La perfusion sous-cutanée, ou hypodermoclyse, permet d’administrer des solutés et des médicaments directement dans le tissu sous-cutané. Cette voie constitue une alternative à la perfusion intraveineuse, notamment en cas d’accès veineux difficile, fréquent en gériatrie et en soins palliatifs.

Pour l’infirmier(e), sa mise en place repose sur des compétences précises : choix du site d’injection, pose du cathéter, adaptation du débit et surveillance du site de perfusion. La perfusion sous-cutanée est notamment utilisée pour la réhydratation et l’administration de traitements.

Ce guide détaille les indications, le matériel, la technique de pose, la gestion de la perfusion et les complications à surveiller. Il s’adresse aux étudiant(e)s infirmier(e)s (ESI) et aux infirmier(e)s souhaitant maîtriser cette pratique.

La perfusion sous-cutanée : définition et principes

La perfusion sous-cutanée correspond à l’administration de liquides dans l’hypoderme, la couche profonde située sous le derme. Le liquide se diffuse dans ce tissu, puis passe progressivement dans la circulation sanguine.

Son absorption est plus lente que par voie intraveineuse, avec une biodisponibilité variable selon les molécules. Certaines substances hydrosolubles présentent une biodisponibilité élevée après administration sous-cutanée.1

L’hypodermoclyse en pratique clinique

En pratique, le soluté ou le médicament est administré dans le tissu sous-cutané à l’aide d’un cathéter adapté. L’hypoderme permet une diffusion lente et continue, adaptée aux besoins d’hydratation ou d’administration médicamenteuse.2

→ Le terme hypodermoclyse désigne initialement la perfusion de fluides pour traiter une déshydratation, mais s’applique par extension à toute administration par cette voie.

Elle est réalisée de manière continue ou discontinue. Il s’agit d’une voie parentérale extravasculaire, caractérisée par une administration en dehors du compartiment vasculaire.

Elle se distingue de la technique d’injection sous-cutanée directe (bolus) par sa durée d’administration : pour être qualifiée de perfusion, l’administration doit durer au moins 15 minutes.3

Tissu sous-cutané et absorption du soluté

L’hypoderme est traversé par un réseau de capillaires sanguins et de vaisseaux lymphatiques. C’est ce réseau qui assure l’absorption du soluté.

Schéma anatomique des couches de la peau avec épiderme, derme, hypoderme, capillaires et tissu adipeux

Le liquide injecté se répand d’abord dans l’espace interstitiel, puis est capté par les parois capillaires pour rejoindre la circulation systémique.4.5

Les indications de la perfusion sous-cutanée

La perfusion sous-cutanée (SC) est indiquée lorsque la voie orale et la voie intraveineuse sont impraticables ou insuffisantes. Ses indications et avantages principaux se concentrent en gériatrie, en soins palliatifs et à domicile.

Déshydratation légère à modérée

L’hydratation sous-cutanée est privilégiée pour traiter ou prévenir une déshydratation légère à modérée.5.6 

On la retrouve dans les situations suivantes : 5.6.7

  • Déshydratation légère à modérée liée à des troubles de la déglutition (dysphagie), des diarrhées, des nausées ou des vomissements.

  • Prévention de la déshydratation lors d’épisodes de canicule ou de maladies aiguës.

  • Dénutrition légère à modérée nécessitant un apport hydrique et glucidique de base quand l’accès veineux est impossible ou mal toléré.

Contextes cliniques spécifiques 

La technique est indiquée pour préserver le confort du patient et son autonomie dans des contextes spécifiques : 5.8.9.10

  • Épuisement du capital veineux ou difficultés d’accès vasculaire périphérique.

  • Troubles cognitifs ou agitation : le cathéter peut être inséré en région scapulaire, zone peu accessible au patient, ce qui limite le risque d’arrachement accidentel.

  • Maintien à domicile : la simplicité de pose et le faible risque de complications (infectieuses, arrachages) permettent d’éviter l’hospitalisation et facilitent les soins par des intervenants libéraux ou des proches formés.

L’administration de certains médicaments

Le choix des molécules repose sur leurs caractéristiques physico-chimiques (hydrosolubilité, pH compatible avec le tissu sous-cutané et faible viscosité), mais aussi sur le contexte clinique, la tolérance individuelle du patient et le protocole du service.4

Antalgiques et sédatifs (perfusion continue via pousse-seringue électrique ou pompe) : 2.11

  • Morphine, oxycodone, fentanyl.
  • Midazolam.
  • Néfopam, paracétamol.

Autres molécules utilisées en perfusion SC : 3

  • Furosémide (dyspnée en phase avancée d’insuffisance cardiaque ou de pathologie chronique).
  • Ondansétron (nausées et vomissements).
  • Méthylprednisolone (corticothérapie).
  • Immunoglobulines (souvent via tubulures bifurquées sur plusieurs sites).

→ Cette liste n’est pas exhaustive : certaines molécules sont utilisées hors autorisation de mise sur le marché (AMM) en voie sous-cutanée. Il convient donc de se référer systématiquement aux protocoles du service et aux recommandations institutionnelles en vigueur.

Antibiothérapie par perfusion sous-cutanée

L’antibiothérapie par perfusion sous-cutanée est largement utilisée, notamment en gériatrie et en infectiologie, avec 96 % des praticien(ne)s qui déclarent y recourir.12 

Cette voie reste toutefois majoritairement hors AMM, ce qui a conduit la SPILF (La Société de Pathologie Infectieuse de Langue Française) et la SFGG (Société Française de Gériatrie et Gérontologie) à publier des recommandations en 2025 pour en encadrer l’usage : 12

  • Certains antibiotiques sont adaptés à la voie sous-cutanée, notamment ceux dont l’efficacité dépend de la durée d’exposition dans l’organisme.

  • L’administration se fait en perfusion de 30 à 60 minutes, avec des posologies identiques à la voie IV, sans injection directe. 

  • La prescription doit mentionner la modalité « hors AMM », l’information délivrée au patient et le rapport bénéfice/risque favorable. L’accord du patient doit figurer dans le dossier.

Contre-indications à la perfusion sous-cutanée

Les contre-indications se répartissent en contre-indications absolues (souvent liées à l’urgence ou à l’état hémodynamique), locales (choix du site) et à l’utilisation de médicaments incompatibles.

Situations d’urgence et état clinique général

La voie SC présente un débit limité (voir paragraphe ci-dessous « Débit et volume de la perfusion sous-cutanée ») et une absorption plus lente qu’avec la voie IV.7.10

Elle est formellement contre-indiquée dans les situations suivantes, soit parce qu’elle est inadaptée à l’urgence hémodynamique, soit parce qu’elle est insuffisante pour répondre aux besoins cliniques du patient : 2.6.7.10

  • État de choc ou collapsus circulatoire : inefficacité due à une mauvaise circulation périphérique et une perfusion tissulaire réduite.

  • Déshydratation sévère ou troubles électrolytiques graves nécessitant une réhydratation IV rapide.

  • Insuffisance cardiaque décompensée ou insuffisance rénale sévère (risque de surcharge liquidienne).
  • Anasarque (état d’œdème généralisé et massif).

  • Dénutrition sévère : la voie sous-cutanée ne permet pas de nourrir complètement et de façon satisfaisante le patient.

  • Thrombopénie sévère ou troubles graves de la coagulation.

Remarque :6

Chez les patients sous anticoagulants à dose curative, la voie sous-cutanée est possible, mais nécessite une évaluation du rapport bénéfice/risque.

Contre-indications locales et choix du site

Certains sites d’insertion sont contre-indiqués en raison de leur localisation anatomique ou de l’état cutané : 6.9.11.13

  • Peau altérée : zones infectées (cellulite), inflammatoires, brûlées, présentant des lésions cutanées étendues (dermatose), des cicatrices, des nodules ou une lipodystrophie.

  • Côté homolatéral à un pacemaker, une chambre implantable, une fistule artério-veineuse, ou un membre présentant une phlébite.

  • Sur le bras en cas de curage ganglionnaire axillaire ou de radiothérapie récente du même côté.

  • Face antérieure des cuisses chez un patient agité (risque d’arrachement).

Solutés et médicaments incompatibles

Certains solutés et médicaments sont contre-indiqués par voie sous-cutanée en raison d’un risque de toxicité locale ou de mauvaise tolérance tissulaire : 2.6

  • Solutés hypertoniques : risque de nécrose cutanée.

  • Glucose 5 % sans électrolytes : risque de choc ou d’œdème par défaut de résorption.

  • Chlorure de potassium (KCl) : toxicité tissulaire (utilisation à éviter ou strictement limiter, avec une vigilance particulière quant au débit d’administration).

  • Autres médicaments à risque de toxicité tissulaire : diazépam, chlorpromazine.

Cadre législatif de la perfusion sous-cutanée

La perfusion SC relève du rôle prescrit et du rôle propre de l’IDE. Savoir distinguer les deux protège l’infirmier(e) sur le plan juridique.

Un soin sur prescription médicale obligatoire

L’article R4311-7 du CSP habilite l’infirmier(e) à réaliser injections et perfusions sur prescription médicale ou protocole médical écrit, qualitatif et quantitatif, daté et signé.14

La prescription doit mentionner la dénomination du médicament, la posologie, le mode d’administration et la durée de traitement.15.16

Traçabilité et surveillance : deux obligations distinctes

Chaque perfusion fait l’objet d’un compte-rendu écrit, daté et signé par l’infirmier(e), transcrit dans le dossier de soins infirmiers.

La surveillance relève du rôle propre selon l’article R4311-5 du CSP :  « surveillance des scarifications, injections et perfusions mentionnées ».17

La surveillance infirmière s’inscrit dans un suivi médical global et tout signe d’alerte impose un signalement au médecin prescripteur.

Matériel nécessaire pour une perfusion sous-cutanée

L’ensemble du matériel utilisé est stérile et à usage unique. Vérifier l’intégrité de chaque emballage et la date de péremption avant le soin.

CatégorieÉléments
Hygiène– SHA
Antisepsie cutanée– Savon doux stérile si peau souillée
– Chlorhexidine alcoolique
– Compresses stériles
– Tondeuse si nécessaire
Dispositif d’accès– Cathéter souple sécurisé 22G ou 24G (les aiguilles épicrâniennes sont contre-indiquées pour la perfusion sous-cutanée)7
– Poche ou flacon de soluté
– Perfuseur avec chambre compte-gouttes
– Prolongateur avec valve ou robinet
– Pansement transparent semi-perméable stérile
– Bandelettes adhésives stériles
Élimination– Conteneur OPCT (filière DASRI)
– Sac adapté à l’élimination des déchets

→ Le choix entre chlorhexidine et polyvidone iodée ne peut pas être tranché en l’absence de données spécifiques aux cathéters sous-cutanés. Toutefois, les études menées sur les voies veineuses, notamment centrales, orientent vers l’utilisation de la chlorhexidine alcoolique.7

→ La SF2H et le GERES recommandent de ne pas porter de gants lors de la pose d’un cathéter sous-cutané, dans le cadre des précautions standard. Le port de gants non stériles à usage unique reste indiqué en cas de peau lésée du soignant ou du patient.18

Plateau avec dispositif de perfusion sous-cutanée incluant poche NaCl, perfuseur, cathéter, pansement et antiseptique

Choix du site de pose du cathéter sous-cutané

La localisation du site d’insertion tient compte de l’épaisseur du tissu adipeux (minimum 1 à 2,5 cm) et des capacités d’absorption du tissu interstitiel : 7.11.19

SiteZone préciseParticularités
AbdomenRégion abdominale latérale
Éviter la zone péri-ombilicale (au moins 2,5 cm autour de l’ombilic)
Recommandé pour le patient cachectique
CuissesFace antéro-latéraleÀ proscrire chez le patient agité
ThoraxRégion infra-claviculaire (3 travers de doigt sous la clavicule) 
Face antéro-latérale du thorax
Plutôt chez l’homme
DosRégion scapulairePatient agité ou confus
BrasFace latéraleRisque d’œdème local
Schéma des zones de pose d’un cathéter sous-cutané : thorax, abdomen, bras, cuisse et région scapulaire

→ Si le volume à administrer est important (plus de 1 500 mL par 24 h), l’utilisation simultanée de deux sites différents est conseillée.7

Poser une perfusion sous-cutanée étape par étape

  • Avant le geste, l’infirmier(e) vérifie la prescription médicale et applique la règle des 5B, parfois étendue à 7B dans certains établissements, pour sécuriser l’administration du soluté.

  • Le matériel nécessaire est rassemblé et contrôlé. 

  • Le soin est expliqué au patient avec des mots simples et son consentement est recueilli.

  • Le patient est ensuite installé confortablement selon le site de perfusion choisi, pour favoriser la tolérance du cathéter et faciliter la technique de pose.

Montage et purge de la ligne de perfusion

  • Effectuer une hygiène des mains par friction hydroalcoolique (FHA) en respectant les étapes recommandées, pour une durée minimale de 20 à 30 secondes.20

  • Préparer le matériel : ouvrir aseptiquement cathéter, compresses, pansement et tubulures sur une surface propre et désinfectée.

  • Imbiber un paquet de compresses de chlorhexidine alcoolique pour l’antisepsie cutanée, un autre pour la manipulation des raccords.

  • Raccorder la tubulure au prolongateur avec valve ou robinet à l’aide d’une compresse imbibée de chlorhexidine alcoolique.

  • Insérer le perfuseur dans la poche en maintenant l’asepsie.

  • Accrocher la poche de soluté au pied à perfusion.

  • Remplir la chambre compte-gouttes au tiers.

  • Purger la tubulure jusqu’à l’élimination de toute bulle d’air.

  • Fermer le régulateur de débit, puis suspendre l’extrémité de la tubulure sans toucher la zone de connexion.

Remarque :7.21
Toute manipulation des accès du dispositif (robinets, valves, embouts, connecteurs) nécessite une friction préalable avec une compresse stérile imprégnée d’alcool à 70°, pendant au moins 15 secondes, suivie d’un séchage spontané complet avant tout accès au système. 

La SF2H recommande en première intention l’alcool à 70° pour la désinfection des surfaces inanimées, la supériorité de la chlorhexidine alcoolique n’étant pas démontrée. 

Toutefois, l’utilisation de la chlorhexidine alcoolique pour l’ensemble des étapes, de la pose à la manipulation des raccords, reste acceptable et non contre-indiquée, notamment lorsqu’un seul produit est disponible dans le service.

Antisepsie cutanée avant la pose

  • Effectuer une FHA.

  • Procéder à une dépilation de la zone de ponction à l’aide d’une tondeuse en cas de pilosité importante.

  • Procéder à l’antisepsie cutanée avec les compresses imbibées de solution alcoolique : 7.22
    • Mouvements circulaires concentriques en un seul passage (« en escargot »).
    • Ou mouvements de va-et-vient (allers-retours).

  • Laisser sécher spontanément sans essuyer ni ventiler.

→ Si peau souillée : nettoyage au savon doux, rinçage, séchage avant l’application de la solution alcoolique.7

Insertion du cathéter sous-cutané

  • Effectuer une FHA.

  • Former un pli cutané entre le pouce et l’index sans soulever le muscle pour s’assurer de ponctionner l’hypoderme.

  • Introduire le cathéter biseau vers le haut à un angle de 30 à 45°, selon l’épaisseur du tissu sous-cutané (le cathéter est introduit complètement dans l’hypoderme).6.8

Insertion d’un cathéter sous-cutané à 30-45 degrés dans l’hypoderme avec repérage des couches cutanées
  • Relâcher le pli cutané.

  • Retirer immédiatement le mandrin en maintenant la partie souple du cathéter dans la peau, puis l’éliminer dans le collecteur OPCT.

→ En cas de reflux sanguin ou de douleur vive : retirer, comprimer, changer de site et de matériel.

Connexion, fixation et traçabilité

  • Raccorder la tubulure purgée au cathéter.

→ S’assurer que l’écoulement ne provoque pas de douleur immédiate. Un léger gonflement initial est normal.

  • Fixer le cathéter: 7 
    • Placer des bandelettes adhésives stériles au niveau de l’embase et à distance du point d’insertion.
    • Recouvrir d’un pansement stérile transparent semi-perméable pour permettre la surveillance continue du site de ponction.

→ Les recommandations SF2H 2019 relatives à la fixation par bandelettes adhésives sont formulées pour le cathéter veineux périphérique et s’appliquent ici par extension au cathéter sous-cutané, en l’absence de recommandation spécifique.

  • Noter la date et l’heure de pose sur le pansement.

  • Éliminer les déchets dans la filière adaptée.

  • Effectuer une FHA.

  • Tracer dans le dossier de soins :
    • Site d’insertion.
    • Calibre du cathéter.
    • Soluté ou médicament utilisé.
    • Débit.
    • Tolérance du patient.
    • Nom de l’opérateur.

Débit et volume de la perfusion sous-cutanée

Le débit est limité par les capacités d’absorption du tissu interstitiel. Les valeurs ci-dessous constituent des repères de pratiques issus des recommandations françaises : 7.8

ParamètreValeur recommandée
Débit usuel1 mL/min (60 mL/h) par site
Débit maximum3 mL/min (180 mL/h)
Volume max par site/24 h1 000 à 1 500 mL
Volume total max/24 h3 000 mL (2 sites simultanés)

→ Le consensus international Broadhurst et al. (J Infus Nurs, 2023) souligne que le débit et le volume doivent être adaptés à l’état clinique du patient (âge, poids, capacités d’absorption tissulaire individuelles) plutôt que d’être appliqués de façon uniforme.5

→ Vérifier régulièrement que la vitesse d’administration est conforme à la prescription. Pour les systèmes par gravité, le débit doit être réajusté si le patient change de position (assis/couché).3

Risques et complications de la perfusion sous-cutanée

Les complications de la perfusion sous-cutanée sont rares et le plus souvent bénignes lorsqu’elle est réalisée selon les bonnes pratiques. Elle présente un risque nettement plus faible de complications, comme les infections systémiques ou les phlébites, que la voie intraveineuse.4.10

Complications locales du site d’insertion

Complications les plus fréquentes : 5.7.9.11

  • Œdème local.

  • Érythème et douleur : liés à une insertion trop profonde, un débit trop rapide ou à la nature du produit.

  • Hématomes et ecchymoses : lors de la pose, particulièrement chez les patients avec une peau fragile ou sous anticoagulants.

  • Fuites et délogements : le retrait accidentel du cathéter est possible, tout comme la survenue de fuites au niveau du point de ponction.

Risques infectieux et tissulaires

Complications moins fréquentes : 4.11

  • Infections locales : cellulite ou abcès, en cas de défaut d’asepsie ou de maintien prolongé du cathéter.

  • Nécrose tissulaire : soluté hypertonique, pH extrême ou médicament contre-indiqué pour la voie SC.

Complications systémiques rares

Complications plus rares : 2.4

  • Surcharge liquidienne : œdème périphérique, insuffisance cardiaque aiguë ou œdème pulmonaire sur terrain fragilisé.

  • Déséquilibres électrolytiques : hyponatrémie.

Surveillance infirmière de la perfusion sous-cutanée

Une surveillance régulière du site et du patient permet de prévenir les complications et d’assurer la tolérance du cathéter.

Fréquence de la surveillance infirmière

  • Surveillance initiale : le débit doit être contrôlé 15 minutes après le branchement pour s’assurer de sa stabilité. Une évaluation est également conseillée 30 à 60 minutes après le début de la perfusion.3.5

  • Surveillance quotidienne : une surveillance clinique doit être réalisée au moins une fois par jour. Dans certains contextes (EHPAD, domicile), elle est préconisée lors de chaque changement d’équipe ou à chaque visite.7.11.12

Surveillance du site d’insertion et du dispositif 

L’infirmier(e) évalue à chaque passage : 5.7.11.19

ObservationNormalSignal d’alerte → action
ŒdèmeLéger œdème initial transitoireŒdème important et persistant → ralentir le débit, changer de site
Aspect cutanéPeau souple, indoloreSignes inflammatoires ou infectieux (rougeur, induration, chaleur, douleur) → retirer le cathéter
PansementPropre, adhérentDécollé, souillé, humide → réfection immédiate
TubulureÉcoulement régulier, sans bulleReflux sanguin, cristallisation, obstruction → changer de cathéter et de site d’insertion
État généralStableFrissons, fièvre sans cause → signalement médical urgent

Rotation des sites de ponction 

La rotation des sites d’insertion permet de préserver les capacités d’absorption du tissu interstitiel. Elle consiste à varier les zones anatomiques utilisées (abdomen, cuisses, thorax, bras, région scapulaire) et à éviter de repiquer immédiatement sur un site récemment utilisé.

Cette alternance limite les réactions locales, comme les rougeurs et les indurations cutanées, et favorise une meilleure tolérance du traitement.7

Évaluation de la tolérance et de l’efficacité

  • Évaluer l’état d’hydratation : pli cutané, vigilance, signes de surcharge (œdème pulmonaire).5.11

  • Évaluer la tolérance aux thérapeutiques : surveiller l’apparition d’effets indésirables, vérifier les effets attendus et adapter la prise en charge si nécessaire.

Durée de maintien du cathéter sous-cutané

La SF2H n’a pas défini de durée maximale de maintien pour le cathéter sous-cutané, en raison de données insuffisantes dans la littérature scientifique. Le retrait est donc guidé par la clinique, dès l’apparition de signes locaux (érythème, douleur, induration, fuite, hématome, reflux sanguin).7

Cette logique rejoint celle du cathéter veineux périphérique, pour lequel le changement n’est plus systématique après 96 heures, mais repose également sur la survenue de signes locaux. Une approche cohérente avec le risque infectieux plus faible du cathéter sous-cutané, bien qu’aucune recommandation nationale ne l’encadre formellement à ce jour.7

En l’absence de complication, certains protocoles admettent le maintien jusqu’à 7 jours après évaluation bénéfice/risque avec surveillance renforcée, notamment en contexte de fin de vie.5

Changement du pansement et des tubulures

Il est recommandé de ne procéder à la réfection du pansement que s’il est décollé, souillé ou humide. Le pansement doit systématiquement être changé lors de la rotation du site d’insertion.3.5

La ligne de perfusion (perfuseur, prolongateur, robinets) est renouvelée à chaque changement de cathéter. 

En l’absence de données spécifiques au cathéter sous-cutané, les recommandations s’appuient sur celles des cathéters veineux : les tubulures ne sont généralement pas changées avant 96 h ni au-delà de 7 jours, et sont renouvelées toutes les 24 h pour une perfusion intermittente.5.7

Un remplacement immédiat est nécessaire en cas d’altération du système (fuite, rupture, déconnexion), d’anomalie visible (précipitation, cristallisation) ou de reflux sanguin dans la tubulure. En pratique, l’infirmier(e) se réfère au protocole du service.5.7

Témoignages d’infirmier(e)s : la voie sous-cutanée en pratique

« Il est important de ne pas banaliser l’acte. »

La voie S/C est une voie permettant de pallier la difficulté d’accès veineux chez certains patients. Son utilisation est cadrée, elle se fait sur prescription médicale. Elle doit être quotidiennement discutée en équipe pour en apprécier l’indication. En tant qu’étudiant(e) il est important de ne pas banaliser l’acte et d’accompagner le patient et son entourage à l’adhésion de cette technique.

Badia Jabrane – Directrice pédagogique et cadre de santé.

« Le rôle du soignant est donc : informer, éduquer et rassurer. »

Le plus important dans ces actes de soins, c’est de s’adapter au patient. Parfois le site peut sembler facile d’accès et plus simple, mais le ressenti du patient fera que ce soin peut ne pas être accepté. 

Les proches peuvent être surpris la première fois qu’ils voient une perfusion sous-cutanée, alors il sera important d’expliquer les bénéfices de ce procédé. 

La perfusion IV est souvent admise par les patients/proches comme plus efficace. Le rôle du soignant est donc d’informer, d’éduquer et de rassurer.

Isabelle Bataille – Cadre de santé et formatrice en IFSI.

« Ce soin était globalement bien toléré par les personnes et les proches. »

J’ai principalement utilisé les perfusions sous-cutanées à domicile dans un contexte de risque de déshydratation, pour des personnes ayant des difficultés à s’hydrater suffisamment oralement et ne relevant pas d’une hospitalisation : personnes âgées, personnes en soins palliatifs en l’absence d’alimentation par SNG ou gastrostomie, et en particulier pendant des épisodes de chaleur ou de canicule.

Une fois expliqué, ce soin était globalement plutôt facile à mettre en place et bien toléré par les personnes et les proches, rassurés que le risque de déshydratation soit pris en compte.

Cette voie SC est, dans ces situations, plus adaptée que la voie IV, car :

  • Il est plus facile d’en expliquer et d’en coordonner la surveillance avec les proches et les autres aidants non soignants.
  • Il y a moins de risques par rapport à la voie IV (pas de risque de diffusion, pas de risque immédiat en cas d’ablation accidentelle).
  • L’hydratation pouvant durer plusieurs semaines, le capital veineux est préservé de multiples poses de perfusions.

Aude Pallier – Formatrice et référente en santé.

« Cette rotation préserve le tissu cutané et garantit une bonne diffusion. »

En SMR, l’erreur que je vois le plus souvent chez les étudiants, c’est de ne pas évaluer systématiquement le point de ponction à chaque passage. La voie sous-cutanée est un soin invasif, et négliger cette surveillance, c’est laisser passer les premiers signes d’infection.

Autre idée reçue fréquente : croire que la SC se pose uniquement sur la cuisse. En pratique, je change régulièrement de site selon la morphologie et le confort du patient : parois abdominales, région sous-scapulaire, face externe du bras. Cette rotation préserve le tissu cutané et garantit une bonne diffusion.

Jonas Hauret-Clos – Infirmier en SMR, spécialisé en recherche paramédicale et infirmière.

Conclusion

La perfusion sous-cutanée n’a pas vocation à concurrencer la voie IV. Elle répond à un profil de patient précis (sujet âgé, capital veineux altéré, soins palliatifs, prise en charge à domicile) dans lequel la voie veineuse est difficile, mal tolérée ou non souhaitée.

Dans ce contexte, les données disponibles montrent une efficacité comparable à 48 h entre les deux techniques pour une déshydratation légère à modérée, avec moins d’effets indésirables globaux.23.24 Sa pose est plus facile et moins traumatique que la voie IV.7

Pour l’infirmier(e), maîtriser cette technique, c’est offrir au patient une alternative sûre, confortable et adaptée à sa situation, sans la substituer à la voie IV lorsque celle-ci s’impose.

Remerciements

Nous tenons à remercier un médecin spécialiste en soins palliatifs et Jonas HAURET-CLOS (infirmier en SMR spécialisé) pour leur relecture et contribution à la qualité clinique de cet article.

Nous remercions également Isabelle BATAILLE (cadre de santé et formatrice en IFSI), Aude PALLIER (formatrice et référente en santé), Marielle LABORDE (formatrice en santé) et Badia JABRANE (directrice pédagogique) pour leur relecture et leur contribution à la qualité pédagogique des contenus.

Chez Réussis ton IFSI, nous nous engageons à proposer des contenus d’une fiabilité inégalée. En complément de l’expertise de notre équipe habituelle, nous valorisons l’apport de professionnel(le)s extérieur(e)s qualifié(e)s qui enrichit nos articles de perspectives nouvelles.

Sources

  1. Pilmis, B., Mizrahi, A., Petitjean, G., Le Monnier, A. & El Helali, N. (2020). Clinical evaluation of subcutaneous administration of cefepime. Médecine Mal. Infect. 50, 308–310
  2. Breček, A., Bastalić, R., Oković, A. & Čivljak, M. (2025). Hypodermoclysis in Palliative Care. Southeastern European Medical Journal 9(1), 42–56
  3. HAS (2025). Dispositifs de perfusion à domicile et prestations associées
  4. Broadhurst, D., Cooke, M., Sriram, D. & Gray, B. (2020). Subcutaneous hydration and medications infusions (effectiveness, safety, acceptability): A systematic review of systematic reviews. PLOS ONE 15, e0237572
  5. Broadhurst, D. et al. (2023). International Consensus Recommendation Guidelines for Subcutaneous Infusions of Hydration and Medication in Adults. J. Infus. Nurs. 46, 199–209
  6. OMéDIT Centre-Val de Loire (2017). Perfusion sous-cutanée (hypodermoclyse) de solutés en prévention de la déshydratation
  7. SF2H (2019). Prévention des infections liées aux cathéters périphériques vasculaires et sous-cutanés
  8. HAD (2025). PERFUSION SOUS-CUTANEE/HYPODERMOCLYSE
  9. SF2H. Le cathéter sous-cutané chez le patient âgé. De Wazières B. Congrès SF2H 2019
  10. Feres, T., Silva, C., França, G., Rotta, I. & Visacri, M. (2025). Administration of fluids and antibiotics via hypodermoclysis in adult patients in palliative care: a scoping review. Rev. Bras. Farmácia Hosp. E Serviços Saúde 16, e1254
  11. Queensland Health, Centre for Palliative Care Research and Education (2021). Guidelines for Subcutaneous Infusion Device Management in Palliative Care and other settings
  12. SPILF/SFGG (2026). Antibiothérapie sous-cutanée. Recommandations de bonne pratique clinique 2025. Info-antibio N°108, février 2026
  13. CPias Île-de-France (2019). Perfusion sous-cutanée, pose et gestion
  14. Légifrance (2025). Code de la santé publique : Article R4311-7
  15. Article 13 – Arrêté du 6 avril 2011 relatif au management de la qualité de la prise en charge médicamenteuse dans les établissements de santé
  16. Légifrance (2023). Code de la santé publique : Article R5132-3
  17. Légifrance (2021). Code de la santé publique : Article R4311-5
  18. SF2H (2024). Relatif à l’évaluation de l’intérêt du port de gants lors de la réalisation des injections intramusculaires, sous-cutanées et intradermiques 
  19. CPias Centre-Val de Loire (2025). Pose, gestion et retrait d’un cathéter sous-cutané. Version 3/2025
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