Le prélèvement sanguin veineux (ou prise de sang) est un acte technique fréquent en pratique infirmière. Il consiste à recueillir un échantillon de sang dans une veine périphérique, à l’aide d’une aiguille et de tubes adaptés. Les analyses sanguines réalisées en laboratoire répondent à quatre grandes visées : diagnostic, suivi thérapeutique, dépistage et bilan préopératoire.
Ce geste engage la responsabilité de l’infirmier(e) sur trois plans : le respect du cadre réglementaire, la qualité clinique du soin et la sécurité de tous. La qualité du prélèvement conditionne la fiabilité des résultats, la sécurité du patient et la protection du soignant face au risque d’exposition au sang.
Ce guide détaille le cadre réglementaire actualisé, le matériel, le choix de la veine, l’ordre des tubes du bilan sanguin, le protocole étape par étape et la conduite à tenir face aux complications.
Cadre réglementaire du prélèvement sanguin veineux
Le prélèvement sanguin veineux est un acte technique infirmier, refondu et élargi par l’arrêté du 26 juin 2026.1
Un acte réalisé sur prescription
Le prélèvement sanguin figure à l’article 4, de l’arrêté du 26 juin 2026 fixant la liste des actes et soins pouvant être réalisés par les infirmier(e)s diplômé(e)s d’État. Le texte mentionne « les prélèvements de sang par ponction veineuse ou capillaire ». 1
Dans son rôle sur prescription, l’infirmier(e) effectue cet acte en application : 2
- Soit d’une prescription écrite, nominative, qualitative et quantitative, datée et signée par un médecin, une sage-femme ou un infirmier(e) en pratique avancée.
- Soit d’un protocole écrit, qualitatif et quantitatif, préalablement établi, daté et signé par un médecin.
Une lecture des résultats désormais dans le rôle propre
Depuis l’arrêté du 26 juin 2026, la lecture des résultats d’examens biologiques et le repérage d’anomalies font partie du rôle propre de l’infirmier(e), pour information ou alerte du médecin et adaptation du plan de soins infirmier.1 Le prélèvement n’est donc plus un geste isolé : il s’inscrit dans une chaîne clinique où l’infirmier(e) contribue activement à l’analyse et au suivi.
La prescription infirmière d’examens biologiques
Depuis l’arrêté du 26 juin 2026 sur la prescription infirmière, l’infirmier(e) dispose d’une capacité de prescription autonome de certaines analyses sanguines.3
L’infirmier(e) peut donc prescrire l’examen puis effectuer le prélèvement nécessaire, sans ordonnance préalable d’un(e) autre professionnel(le).
Cette évolution concerne notamment : 3
- Des examens courants (NFS, plaquettes, ionogramme sanguin) en cas de pathologie connue ou de symptômes évocateurs d’une pathologie.
- La glycémie à jeun (ou en urgence en cas d’hypoglycémie ou de déséquilibre suspecté du diabète).
- Le suivi biologique du diabète connu (HbA1c, créatininémie, albuminurie/créatininurie), si le dernier bilan date de plus de 3 mois.
- Le renouvellement du dosage de l’INR pour les patients sous traitement AVK (limité à une fois, ou sur quelques jours en cas de déséquilibre constaté).
Toute prescription réalisée dans ce cadre doit être inscrite dans le dossier du patient ou dans son Dossier Médical Partagé (DMP).3
Indications du prélèvement sanguin veineux
Le prélèvement sanguin veineux répond à plusieurs intentions : aider au diagnostic, suivre l’efficacité des thérapeutiques, prévenir ou dépister une pathologie. Chacune mobilise un bilan sanguin différent, prescrit en fonction du contexte clinique et de la prise en charge du patient.
Aider au diagnostic
Le prélèvement permet d’évaluer le fonctionnement des organes (créatininémie pour la fonction rénale, transaminases pour la fonction hépatique) et l’équilibre biologique de l’organisme (numération formule sanguine, ionogramme sanguin). Il peut aussi permettre d’identifier un agent pathogène, notamment par hémocultures en cas de suspicion d’infection systémique.
Suivre et surveiller
Une fois le diagnostic posé ou le traitement instauré, le prélèvement permet d’évaluer l’efficacité et la sécurité des thérapeutiques grâce à différents paramètres biologiques. Il permet notamment :
- Le suivi des maladies chroniques (hémoglobine glyquée pour le diabète).
- La surveillance des traitements anticoagulants (INR sous antivitamine K).
- Le dosage des médicaments à marge thérapeutique étroite (immunosuppresseurs, antiépileptiques, lithium).
Prévenir ou dépister
Cette catégorie regroupe des indications variées :
- Les bilans systématiques (médecine du travail, bilan préopératoire, bilan avant imagerie injectée).
- Le suivi de grossesse (dosages hormonaux, sérologies).
- Le don du sang du donneur volontaire.
- La détermination du groupe sanguin avant une transfusion sanguine.
Contre-indications du prélèvement sanguin veineux
Il n’existe aucune contre-indication absolue au prélèvement sanguin veineux. L’infirmier(e) doit en revanche identifier les situations qui imposent de choisir un autre site de ponction ou d’adapter sa technique.
Sites à éviter pour la ponction veineuse
Plusieurs situations contre-indiquent le prélèvement sur le membre concerné : 4,5
- Un bras perfusé ou porteur d’un cathéter veineux périphérique en place.
- Une fistule ou greffe artério-veineuse, généralement chez les patients hémodialysés.
- Un membre paralysé ou parétique.
- Un site présentant une infection, une inflammation, un hématome, un œdème ou une brûlure.
- Une veine durcie, thrombosée ou phlébitique.
- Un membre présentant des troubles du drainage lymphatique ou un lymphoedème constitué.
Prélèvement et troubles de la coagulation
Une anomalie de la coagulation, pathologique ou induite par un traitement anticoagulant, n’est pas une contre-indication au prélèvement veineux.5 Elle impose une vigilance supplémentaire au moment de la compression du point de ponction : la pression doit être maintenue jusqu’à 10 minutes environ, contre 2 minutes pour un prélèvement de routine.4
Alternatives en cas de contre-indication
Lorsqu’un site classique de prélèvement n’est pas utilisable, l’infirmier(e) adapte sa stratégie.
Prélèvement sur bras perfusé
Si le prélèvement doit être réalisé sur un bras du patient perfusé, ponctionner en aval de la perfusion, à distance du site, et le signaler dans le dossier patient et sur l’ordonnance adressée au laboratoire.5
Prélèvement sur cathéter veineux périphérique
Le prélèvement au moment de la pose du cathéter, avant tout branchement de la ligne de perfusion, est acceptable.6
Le prélèvement sur un cathéter déjà en place est déconseillé en raison du risque d’hémolyse et de contamination/dilution de l’échantillon par les solutés perfusés.4,6
Lorsqu’il constitue la seule option, l’infirmier(e) doit suivre les précautions du protocole de l’établissement ou du laboratoire.4
Impossibilité d’accéder aux membres supérieurs
En cas de brûlures étendues, traumatismes ou lymphœdème bilatéral, un prélèvement sur les veines des membres inférieurs (veines dorsales du pied) peut être envisagé.4,5
Cette pratique reste exceptionnelle et justifie une évaluation préalable de l’équilibre bénéfice/risque avec l’équipe médicale.
Veines difficiles à repérer
Chez les patients avec un capital veineux fragile (chimiothérapie, obésité, dénutrition, toxicomanie), l’infirmier(e) peut utiliser les aides suivantes : transilluminateur, lampe infrarouge, échographie veineuse. Le recours à un(e) professionnel(le) plus expérimenté(e) (IADE, anesthésiste) constitue également une alternative fiable.
| Prélèvement du côté d’une mastectomieCe qu’on entend souvent « Ne jamais prélever du côté d’une mastectomie. » Ce que disent les données Un consensus d’experts publié en 2024 nuance cette précaution.7 Chez une personne à risque de lymphœdème lié au cancer du sein, mais sans lymphœdème constitué, les prélèvements sanguins isolés réalisés sur le bras à risque n’ont pas été associés à une augmentation significative du volume du membre dans les études disponibles. Les données restent toutefois limitées. Chez une personne présentant un lymphœdème déjà constitué, l’effet des prélèvements sanguins et des injections sur son évolution n’a pas été étudié. Par précaution, le consensus recommande d’éviter ces gestes sur le bras atteint. À retenir L’antécédent de chirurgie mammaire ne suffit pas, à lui seul, à déterminer le risque de lymphœdème. Le curage ganglionnaire axillaire constitue le principal facteur de risque connu. |
Les systèmes de prélèvement sanguin veineux
Trois systèmes de prélèvement veineux coexistent en pratique infirmière : le système sous vide avec corps de prélèvement (standard recommandé), l’unité à ailettes (épicrânienne) ou « papillon » (adaptée aux veines fines et à l’apprentissage) et la seringue avec aiguille (déconseillée).
Le système sous vide avec corps de prélèvement
Le système sous vide est le système standard recommandé en pratique infirmière.6 Il associe une aiguille à double extrémité, un corps de prélèvement et les tubes sous vide. Une extrémité de l’aiguille est introduite dans la veine, l’autre reste dans le porte-tube. Le tube est ensuite poussé dans le porte-tube : le vide aspire automatiquement le volume de sang nécessaire.
Ce système présente deux avantages majeurs : 6
- Il réduit le risque d’exposition au sang en évitant les manipulations intermédiaires.
- Il permet de prélever plusieurs tubes à partir d’une seule ponction.
Le calibrage du vide dans le tube garantit un remplissage approprié, qui permet le respect du ratio sang/additif.4
L’unité à ailettes ou épicrânienne
L’unité à ailettes est adaptée aux veines fines et aux situations difficiles. Elle comporte une aiguille reliée à un porte-tube par une tubulure. Le retour veineux visible dans la tubulure confirme que l’aiguille est en place dans la veine.
Selon une étude réalisée en service d’oncologie, elle peut également réduire la douleur et l’anxiété liées au prélèvement chez les patients avec un accès veineux difficile.8
Elle est particulièrement indiquée : 4,6
- Pour les veines fines ou difficiles d’accès.
- Pour les enfants, personnes âgées et patients au capital veineux fragile.
- Lors de l’apprentissage du geste.
Attention à l’espace mort de la tubulure
La tubulure située entre l’aiguille et le raccord contient un volume d’air. Si un tube citraté (bleu), destiné aux examens de coagulation, est prélevé en premier, cet air occupe une partie du volume attendu. Le tube est alors insuffisamment rempli, ce qui déséquilibre le ratio entre le sang et l’anticoagulant et peut fausser les résultats.
Avec une unité à ailettes, lorsqu’un tube citraté doit être prélevé en premier, utiliser au préalable un tube de purge. Il peut s’agir d’un tube sec ou d’un tube citraté de rejet, sans nécessité de le remplir complètement. Ce prélèvement permet de chasser l’air présent dans la tubulure.
La seringue avec aiguille
La seringue avec aiguille est aujourd’hui déconseillée en pratique courante : 4,6
- Le système impose un transfert manuel du sang de la seringue vers les tubes, geste à haut risque d’accident d’exposition au sang (AES) et d’éclaboussures.
- La pression exercée sur le piston pour forcer le sang dans le tube augmente la pression et la vitesse de transfert, ce qui favorise l’hémolyse et peut altérer les résultats biologiques.
- Le ratio sang/additif est difficile à respecter.
Choix du calibre de l’aiguille
Le calibre de l’aiguille doit être adapté au diamètre et à la qualité de la veine. L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) recommande le 21 G pour un prélèvement veineux courant chez l’adulte, le 22 G ou 23 G pour les veines fines et certaines populations (enfant, personne âgée).6
Le calibre est exprimé en Gauge (G) : plus le chiffre est élevé, plus le diamètre de l’aiguille est faible.
La couleur de l’embase permet d’identifier le calibre des aiguilles conformes à la norme NF EN ISO 6009 : 9
| Calibre | Couleur de l’embase | Utilisation indicative |
| 21 G | Vert
| Prélèvement veineux courant chez l’adulte |
| 21 G | Verte à ailettes
| Prélèvement veineux courant chez l’adulte ou apprentissage du geste |
| 22 G | Noir
| Adulte à veines fragiles, enfant, personne âgée |
| 23 G | Bleu à ailettes
| Unité à ailettes adaptée aux petites veines, à la pédiatrie, la personne âgée et au nouveau-né |
Source : Lignes directrices de l’OMS applicables aux prélèvements sanguins (2010).6
| Une aiguille plus fine augmente-t-elle le risque d’hémolyse ? L’OMS recommande de choisir un calibre adapté à la veine et signale qu’une aiguille trop fine peut altérer les cellules sanguines, mais les données ne permettent toutefois pas de définir un seuil universel : le risque dépend aussi de la conception du dispositif. Deux études récentes l’illustrent L’une d’elles observe une hausse de l’hémolyse après abandon du 22 G dans un service qui utilisait 22, 23 et 25 G, puis uniquement 23 et 25 G.10 L’autre étude rapporte à l’inverse moins d’hémolyse avec un dispositif de 23/25 G qu’avec un dispositif standard de 21/23 G.8 Dans les deux cas, la conception du dispositif intervient et empêche d’attribuer le résultat au seul calibre. À retenir Adapter le calibre et le dispositif à la veine et aux conditions du prélèvement. Les données ne permettent pas de définir une règle générale. |
Les tubes et leur ordre de prélèvement
La plupart des tubes contiennent un additif (activateur de coagulation, anticoagulant, inhibiteur métabolique). Lorsque plusieurs tubes sont prélevés lors d’une même ponction veineuse, ils doivent l’être dans un ordre précis pour éviter les contaminations croisées entre additifs et préserver la fiabilité des résultats.4
Les recommandations européennes préconisent l’ordre suivant : 4
- Flacons d’hémoculture (avec une unité à ailettes : flacon aérobie puis anaérobie).
- Tube citraté (bleu).
- Tube sec ou avec activateur de coagulation (rouge ou SST or/jaune).
- Tube hépariné (vert).
- Tube EDTA (violet).
- Tube avec inhibiteur de glycolyse (gris).
- Autres tubes éventuels.
Lorsqu’une unité à ailettes est utilisée, l’espace mort de la tubulure impose d’utiliser un tube de purge.
Vérification de la prescription et conditions pré-analytiques
Avant tout prélèvement, l’infirmier(e) prend connaissance de la prescription et vérifie que les conditions de préparation du patient sont respectées. Cette étape détermine les tubes à préparer.
Lecture de la prescription
La lecture attentive de la prescription permet :
- D’identifier les examens à réaliser.
- De déduire les tubes nécessaires (nombre et type) selon les correspondances du laboratoire.
- De repérer les renseignements cliniques ou thérapeutiques à joindre (traitement anticoagulant, antibiothérapie, contexte, patient à jeun ou non).
En pratique, certains services précisent directement sur la prescription ou dans leur protocole la couleur et le nombre de tubes à prélever. Dans les autres cas, l’infirmier(e) se réfère au manuel de prélèvement du laboratoire pour faire la correspondance examen/tube.
En cas de doute, notamment pour des analyses rares, contacter le laboratoire est un réflexe simple qui évite les erreurs pré-analytiques et un nouveau prélèvement.
Conditions pré-analytiques et non-conformité
Certains examens nécessitent des conditions particulières qui garantissent la fiabilité des résultats. Le jeûne n’est pas systématique pour tous les bilans : les conditions indiquées par la prescription et le manuel du laboratoire doivent toujours être vérifiées avant le prélèvement.
Quelques exemples fréquents en pratique hospitalière :
- Une glycémie prescrite à jeun.
- Pour l’évaluation du pic d’activité anti-Xa sous héparine de bas poids moléculaire (HBPM), le prélèvement est généralement effectué 3 à 5 heures après l’injection, selon l’HBPM et le protocole du laboratoire.11
- Certains dosages médicamenteux nécessitent un prélèvement à un moment précis par rapport à l’administration : avant la prochaine prise pour une concentration résiduelle, ou à un délai défini pour un pic (par exemple l’amikacine).12
- Les dosages hormonaux : certaines hormones nécessitent un horaire précis (cortisolémie à 8 h et 20 h) ou une phase du cycle menstruel (progestérone) selon la prescription et le protocole du laboratoire.
En cas de doute sur les conditions ou l’heure de prélèvement, se référer au protocole du service ou contacter le laboratoire.
Si le prélèvement doit être fait malgré des conditions non conformes (contexte d’urgence, patient non à jeun), la non-conformité est signalée et tracée selon la procédure du laboratoire pour permettre au biologiste d’interpréter correctement les résultats et les valeurs biologiques.
Matériel nécessaire pour un prélèvement sanguin veineux
Une fois le dispositif, le calibre et les tubes choisis, l’infirmier(e) rassemble et vérifie l’ensemble du matériel avant le geste. Il contrôle l’intégrité des emballages stériles et les dates de péremption.
Selon la Société Française d’Hygiène Hospitalière (SF2H), l’antisepsie cutanée avant la prise de sang se fait avec une compresse stérile imprégnée d’antiseptique alcoolique13 alors que certains guides internationaux recommandent l’usage d’une compresse ou d’un tampon/coton propre à usage unique.4,6
Les pratiques peuvent varier selon les établissements : se référer au protocole du service.
| Catégorie | Matériel |
| Hygiène et asepsie | – Solution hydro-alcoolique (SHA) – Antiseptique alcoolique (chlorhexidine alcoolique 2 % ou alcool à 70 %) selon le protocole du service – Compresses stériles |
| Protection de l’opérateur | – Gants à usage unique non stériles |
| Prélèvement | – Garrot – Corps de prélèvement (corps de pompe) – Aiguille adaptée (aiguille droite ou unité à ailettes) – Tubes conformes à la prescription – Étiquettes patient |
| Après le geste | – Compresse et adhésif ou pansement adhésif – Collecteur pour objets perforants (OPCT) – Sachet de transport – Bon de transport (selon les établissements) – Sac de collecte des déchets non perforants |
Préparation du prélèvement sanguin veineux
La préparation du patient permet de garantir la sécurité du geste et la fiabilité des résultats. Elle repose sur quatre étapes clés : information et consentement, identitovigilance, étiquetage des tubes et installation du patient.
Information et consentement du patient
Avant tout prélèvement, l’infirmier(e) informe le patient du geste et de son objectif, puis recueille son accord. Le Code de la santé publique prévoit qu’aucun acte médical ne peut être pratiqué sans le consentement libre et éclairé de la personne.14
Une communication rassurante limite le stress, en particulier chez les enfants, les personnes âgées et les patients phobiques. Privilégier des formulations anticipatrices « Respirez, j’y vais doucement. » plutôt que des phrases anxiogènes de type : « Je pique ! ».
Identitovigilance
L’infirmier(e) vérifie activement l’identité du patient avant le prélèvement. Il lui demande de décliner par questions ouvertes : 15
- Son nom de naissance.
- Son premier prénom de naissance.
- Sa date de naissance.
Ces informations sont confrontées à la prescription et au bracelet d’identification. Si le patient est incapable de communiquer (patient inconscient, sédaté, aphasique), l’identification repose sur le bracelet d’identification, selon la procédure d’identitovigilance de l’établissement.15
L’Identité Nationale de Santé (INS) permet de référencer de façon fiable les données de santé du patient. Elle comprend un matricule INS et cinq traits d’identité : nom de naissance, prénom(s) de naissance, date de naissance, sexe et lieu de naissance.15
Étiquetage et identification des tubes
Chaque échantillon doit être identifié dès le prélèvement pour garantir sa traçabilité jusqu’au laboratoire. L’article D.6211-2 du Code de la santé publique définit trois éléments d’identification obligatoires : 16
- Le patient : nom de naissance, premier prénom, date de naissance, sexe, numéro d’identification (INS).
- Le préleveur : nom, prénom, qualité et numéro professionnel.
- L’échantillon : nature de l’examen, date et heure du prélèvement.
Ces informations sont réparties entre l’étiquette du tube et la fiche de prélèvement (bon d’examen). En pratique, l’identité du préleveur figure généralement sur la fiche, tandis que l’étiquette du tube porte au minimum le numéro d’identification du patient. La liste précise des mentions est définie par le laboratoire dans ses procédures pré-analytiques.
Il est impératif d’étiqueter et de vérifier les tubes en présence du patient. Pour les tubes pré-étiquetés, la concordance avec l’identité du patient doit être contrôlée. L’étiquetage peut être fait juste avant ou juste après le prélèvement selon la procédure de l’établissement.4
Installation du patient et préparation de l’environnement
L’environnement de prélèvement doit être calme, propre et bien éclairé. Le plan de travail est désinfecté selon les procédures de l’établissement. L’infirmier(e) réunit tout le matériel à portée de main avant le geste.
Le patient est installé en position assise ou allongée selon son état clinique. En cas d’antécédent de malaise vagal ou devant un patient anxieux, privilégier la position allongée. Le bras est dégagé et repose sur un support stable, paume orientée vers le haut, en légère extension et incliné vers le bas.4
Utilisation du garrot lors du prélèvement sanguin
Le garrot facilite la ponction en dilatant la veine par ralentissement du retour veineux. Sa pose et son retrait obéissent à des règles strictes pour éviter la stase veineuse prolongée et la modification des paramètres biologiques.
Le garrot doit être : 4
- Placé environ une largeur de main (7,5 cm) au-dessus du site de ponction.
- Suffisamment serré pour ralentir le retour veineux sans interrompre la circulation artérielle.
- Maintenu moins d’une minute.
Une pose prolongée entraîne une stase veineuse et une hémoconcentration susceptibles de modifier certains paramètres biologiques (potassium, protéines).4 Le garrot est retiré dès que le sang commence à s’écouler dans le premier tube.4
Point de vigilance : ne pas demander au patient de serrer ou de pomper avec le poing pendant le prélèvement. Les contractions musculaires peuvent augmenter localement la concentration en potassium et entraîner une fausse hyperkaliémie.17
Protocole de prélèvement sanguin veineux étape par étape
Une fois le patient identifié, informé, installé et le matériel préparé, le prélèvement se déroule selon une séquence précise.
Étape 1 : hygiène des mains et assemblage du matériel
- Effectuer une hygiène des mains par friction hydroalcoolique (FHA) selon les 7 étapes recommandées, pendant 20 à 30 secondes.18
- Assembler l’aiguille (droite ou unité à ailettes) sur le corps de prélèvement.
- Disposer les tubes à portée de main, dans l’ordre de prélèvement.
Étape 2 : repérage et choix de la veine
Le repérage se fait avant l’antisepsie et le port des gants. L’infirmier(e) inspecte le membre supérieur, palpe les trajets veineux et sélectionne le site de ponction. La veine médiane cubitale (plis du coude) est privilégiée.4
La veine céphalique et la veine basilique servent d’alternatives, la basilique en dernier recours (proximité du nerf médian et de l’artère brachiale).
Les techniques de repérage, les situations d’accès veineux difficile et les fausses idées reçues sont détaillées dans notre guide sur la recherche d’une veine avant une ponction veineuse.
Si le garrot est utilisé pour le repérage, le retirer avant l’antisepsie pour éviter une stase veineuse prolongée.4 Il sera reposé juste avant la ponction.
Étape 3 : antisepsie du site de ponction
En cas de souillure visible, nettoyer la peau avec de l’eau et un savon doux avant l’antisepsie.19
- Effectuer l’antisepsie avec une compresse stérile imprégnée d’antiseptique alcoolique.13
- Effectuer l’antisepsie par un mouvement circulaire concentrique du centre vers la périphérie, ou par mouvements de va-et-vient (efficacité microbiologique comparable).20
- Laisser sécher spontanément et complètement.
- Ne plus toucher le site après l’antisepsie.
- Effectuer une nouvelle FHA, puis enfiler des gants à usage unique non stériles (ajustés à la taille de la main).
Étape 4 : pose du garrot et ponction veineuse
- Reposer le garrot (si nécessaire pour la ponction) une largeur de main au-dessus du site repéré.¹
- Demander au patient de ne pas fermer le poing/pomper (risque de fausse hyperkaliémie).20
- Tenir la peau tendue en dessous du site pour immobiliser la veine.
- Introduire l’aiguille dans l’axe de la veine, biseau vers le haut, avec un angle de 5 à 30° selon la profondeur de la veine.4
- Vérifier, avec une unité à ailettes, l’apparition de sang dans la tubulure, témoignant généralement du bon positionnement de l’aiguille dans la veine.
- Maintenir l’aiguille et le porte-tube avec la main dominante pendant toute la collecte, sans changer de main.
- Repositionner légèrement l’aiguille vers l’avant ou vers l’arrière si la veine n’est pas correctement ponctionnée.4 Ne jamais déplacer latéralement la pointe (risque de lésion tissulaire).5
Étape 5 : prélèvement des tubes et homogénéisation
- Insérer le premier tube dans le corps de prélèvement en respectant l’ordre de prélèvement.
- Retirer le garrot dès que le sang commence à s’écouler dans le premier tube.4
- Laisser le tube se remplir jusqu’au repère de remplissage prévu par le dispositif.
- Retirer le tube et l’homogénéiser immédiatement par une inversion douce (rotation à 180° puis retour à la position verticale).4
- Insérer les tubes suivants dans l’ordre, en homogénéisant chacun d’une seule inversion juste après retrait.
- Ne jamais agiter vigoureusement les tubes : le mouvement peut favoriser la formation de mousse ou l’hémolyse.21
Les hémocultures répondent à un protocole spécifique : volume à prélever, désinfection des bouchons et prévention des faux positifs sont détaillés dans notre guide dédié aux hémocultures.
Étape 6 : retrait de l’aiguille et sécurisation
- Poser une compresse sèche sur le site sans appuyer.
- Retirer délicatement l’aiguille et appliquer immédiatement une pression avec la compresse.
- Activer immédiatement le mécanisme de sécurité du dispositif.
- Éliminer sans délai dans le collecteur pour objets perforants (OPCT) placé à portée de main.
Ne jamais recapuchonner, plier ou casser l’aiguille. Ne pas désadapter à la main l’aiguille du corps de prélèvement.
Étape 7 : compression, pansement et traçabilité
- Maintenir une compression douce, bras tendu et non plié, jusqu’à l’arrêt du saignement (environ 2 minutes en routine, jusqu’à 10 minutes sous anticoagulant).4
- Poser un pansement adhésif ou compressif.
- Homogénéiser à nouveau chaque tube en réalisant au moins 4 inversions supplémentaires, soit au moins 5 inversions au total.4 Adapter ensuite le nombre de retournements aux recommandations du fabricant et selon le tube utilisé.
- Éliminer les déchets selon la filière de tri de l’établissement.
- Retirer les gants et effectuer une FHA.
Avant de quitter la chambre du patient, vérifier l’arrêt du saignement, l’absence de complication immédiate et la bonne tolérance du prélèvement. Réinstaller le patient confortablement.
Traçabilité et acheminement
- Vérifier une dernière fois l’identification des tubes et leur concordance avec la prescription et l’identité du patient.
- Placer les tubes dans le conditionnement de transport prévu par le laboratoire.
- Acheminer les prélèvements rapidement au laboratoire (ou contacter le technicien de laboratoire en charge de transport), à température ambiante sauf indication particulière, en respectant les délais et conditions propres aux analyses.
- Tracer le prélèvement dans le dossier patient selon la procédure de l’établissement : date et heure, examens réalisés, identité du préleveur et éventuelles difficultés ou non-conformités.
Complications pendant le prélèvement et conduite à tenir
Le prélèvement veineux, bien que courant, comporte des risques de complications. L’infirmier(e) doit savoir identifier rapidement les signes d’alerte et adapter sa conduite pour préserver la sécurité du patient.
Le sang ne s’écoule pas ou ou arrête de s’écouler
L’absence d’écoulement évoque un mauvais positionnement de l’aiguille dans la veine :
- Vérifier le positionnement de l’aiguille dans la veine.4
- Repositionner légèrement l’aiguille vers l’avant ou vers l’arrière si nécessaire.4
- Ne pas déplacer latéralement la pointe (risque de lésion tissulaire).5
- Retirer légèrement l’aiguille sans la faire sortir de la peau, puis modifier son angle ou sa direction.5
- Libérer le garrot, retirer l’aiguille et choisir un nouveau site si le prélèvement reste infructueux.
Ne pas multiplier les tentatives : au-delà de deux échecs, solliciter un(e) collègue ou choisir une autre méthode.
Hématome pendant la ponction
L’apparition rapide d’un gonflement évoque une fuite de sang dans les tissus (extravasation) avec formation d’un hématome.
- Interrompre immédiatement le prélèvement.
- Retirer le garrot, puis l’aiguille.
- Appliquer une pression directe sur le site avec une compresse jusqu’à l’arrêt du saignement.
- Surveiller l’évolution locale et rassurer le patient.
Douleur ou paresthésies
Une douleur vive ou électrique, des fourmillements ou un engourdissement pendant la ponction peuvent évoquer une irritation ou une lésion nerveuse.22
- Retirer immédiatement l’aiguille, sans chercher à la repositionner.
- Rassurer le patient.
- Demander un avis médical si les symptômes sont importants ou persistent plus de 24 heures.22
- Tracer l’événement selon la procédure de l’établissement.
Ponction artérielle accidentelle
Un remplissage inhabituellement rapide (ou pulsatile) du tube, la présence d’un sang rouge vif ou la formation rapide d’un hématome doivent faire suspecter une ponction artérielle accidentelle.22
- Interrompre immédiatement le prélèvement et retirer le garrot, puis l’aiguille.
- Exercer une pression ferme et continue pendant au moins 5 minutes, ou jusqu’à l’arrêt complet du saignement.22
- Prolonger la compression en cas de risque hémorragique accru.
- Surveiller le site et l’apparition d’un hématome.
- Prévenir le médecin et tracer l’événement.
Malaise vagal
Une pâleur, des sueurs, des vertiges, une sensation de faiblesse ou une modification du comportement peuvent précéder un malaise vagal susceptible d’aller jusqu’à la syncope.
- Interrompre immédiatement le prélèvement et sécuriser le dispositif.
- Allonger le patient ou incliner le fauteuil en arrière.
- Desserrer les vêtements gênants.
- Maintenir le patient allongé jusqu’à récupération complète.
Piqûre accidentelle du soignant (AES)
En cas d’accident d’exposition au sang, appliquer sans délai la procédure interne de l’établissement.
Erreurs pré-analytiques et non-conformité
Une erreur pré-analytique peut modifier les résultats ou rendre l’échantillon inexploitable, ce qui impose un nouveau prélèvement.
Les principales erreurs à éviter : 4,22
- Erreur d’identification du patient ou du tube.
- Non-respect des conditions pré-analytiques demandées (jeûne, horaire, préparation particulière).
- Utilisation d’un tube inadapté ou non-respect de l’ordre de prélèvement.
- Remplissage insuffisant d’un tube, particulièrement critique pour le tube citraté.
- Garrot maintenu trop longtemps ou serrage/pompage répété du poing.
- Prélèvement contaminé ou dilué par une perfusion.
- Homogénéisation insuffisante (formation de caillots) ou agitation vigoureuse (hémolyse).
- Hémolyse, caillots ou volume insuffisant, pouvant conduire au rejet de l’échantillon.
- Délai ou conditions d’acheminement inadaptés aux analyses demandées.
En cas de non-conformité, ne pas chercher à la corriger seul. La signaler et contacter le laboratoire pour déterminer si l’échantillon reste exploitable ou si un nouveau prélèvement est nécessaire.
Conseils de professionnel(le)s de santé
Les recommandations officielles décrivent la règle, l’expérience clinique affine le geste. Cinq professionnel(le)s partagent des réflexes issus de leur pratique, en cohérence avec les référentiels présentés dans cet article.
« Le succès du soin réside dans une bonne préparation »
Le succès du soin réside dans une bonne préparation du geste : le matériel nécessaire doit être préparé (tubes, nombre de tubes en fonction des examens demandés, plusieurs aiguilles…) pour éviter les allées et venues dans la salle de soins.
Un acte non réussi ne signifie pas que l’infirmier(e) n’est pas compétent(e). Il faut savoir passer la main si le capital veineux du patient est difficile, voire reconsidérer l’intérêt de l’acte auprès du médecin prescripteur.
Badia JABRANE – Directrice pédagogique
« Prévoir deux aiguilles dès le départ »
En cas d’échec du prélèvement, il est impératif d’utiliser une nouvelle aiguille pour éviter tout risque de contamination et limiter l’inconfort du patient. Il est recommandé d’anticiper cette éventualité en prévoyant deux aiguilles dès le départ.
Marielle LABORDE – Formatrice
« Prendre le temps de palper la veine »
Une bonne connaissance du réseau veineux et artériel facilite le repérage et limite les erreurs. Le dialogue avec le patient influence directement le déroulement du geste : plus il est détendu, plus la ponction sera aisée. Tout soignant, même expérimenté, peut rater une prise de sang. L’important est de savoir évaluer la situation et passer la main si nécessaire, sans insister inutilement.
Le confort du patient dépend aussi de celui du soignant. Une bonne posture et une installation stable permettent un geste plus précis.
Enfin, le choix de la veine repose autant sur la palpation que sur l’observation. Celles qui paraissent les plus visibles ne sont pas toujours les plus adaptées. Prendre le temps de palper permet d’identifier une veine stable et souple, qui offre de meilleures conditions pour le prélèvement.
Isabelle BATAILLE – Cadre de santé et formatrice en IFSI
« Ne pas hésiter à se lancer, ni à passer la main »
Le prélèvement veineux est un geste courant et souvent plutôt facile, mais les échecs sont bien évidemment possibles. Avoir et prendre le temps d’une bonne installation pour soi et le patient aident grandement le geste. Ne pas hésiter à se lancer, mais également à demander conseil, voire à passer la main si un patient semble avoir un abord veineux plus difficile.
Aude PALLIER – Formatrice et référente en santé
« Vérifiez si vous n’avez pas traversé la veine »
Si vous pensez être dans la veine, mais que le sang ne coule pas, il est possible que vous ayez traversé les deux parois de la veine. Si vous décidez de retirer l’aiguille pour un nouveau prélèvement, faites-le doucement et en laissant un tube branché : parfois, le sang commence à couler au moment du retrait. Rien de plus frustrant que de se rendre compte que l’on était bien positionné, mais que l’aiguille a été retirée trop vite.
De même, en clipsant un nouveau tube, il arrive que l’aiguille s’enfonce légèrement dans la veine, interrompant l’écoulement du sang. Dans ce cas, il suffit souvent de reculer l’aiguille de 1 mm pour que le prélèvement reprenne normalement.
Enfin, pensez toujours à desserrer le garrot avant de retirer l’aiguille.
Marouan BENNANI – Médecin biologiste
Remerciements
Nous remercions Isabelle BATAILLE (cadre de santé et formatrice en IFSI), Aude PALLIER (formatrice et référente en santé), Marielle LABORDE (formatrice en santé), Badia JABRANE (directrice pédagogique) pour leur relecture et leurs conseils issus de la pratique, Carole PALLARES (infirmière hygiéniste) pour sa relecture et Marouan BENNANI (médecin biologiste) pour ses conseils cliniques.
Chez Réussis ton IFSI, nous nous engageons à proposer des contenus fiables et conformes aux recommandations en vigueur. En complément de l’expertise de notre équipe, nous sollicitons des professionnel(le)s extérieur(e)s qualifié(e)s qui enrichissent nos articles de leur regard clinique.
Références bibliographiques
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- Code de la santé publique (2026). Article R4311-6.
- Ministère de la Santé (2026). Arrêté du 26 juin 2026 fixant la liste des produits de santé et examens complémentaires que les infirmiers diplômés d’État sont autorisés à prescrire ou à renouveler.
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