires, avec un risque d’erreurs ultérieures chez le même patient de 13% à 32%. Ces erreurs peuvent entraîner une mortalité de 4,3%, voire de plus de 20% en cas d’erreurs répétées. De graves complications comme un pneumothorax ou une inondation bronchique peuvent survenir à la suite d’un mauvais positionnement de la sonde.11

Risques consécutifs à la pose de sonde nasogastrique4

Risques consécutifs à la posePréventionConduite à tenir
Absence de coopération du patient ou agitationExpliquer le soin.Présence de deux personnes pendant la pose pour le confort du patient et du soignant.
Si le patient est agité, identifier la cause de son agitation et rechercher une solution en collaboration avec le médecin.
DouleurIntroduire doucement la sonde, sans forcer.Surveiller la disparition de la douleur.
Enroulement de la sondePlacer la sonde en silicone au réfrigérateur avant la pose.
Vérifier l’absence de la sonde dans la bouche.
Retirer et reposer la sonde.
Hémorragie nasale extériorisée par la boucheEn fonction du contexte, vérifier le bilan d’hémostase, lubrifier la sonde, introduire la sonde doucement.Retirer la sonde, comprimer la narine, appeler le médecin.
Obstruction des orifices dans lesquels on introduit la sondeNettoyer la narine avec du sérum physiologique.Ôter la sonde, la désobstruer et la reposer.
RégurgitationPoser la sonde (d’alimentation) 4 à 6 heures après le dernier repas.Installer le patient en position latérale de sécurité s’il vomit.
Toux, larmoiementsPosition demi-assise, faire déglutir avec un peu d’eau si possible.Retirer la sonde, la réintroduire, vérifier le positionnement de la sonde avant chaque utilisation.
Positionnement de la sonde dans l’arbre trachéo-bronchiqueEn cas de difficulté de pose et d’utilisation d’un mandrin, pose par un médecin.
Effectuer un test injection d’air avant chaque utilisation (“Whoosh test”).
Vérifier l’emplacement par contrôle radiologique après la pose. En cas de doute sur le positionnement de la sonde, avertir le médecin pour un éventuel contrôle radiologique.7Ne pas amorcer l’alimentation entérale si le sparadrap est à distance du repère du marqueur.9
Tableau présentant les risques consécutifs à la pose de sonde nasogastrique

Risques secondaires à la pose de sonde nasogastrique

Risques secondaires à la posePréventionConduite à tenir
Arrachement de la sondeExpliquer, écouter, fixer correctement la sonde.Vérifier la fixation. Anticiper les réactions d’un patient agité.
Déplacement secondaireFixer correctement la sonde. Marquer un repère. 
Vérifier la position par rapport aux transmissions et au repère du marqueur.7
Remplacer le sparadrap chaque fois que nécessaire et systématiquement s’il est souillé, détaché, inconfortable ou retiré accidentellement.5
Remettre la sonde en place ou l’enlever et la poser de nouveau 4 à 6h après la nutrition.

Obstruction de la sondeRincer la sonde en prévention d’une obstruction après chaque administration de médicament et entre chaque médicament et avant/après une solution nutritive avec un volume entre 5 et 10 ml d’après la HAS4, de 20 ml d’après les Hôpitaux universitaires de Genève5 et entre 20 à 60 ml selon un groupe expert en nutrition.8
Tenter d’obtenir une prescription du volume journalier à administrer en fonction de l’état clinique du patient pour les bilans entrés/ sorties.
Ne jamais utiliser le mandrin. Effectuer des manœuvres de désobstruction. Différents produits peuvent être utilisés pour déboucher la sonde, mais aucun n’a fait la preuve de sa supériorité.4Le cola. Un mélange d’eau et de cola.7Une solution d’enzymes pancréatiques. Ou une solution de jus d’orange. De l’eau injectée avec une légère pression. De l’eau chaude avec une légère pression.7Du sirop de papaïne.
Les Hôpitaux universitaires de Genève recommandent de ne pas insister et d’appeler un médecin.5
DouleurVérifier l’état de la narine. Réaliser des soins de nez. Fixer la sonde en douceur.Signaler l’apparition de douleur.
Administrer des antalgiques sur prescription.
Reflux gastro-oesophagien
ou inhalation 
Installer le patient en position demi-assise pendant la nutrition.
Arrêter l’alimentation avant les soins de nursing pour éviter les fausses routes.
Informer le médecin si RGO et administration des médicaments prescrits.
InfectionObserver l’état local. Réaliser les soins locaux quotidiens.Informer le médecin, administrer les traitements prescrits.
UlcérationSurveiller l’apparition d’escarres au niveau des ailes du nez et limiter la compression de la sonde sur la paroi du nez.
Mobiliser la sonde une fois par jour.4.7
Changer la sonde de narine en cas d’apparition d’érythème et de douleur.
Déséquilibre de la volémie et des électrolytes (pour sonde d’aspiration)5Bilan sanguin prescrit. Bilan entrées/sorties.Administrer les traitements prescrits.
Altération de l’image de soiÉcoute active.Assurer les soins relationnels vis-à-vis du ressenti de l’altération de soi.
Se former aux techniques de communication éventuellement (unité d’enseignement 4.2 sur la plateforme de cours de Réussis ton IFSI).
Tableau présentant les risques secondaires à la pose de sonde nasogastrique

Conseils pratiques pour l’entretien et la surveillance infirmière des sondes nasogastriques

  • Prévenir la sécheresse buccale.
  • Assurer une hygiène buccale et nasale rigoureuse.5.7
  • Fixer correctement la sonde pour minimiser le risque de déplacement.
  • Être vigilant quant aux complications potentielles et prendre des mesures préventives.
  • Le changement de la sonde doit être décidé en concertation avec le médecin, en fonction de l’évaluation de l’infirmière.
  • Changer la sonde en fonction de l’évaluation de l’infirmière, avec l’accord du médecin. Il n’existe pas de recommandations spécifiques au sujet de la fréquence de changement de la sonde.4
  • Le retrait de la sonde doit être effectué par une infirmière sur prescription médicale.5
  • Préparer le patient pour son retour à domicile en l’éduquant sur les soins nécessaires. Cette éducation doit être progressive et évaluée pour s’assurer que le patient et ses aidants sont capables de gérer les soins à domicile.
  • Surveiller la perméabilité du tube Salem®. Sa prise d’air doit rester ouverte pour éviter l’érosion de la muqueuse gastrique. En cas de fuite de liquide gastrique, vérifier sa perméabilité et, si nécessaire, sa position.5
  • Administrer les médicaments par la sonde de manière appropriée, en privilégiant les formes liquides lorsque cela est possible. Nous avons publié un article que vous pouvez lire ou écouter sur les médicaments qu’il ne faut pas écraser.

En somme, l’insertion d’une sonde nasogastrique est une procédure médicale essentielle pour diverses indications. Il est crucial que les étudiants en soins infirmiers et les infirmier(e)s en exercice maîtrisent cette procédure, ses complications potentielles et les soins appropriés. Pour approfondir vos connaissances sur la sonde nasogastrique et les abords digestifs (gastrostomie et jéjunostomie), nous vous invitons à consulter notre cours complet ainsi qu’à vous entraîner avec les quiz sur la plateforme Réussis ton IFSI.

Sources

  1. Institut National Du Cancer « Sonde nasogastrique » – date de dernière mise à jour : 14/05/2014
  2. Haute Autorité de Santé « Soins et surveillance des abords digestifs pour l’alimentation entérale chez l’adulte en hospitalisation et à domicile » – 05/2000
  3. Legifrance – code de la santé publique « Article R4311-5 » – Modifié par Décret n°2021-980 du 23 juillet 2021 – art. 1
  4. Legifrance – code de la santé publique « Article R4311-7 » – Modifié par Décret n°2022-610 du 21 avril 2022 – art. 1
  5. Hôpitaux Universitaires de Genève « Pose de sonde nasogastrique chez l’adulte » – GRESI R. Alvarez, J. Alvarin, M. Ferreira, S. Marcionetti- 07/2017
  6. Manuels MSD « Comment insérer un tube nasogastrique » – Zubair Malik – 02/2023
  7. Centre hospitalier universitaire vaudois « Sonde nasogastrique (SNG) : alimentation » – Florence Gatsigazi et Anne Kouadio – 07/05/2019
  8. Cessot, F., Desport, J. & Sautereau, D. (2014). « Nutrition entérale » Hegel, 3, S50-S55
  9. Société Francophone Nutrition Clinique et Métabolisme « Pose de sonde nasogastrique chez l’adulte » – 04/2020
  10. Annales Françaises d’Anesthésie et de Réanimation « Évaluation prospective de trois méthodes de positionnement de la sonde nasogastrique en réanimation » – P. Seguin, V. Le Bouquin, D. Aguillon, A. Maurice, B. Laviolle, Y. Mallédant – Volume 24, Issue 6, Pages 594-599 – 06/2005
  11. Haute Autorité de Santé – « Changement de sonde nasogastrique chez l’adulte. Une mauvaise position et c’est la réanimation »  01/09/2022