Le rinçage pulsé, ou rinçage par poussées successives, est un soin courant en pratique infirmière. Il consiste à injecter une solution stérile dans un cathéter par pressions répétées sur le piston d’une seringue.
Bien réalisé, ce geste permet de maintenir la perméabilité de l’accès vasculaire et de limiter le contact entre des médicaments incompatibles. Mal réalisé, il expose à un risque infectieux.
Ce guide précise quand rincer, avec quelle seringue et quel volume, puis détaille la technique et les erreurs à éviter. Il présente aussi les particularités de chaque dispositif : MID-Line, cathéter central à insertion périphérique (PICC-Line), voie veineuse centrale (VVC) et chambre implantable. Il s’adresse aux étudiant(e)s en soins infirmiers (ESI) comme à l’infirmier(e) en exercice.
Principe et objectifs du rinçage pulsé d’un cathéter
Le rinçage pulsé délivre du chlorure de sodium (NaCl) 0,9 % par courtes poussées successives pour créer des turbulences dans le cathéter. Recommandé par la Société Française d’Hygiène Hospitalière (SF2H), il permet notamment de maintenir la perméabilité et de prévenir les incompatibilités physico-chimiques entre les différents thérapeutiques.1
Le rinçage des dispositifs intravasculaires (DIV) poursuit plusieurs objectifs1 :
- Vérifier la bonne position et la perméabilité du dispositif.
- Réduire, voire éliminer, la colonisation de la lumière du cathéter.
- Maintenir l’accès perméable, notamment en limitant le risque de thrombus.
- Garantir l’administration de la dose totale chez certains patients comme l’enfant.
- Prévenir les incompatibilités physico-chimiques entre deux médicaments, ou après une transfusion de produits sanguins labiles (PSL) ou une nutrition parentérale.
| Remarque : La recommandation SF2H de 2024 retient le NaCl 0,9 % injectable stérile1 alors que l’ancienne recommandation mentionnait le glucose 5 % en cas d’incompatibilité avec le NaCl2, mais cette précision ne figure plus dans la version modifiée. Si une incompatibilité est connue ou suspectée, la solution de rinçage doit être vérifiée pour le médicament concerné avant l’administration. |
Créer des turbulences dans la lumière du cathéter
Les recommandations anglophones appellent ce geste « push-pause ». Les poussées ont pour but de créer des turbulences dans la lumière du cathéter et de décrocher les dépôts présents sur sa paroi.3 Le rinçage en débit libre n’est pas considéré efficace.1
Ces dépôts peuvent favoriser la formation d’un biofilm facteur de risque d’infection, mais la SF2H souligne toutefois que les preuves d’un effet du rinçage des lignes sur la prévention des infections liées aux cathéters sont peu fiables.1
| Evidence-based nursing (EBN) Ce qu’on entend souvent « Le rinçage pulsé est plus efficace qu’un rinçage continu. » Ce que disent les données Une étude menée en laboratoire a montré que dix poussées de 1 mL, espacées de 0,4 seconde, retirent 90 % de l’albumine déposée sur la paroi d’un cathéter et une seule injection de 10 mL en retire au mieux 79 %.4 Chez 71 adultes porteurs d’une voie veineuse périphérique (VVP), un essai randomisé n’a pas trouvé de différence de perméabilité à 96 heures entre poussées successives et injection continue du même volume.5 Une revue de portée (ou scoping review en anglais) composée de 39 études, publiée en 2025, ne trouve aucun consensus sur la technique optimale et souligne le manque de preuves cliniques cohérentes.6 À retenir La SF2H maintient sa recommandation de rinçage pulsé en précisant le faible niveau de preuve1, mais sa supériorité chez le patient n’est pas démontrée. |
Connexion proximale et connexion distale
Selon la connexion utilisée, la SF2H nomme deux rinçages, qui n’ont pas le même objectif principal1 :
- Le rinçage du cathéter se fait sur la connexion proximale, qui relie le cathéter à la ligne principale pendant toute sa durée de vie. Il sert d’abord à préserver la perméabilité.
- Le rinçage de la ligne se fait sur une connexion distale, c’est-à-dire toute autre connexion du montage. Il permet de prévenir les risques d’incompatibilités physico-chimiques d’origine médicamenteuse et de garantir l’administration de la totalité des médicaments perfusés.
Les indications et la technique de rinçage sont communes, mais les précautions d’asepsie dépendent de la connexion et du dispositif manipulé1 :
- Connexion proximale d’un cathéter central ou d’un MID-Line avec prolongateur intégré2 : une tenue professionnelle propre, un masque chirurgical et des gants stériles pour l’opérateur, ainsi qu’un masque chirurgical pour le patient.
- Connexion distale, quel que soit le cathéter : manipulation de façon aseptique1, avec des gants de soins à usage unique, comme pour tout accès vasculaire direct7.
| Cas particulier de la VVP Sur une voie veineuse périphérique (VVP), toutes les connexions sont manipulées de façon aseptique : friction hydroalcoolique juste avant le geste et désinfection de la connexion avec une compresse stérile imprégnée d’alcool à 70 %.2 La ligne ne doit pas être déconnectée à l’embase du cathéter, car « toute déconnexion au niveau de l’embase du cathéter nécessite son retrait et celui de la ligne de perfusion ».2 Pour une VVP sans prolongateur intégré utilisée en discontinu, un prolongateur court muni d’un robinet 3 voies doit être installé pour effectuer les manipulations à distance de l’embase du cathéter. |
Quand rincer le cathéter selon son utilisation
Le moment du rinçage pulsé dépend de l’utilisation du cathéter. Sur un cathéter utilisé en continu, certaines situations imposent un rinçage systématique (transfusion, produit lipidique) mais après une autre administration médicamenteuse, il est réalisé « dans la mesure du possible ».1 Sur un cathéter utilisé ponctuellement (aussi appelé « cathéter obturé »), le rinçage est systématique avant et après son utilisation.1
Utilisation continue du cathéter
Lorsque la ligne principale est utilisée en permanence (comme pour une hydratation sur 24 heures), le rinçage pulsé est systématique après une transfusion, une nutrition parentérale, un soluté médicamenteux lipidique et un prélèvement sanguin.1
Après chaque autre injection ou perfusion médicamenteuse, il est réalisé « dans la mesure du possible ».1
Utilisation discontinue du cathéter
Un dispositif utilisé en discontinu ne reçoit pas de perfusion permanente. Il est utilisé ponctuellement pour administrer un traitement. Le rinçage pulsé doit être réalisé avant et après son utilisation (au branchement et au débranchement).1
Faut-il programmer des rinçages à intervalles réguliers ?
Deux essais pilotes sur VVP, menés auprès de 160 adultes8 et 55 enfants9, n’ont pas trouvé de différence significative de défaillance du cathéter entre un rinçage toutes les 6 heures et un rinçage toutes les 24 heures.
Ces résultats ne remettent pas en cause les rinçages indiqués avant et après l’utilisation du cathéter.
Volume de rinçage et capacité de la seringue
La SF2H recommande une seringue d’une capacité d’au moins 10 mL, contenant 10 mL de NaCl 0,9 % injectable.1 La capacité de la seringue et le volume administré sont deux paramètres distincts. Le volume injecté peut être adapté à la situation du patient.
Une seringue d’au moins 10 mL pour limiter la pression
Plus la capacité de la seringue est petite, plus la pression exercée dans le cathéter augmente et cette surpression peut l’endommager, le déconnecter ou le rompre.1
Un volume de 10 mL, adapté selon le patient
Le volume recommandé en France est de 10 mL1 alors que L’Infusion Nurses Society (INS) propose un volume minimal égal à deux fois le volume interne du cathéter et de ses accessoires, à adapter selon le dispositif, le patient et le traitement3.
Deux études sur VVP ont comparé 3 mL et 10 mL :
- Chez 55 enfants, les défaillances du cathéter étaient significativement plus fréquentes avec 3 mL.9
- Chez 160 adultes, la différence n’était pas statistiquement significative.8
Ces essais pilotes ne permettent pas de fixer un volume optimal pour tous les patients.
Chez l’enfant ou en cas d’insuffisance cardiaque ou rénale, la SF2H prévoit d’adapter le volume administré pour éviter une surcharge liquidienne.1
| Pourquoi entend- on parfois 20 mL après un prélèvement sanguin ? En 2019, la SF2H proposait, « si possible », 20 mL après un prélèvement sanguin.2 Son avis de 2024 retient 10 mL dans tous les cas, y compris après un prélèvement ou une transfusion : les études ne permettent pas de trancher, et 10 mL correspond aux seringues préremplies disponibles.1 |
Matériel nécessaire pour effectuer un rinçage pulsé
L’infirmier(e) rassemble le matériel avant de manipuler le cathéter et prévoit une seringue à usage unique par rinçage. Les accessoires et la tenue sont adaptés au dispositif vasculaire ou au type de connexion manipulée (proximale ou distale).
| Catégorie | Matériel |
| Solution et seringue | – Une seringue stérile à usage unique par rinçage prévu d’une capacité ≥ 10 mL contenant 10 mL de chlorure de sodium injectable stérile à 0,9 % |
| Hygiène et asepsie | – Solution hydroalcoolique – Compresses stériles – Solution antiseptique alcoolique (alcool à 70 %)2 |
| Protection et tenue | – Gants de soins à usage unique (pour une connexion distale ou une VVP) – Tenue professionnelle propre, masque chirurgical et gants stériles pour l’opérateur, masque chirurgical pour le patient (pour une connexion proximale) |
| Accès vasculaire | – Bouchon obturateur stérile neuf si l’accès ou un robinet est ouvert |
| Plan de travail et déchets | – Plateau ou plan de travail propre et désinfecté selon les bonnes pratiques d’hygiène – Sac de collecte des déchets non perforants |
Réaliser un rinçage pulsé étape par étape
Avant d’entrer dans la chambre, l’infirmier(e) prépare le matériel : une seringue préremplie de NaCl 0,9 % ou, à défaut, une seringue de NaCl 0,9 % prélevée selon les règles de préparation d’un médicament injectable, juste avant le soin.
Étape 1 : vérifier le montage et accéder à la connexion
- Effectuer une hygiène des mains par friction hydroalcoolique (FHA) selon les 7 étapes recommandées, pendant 20 à 30 secondes.10
- Vérifier que le traitement ponctuel est terminé. S’il est administré par une poche, clamper la tubulure de cette perfusion. S’il est administré par un pousse-seringue électrique (PSE), l’arrêter.
- Vérifier le montage et repérer la connexion utilisée pour le traitement ponctuel. Si une pompe ou un pousse-seringue contrôle une partie de la ligne, évaluer le risque de bolus avant tout rinçage.1
Étape 2 : enfiler l’équipement de protection
- Adapter la tenue à la connexion manipulée.
- Connexion distale, quel que soit le cathéter : effectuer une friction hydroalcoolique, puis enfiler des gants de soins à usage unique.
- Connexion proximale d’un cathéter central ou d’un MID-Line avec prolongateur intégré : porter une tenue professionnelle propre et un masque chirurgical, faire porter un masque chirurgical au patient. Effectuer ensuite une friction hydroalcoolique, puis enfiler des gants stériles.
Étape 3 : réaliser l’antisepsie du site d’injection
| Manipulation proximale et gants stériles Lors d’une manipulation proximale, l’infirmier(e) tient le corps de la seringue avec ses gants stériles. Il ou elle manipule le raccord à l’aide d’une compresse stérile, sans le toucher directement avec ses gants. L’embout de la seringue, lui, ne doit jamais être touché afin de préserver sa stérilité. |
- Débrancher la tubulure du traitement ponctuel à la connexion prévue, en manipulant le raccord avec une compresse stérile imprégnée d’alcool à 70 %.11
- Réaliser une antisepsie du port d’accès selon le dispositif utilisé.
- Valve bidirectionnelle : effectuer une friction du septum et du pas de vis avec une compresse stérile imprégnée d’alcool à 70 % pendant au moins 15 secondes, puis attendre le séchage complet.2
- Robinet trois voies dont la tubulure vient d’être débranchée : ne pas désinfecter la lumière du robinet. Maintenir sous le robinet la compresse utilisée pour le débranchement et raccorder la seringue sans délai.12
- Raccorder la seringue sans toucher les parties désinfectées.
La molette du robinet se manipule à chaque fois avec une compresse stérile imprégnée d’alcool à 70 %.2
Étape 4 : injecter par poussées successives
- Commencer par une injection douce et vérifier l’absence de résistance, de douleur, de gonflement ou de fuite. Si une résistance apparaît, interrompre le rinçage et réévaluer l’accès.3
- Injecter la solution par poussées successives, séparées de brèves pauses.1
- Réaliser le rinçage à la même vitesse que l’injection du médicament après une injection intraveineuse directe (IVD) afin d’éviter l’administration brutale du produit restant dans la ligne (tant que le rinçage chasse le médicament encore présent dans le dispositif).3
Étape 5 : terminer et fermer l’accès
- Terminer le rinçage, puis respecter l’ordre de clampage et de déconnexion prévu pour le connecteur utilisé.
- Poser un bouchon obturateur stérile neuf si un bouchon a été retiré au cours du soin.
- Éliminer immédiatement les seringues et les autres déchets dans les filières prévues et nettoyer le plan de travail.
- Retirer les gants puis effectuer une FHA.
Rincer un MID-Line, un PICC-Line, une VVC ou une chambre implantable
Sur tous les cathéters, le rinçage pulsé suit la même technique : 10 mL de NaCl 0,9 % par poussées successives.1 La tenue dépend de la connexion manipulée : proximale ou distale.
Comment rincer un MID-Line ?
Un MID-Line se rince comme tout cathéter : 10 mL de NaCl 0,9 % par poussées successives1, mais ses règles de manipulation dépendent de sa conception2 :
- Sans prolongateur intégré : il est recommandé de le manipuler selon les mêmes règles qu’un cathéter veineux court.
- Avec prolongateur intégré : il est recommandé de le manipuler selon les mêmes règles qu’un PICC-Line, avec masque et gants stériles pour la connexion proximale.
- Connexion distale : manipulation aseptique, avec des gants non stériles, dans les deux cas.
Comment rincer un PICC-Line ?
Le PICC-Line se rince avec 10 mL de NaCl 0,9 % par poussées successives1 et la procédure change selon la connexion utilisée13 :
- Connexion proximale : tenue professionnelle propre, masque chirurgical (patient et soignant) et gants stériles pour l’opérateur.
- Connexion distale : manipulation aseptique, avec des gants de soins.
- PICC-Line non utilisé : rinçage systématique à chaque réfection du pansement (soit tous les 7 jours)1.
| Remarque : Le guide SF2H de 2013 sur le PICC-Line prévoyait 20 mL de NaCl 0,9 % après un produit visqueux (PSL, lipides, mannitol ou produit de contraste).13 L’avis SF2H de 2024, plus récent et applicable aux cathéters centraux, retient 10 mL quelle que soit la thérapeutique administrée.1 Cet article suit la recommandation la plus récente. En pratique, le protocole de l’établissement précise le volume à utiliser. |
Comment rincer une voie veineuse centrale
La recommandation de rinçage pulsé de la SF2H est transposable aux cathéters veineux centraux (à l’exclusion de la néonatalogie)1 :
- Connexion proximale : tenue professionnelle propre, masque chirurgical (patient et soignant) et gants stériles pour l’opérateur.
- Connexion distale : manipulation aseptique, avec des gants de soins.
Comment rincer une chambre implantable ?
La chambre implantable se rince avec 10 mL de NaCl 0,9 % par poussées successives, à l’aide d’une seringue d’au moins 10 mL et la procédure change selon la connexion utilisée14 :
- Connexion proximale : tenue professionnelle propre, masque chirurgical (patient et soignant) et gants stériles pour l’opérateur.
- Connexion distale : manipulation aseptique, avec des gants de soins.1
- Après chaque traitement : rinçage systématique, en vérifiant l’absence de résidus visibles dans les tubulures et les connexions.
- Après une vérification du reflux sanguin : rinçage immédiat.
- Après un prélèvement sanguin : rinçage immédiat.
- Avant le retrait de l’aiguille : rinçage systématique.
Le prélèvement, le rinçage et le clampage en pression positive sont détaillés dans notre guide sur le prélèvement sanguin sur chambre implantable.
Une pratique de rinçage qui a évolué en 2024
Depuis l’avis SF2H de 2024, 10 mL de NaCl 0,9 % suffisent, y compris après un prélèvement sanguin. Les recommandations antérieures prévoyaient jusqu’à 20 mL dans certaines situations.
Un protocole de service rédigé avant 2024 peut donc encore indiquer ce volume. Vérifier sa date de mise à jour permet d’appliquer la consigne en vigueur.
Remerciements
Nous tenons à remercier Isabelle BATAILLE (cadre de santé et formatrice en IFSI), Aude PALLIER (formatrice et référente en santé), Marielle LABORDE (formatrice en santé), Badia JABRANE (cadre de santé et directrice pédagogique) et Carole PALLARES (infirmière hygiéniste) pour leur relecture et leur contribution à la qualité pédagogique des contenus.
Chez Réussis ton IFSI, nous nous engageons à proposer des contenus fiables et conformes aux recommandations en vigueur. En complément de l’expertise de notre équipe, nous sollicitons des professionnel(le)s extérieur(e)s qualifié(e)s qui enrichissent nos articles de leur regard clinique.
Références bibliographiques
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- Recommandations professionnelles par consensus formalisé d’experts – Prévention des infections associées aux chambres à cathéter implantables pour accès veineux – 2012 [Internet]. [cité le 30 septembre 2026].