L’infirmier(e) en milieu scolaire exerce au sein des établissements de l’Éducation nationale et de l’enseignement supérieur. D’un point de vue institutionnel, son rôle consiste avant tout à mener des actions de prévention et d’éducation à la santé auprès des élèves et des étudiant(e)s. Dans la réalité, son rôle va bien au-delà : présent au quotidien auprès des enfants et adolescents, il/elle accueille tout élève ou étudiant(e) qui le sollicite, qu’il s’agisse de difficultés physiques, psychologiques ou relationnelles.

L’école inclusive doit aujourd’hui faire face à des besoins de plus en plus importants. La santé mentale des jeunes est un enjeu majeur : 24 % des lycéen(ne)s déclarent avoir des idées suicidaires et plus d’un collégien sur deux (51 %) rapporte des symptômes somatiques ou psychologiques récurrentes.2 Cette réalité s’inscrit dans un contexte où l’accès aux professionnel(le)s de santé se complique, ce qui rend le rôle de l’infirmier(e) scolaire encore plus important.

À la croisée de l’éducation et de la santé, l’infirmier(e) scolaire s’appuie sur son expertise clinique, l’entretien infirmier et une connaissance approfondie des problématiques de l’enfance et de l’adolescence. En lien avec les équipes éducatives et médicales, il/elle joue un rôle clé dans le repérage et la prise en charge des situations à risque. Souvent seul(e) soignant(e) dans un établissement scolaire, l’infirmier(e) doit faire valoir sa place dans un environnement centré sur l’enseignement. Ce mode d’exercice, éloigné du soin technique, n’en demeure pas moins riche sur le plan clinique et relationnel.

Dans cet article, vous découvrirez tout ce qu’il faut savoir avant d’effectuer un stage en milieu scolaire : missions, problématiques rencontrées, compétences à développer et conseils pratiques pour tirer le meilleur de cette expérience.

Typologie du lieu de stage et particularités du stage infirmier scolaire

Le stage s’inscrit dans la catégorie des soins individuels ou collectifs sur des lieux de vie (SICLV). Il présente toutefois des particularités propres à l’environnement scolaire, mais aussi à chaque établissement.

L’un des aspects marquants est le suivi des élèves sur plusieurs années. L’infirmier(e) peut accompagner un enfant de la maternelle jusqu’au collège, puis le retrouver au lycée, voire en BTS. Cette continuité permet d’intervenir aussi bien auprès de jeunes enfants que d’adolescent(e)s et d’étudiant(e)s, tout en développant une vision globale de leur parcours.

La charge de travail varie énormément selon le lieu d’exercice. L’infirmier(e) peut être seul(e) pour plus de mille élèves, travailler en binôme, ou partager son temps entre plusieurs établissements. À cela s’ajoutent les différences géographiques : exercer dans un petit collège rural ou dans un lycée de centre-ville n’implique pas les mêmes contraintes ni les mêmes problématiques (accès aux soins, transports, infrastructures…).

Bien que difficile à estimer, le nombre de consultations tourne en moyenne autour de 20 à 30 par jour, avec des durées très variables (de dix minutes à une heure). Ces consultations ne représentent toutefois qu’une partie de l’activité : le quotidien de l’infirmier(e) scolaire, rythmé par les sollicitations des élèves, enseignant(e)s et parents, est imprévisible, à l’image d’un service d’urgences avec ses flux changeants selon les jours et les périodes de l’année.

L’emploi du temps est généralement construit par l’infirmier(e) puis validé par le chef d’établissement, afin de répondre au mieux aux besoins des élèves et de couvrir leur temps de présence. La durée hebdomadaire de travail est de 44 heures, dont 90 % auprès des élèves.3 Concrètement, cela correspond à 39h30 à l’infirmerie, le reste étant consacré aux autres missions : réunions, préparation, comptes rendus et tâches administratives. Ce rythme donne droit à l’ensemble des vacances scolaires.

Certaines spécificités existent selon le lieu d’exercice. En collège, l’infirmier(e) peut être amené(e) à se déplacer dans plusieurs écoles ou établissements du secteur. En lycée avec internat, le service comprend en plus trois nuits d’astreinte par semaine (de 21h à 7h) et des permanences en soirée (de 18h à 21h). Dans ce cas, l’occupation d’un logement de fonction est quasi indispensable, sauf dérogation exceptionnelle.

Lexique rencontré en stage infirmier scolaire

Chaque lieu de stage a son propre jargon, fait d’acronymes et de termes techniques propres à sa spécialité. Voici ceux que vous rencontrerez le plus souvent dans l’Éducation nationale

  • AED : assistant d’éducation
  • AESH : accompagnants d’élèves en situation de handicap
  • AS : assistante sociale
  • ASE : aide sociale à l’enfance
  • ATSEM : agents territoriaux spécialisés des écoles maternelles
  • CA : conseil d’administration
  • CE : chef d’établissement ou commission éducative
  • CESCE : comité d’éducation à la santé, à la citoyenneté et à l’environnement
  • CIO : centre d’information et d’orientation
  • CMP : centre médico-psychologique
  • CMPP : centre médico-psycho-pédagogique
  • CMS : centre médico-scolaire
  • CPE : conseiller principal d’éducation
  • CRIP : cellule de recueil des informations préoccupantes
  • CSAPA : centres de soin, d’accompagnement et de prévention en addictologie
  • CVL / CVC : conseil de la vie lycéenne / conseil de la vie collégienne
  • DASEN : directeur académique des services de l’Éducation nationale
  • DSDEN : direction de services départementaux de l’Éducation nationale
  • EDT : emploi du temps
  • ESS : équipe de suivi de scolarisation
  • ICT : infirmière conseillère technique
  • IME : institut médico-éducatif
  • ITEP : institut thérapeutique, éducatif et pédagogique
  • LGT : lycée général et technologique
  • LP : lycée professionnel
  • MDA : maison des adolescents
  • MEN : médecin de l’Éducation nationale
  • MLDS : mission de lutte contre le décrochage scolaire
  • PAI : projet d’accueil individualisé
  • PAP : plan d’accompagnement personnalisé
  • pHARe : programme de lutte contre le harcèlement à l’école
  • PMI : protection maternelle et infantile
  • PP : professeur principal
  • PPMS : plan particulier de mise en sécurité
  • PPS : projet personnalisé de scolarisation
  • PsyEN : psychologue de l’Éducation nationale
  • RASED : réseau d’aides spécialisées aux élèves en difficulté
  • REP : réseau d’éducation prioritaire
  • SEGPA : section d’enseignement général et professionnel adapté
  • SESSAD : services d’éducation spéciale et de soins à domicile
  • TDA(H) : trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité
  • TSA : troubles du spectre autistique
  • ULIS : unités localisées pour l’inclusion scolaire
  • UPE2A : unité pédagogique pour élèves allophones nouvellement arrivés

Cette liste d’acronymes n’est pas exhaustive et vous aurez l’opportunité de vous familiariser avec elle pendant le stage. Si vous rencontrez des difficultés pour comprendre certains termes, n’hésitez pas à demander des explications aux professionnel(le)s de santé qui vous encadrent. 

Pathologies rencontrées et facteurs de risque en stage infirmier scolaire

L’infirmerie ressemble à un cabinet de médecine générale : il faut connaître de nombreuses pathologies afin d’orienter les élèves selon les signes cliniques observés et les données recueillies.

Nous avons divisé les pathologies par catégories pour plus de lisibilité. La liste n’est pas exhaustive, mais met l’accent sur celles rencontrées le plus souvent en collège et lycée.4

Pathologies rencontrées en milieu scolaire

Pathologies courantes et bénignes

  • Angine, bronchite, rhinopharyngite, sinusite
  • Cystite
  • Conjonctivite, orgelet
  • Constipation, dysménorrhée
  • Épistaxis
  • Gale, pédiculose
  • Gastro-entérite, grippe
  • Migraine
  • Otite, bouchon de cérumen
  • Ongle incarné, panaris
  • Kyste pilonidal
  • Rhinite allergique

Urgences et situations graves

  • Allergie alimentaire sévère, urticaire
  • Crise d’asthme
  • Crise convulsive (épileptique ou non)
  • Diabète de type 1 (déséquilibre, hypo/hyperglycémie)
  • Appendicite
  • Entorse, luxation, fracture
  • Plaies, brûlures
  • Pneumothorax
  • Torsion testiculaire
  • Traumatisme crânien

Troubles psychiques et comportementaux

  • Addictions (tabac, alcool, cannabis…)
  • Automutilation
  • Crise de panique
  • Crise suicidaire
  • Troubles anxieux
  • Troubles dépressifs
  • Troubles bipolaires
  • Schizophrénie
  • Phobies
  • Troubles obsessionnels compulsifs
  • Troubles alimentaires
  • Troubles du sommeil
  • Refus scolaire anxieux

Pathologies chroniques ou dépistées

  • Drépanocytose
  • Hyperthyroïdie/hypothyroïdie
  • Troubles du spectre autistique (TSA)
  • Trouble de l’attention avec ou sans hyperactivité (TDAH)
  • Dyslexie et autres troubles des apprentissages
  • Scoliose, troubles de la statique
  • Myopie, hypermétropie, astigmatisme, dyschromatopsie
  • Carie, affections bucco-dentaires
  • Obésité

Facteurs de risque en milieu scolaire

Les facteurs de risque à considérer chez l’adolescent(e) ne se limitent pas aux pathologies : ils incluent aussi des éléments liés à l’âge, au contexte scolaire, familial et personnel.

  • Contexte et schéma familial (parents, placement, décès, profession, adresse…)
  • Histoire et parcours scolaire (harcèlement, décrochage, absentéisme, résultats, transmissions des enseignant(e)s, établissements fréquentés…)
  • Histoire de vie (traumatismes, événements marquants, déménagements, violences…)
  • Autres indices scolaires (absences, retards, sanctions, punitions, appréciations…)
  • Transmissions des collègues infirmières (antécédents, suivis, pathologies connues, précédentes consultations à l’infirmerie)

Un recueil de données systématique lors de la première consultation, ou via une fiche infirmerie remplie par les responsables légaux, est indispensable pour orienter l’entretien et pour évaluer au mieux l’état de santé de l’élève et surtout d’anticiper d’éventuels obstacles à sa scolarité (contexte familial, addictions, handicap, prise de traitements, difficultés scolaires, troubles anxieux…).

Enfin, il est primordial de prendre au sérieux chaque passage à l’infirmerie, en particulier lorsqu’il est récurrent. Aucun élève ne quitte un cours sans raison : derrière de nombreux symptômes somatiques peut se cacher une souffrance psychique.

Spécificités du stage infirmier scolaire

Le milieu scolaire

La première spécificité, et la plus évidente, est que l’infirmier(e) scolaire exerce dans un établissement scolaire (primaire, collège, lycée ou université). Il/elle ne dépend donc plus du ministère de la Santé, mais de l’Éducation nationale. Ce « simple » changement de cadre modifie profondément la façon de travailler, les missions et les outils disponibles.

L’infirmier(e) doit veiller à la santé physique et psychique d’élèves qui, ponctuellement ou de manière chronique, auront besoin de soins sur leur temps scolaire.

Exercer dans une école implique un changement de paradigme : l’objectif premier d’un établissement scolaire n’est pas le soin, mais la réussite scolaire. La difficulté est donc de donner une place à la santé dans un univers centré sur les enseignements. Pourtant, l’école est un formidable révélateur des problématiques parfois graves que peuvent rencontrer les jeunes. Un élève en souffrance dans sa scolarité l’est souvent dans sa vie, et inversement.

De cette place singulière découlent une grande autonomie et une large part d’actes réalisés sur rôle propre. En l’absence de médecin ou de collègues soignants, l’infirmier(e) doit être capable de faire face à toutes sortes de situations, qui impliquent polyvalence et rigueur.

La consultation infirmière en milieu scolaire

Cette autonomie et cette polyvalence se retrouvent dans l’outil central du métier : la consultation infirmière, définie comme l’accueil de « tout élève ou étudiant qui le sollicite pour quelque motif que ce soit »5.

L’infirmier(e) scolaire est l’un(e) des rares à consulter directement à la demande de l’étudiant(e). Il/elle intervient donc en tout début de prise en charge et doit évaluer d’abord l’urgence et la gravité de la plainte, qu’elle soit physique, psychique ou relationnelle.

Le dépistage infirmier et le recueil de données

Le dépistage infirmier correspond, dans l’Éducation nationale, à un temps institutionnalisé et obligatoire (visite de la 12ᵉ année pour les infirmier(e)s scolaires). Cependant, au quotidien, chaque consultation est aussi l’occasion de réaliser un véritable recueil de données et de mobiliser son raisonnement clinique. Ce travail d’évaluation permet d’identifier précocement les troubles, d’orienter les élèves et d’adapter la prise en charge à leurs besoins.

Le dépistage concerne de nombreux domaines :

La vueL’auditionLe poids, la taille et la statique
– Troubles de l’acuité visuelle (myopie, astigmatisme, hypermétropie…) – Gêne, douleur- Dyschromatopsie- Strabisme- Nystagmus– Perte d’acuité auditive- Troubles auditifs (acouphènes)- Pathologies du conduit auditif externe (bouchon de cérumen, affection dermatologique…)– Calcul de l’IMC (surpoids, obésité, dénutrition)- Surveillance et mise à jour de la courbe de croissance- Troubles de la statique (scoliose, cyphose, lordose, gibbosité…)
Développement psycho-moteurSanté mentaleAffections bucco-dentaires
– Repérage des troubles du neuro-développement- Troubles du langage- Troubles moteurs- Comportement et interactions durant l’entretien– Troubles anxieux- Troubles de l’humeur- Relations avec les pairs- Relations familiales– Affections des gencives et des dents- Langue et cavité buccale
VaccinationAntécédents/observationsHabitudes de vie et autres
– Vaccins à jour selon l’âge et les recommandations- Recommander certains vaccins (HPV notamment)– Informations contenues dans le carnet de santé- Questionnaire rempli par les parents et/ou l’élève- Retour des enseignant(e)s et de la vie scolaire- Transmissions de l’infirmière ou du médecin scolaire- Examen clinique- Présence d’un suivi ou d’aménagements scolaires– Alimentation- Sommeil- Temps de transport- Schéma familial (parents, frères et sœurs…)- Activité physique- Consommations (alcool, nicotine, tabac…)- Passions- Projets/orientation

Le suivi ne se limite pas à l’infirmerie : il s’appuie aussi sur les équipes éducatives (enseignant(e)s, CPE, surveillant(e)s), les parents et les professionnel(le)s de santé extérieurs. La qualité du soin repose sur cette capacité à travailler en réseau et à croiser les regards.

Médicaments et matériel

Responsable de son service, l’infirmier(e) organise la prise en charge des urgences et le fonctionnement de l’infirmerie. Son cadre est défini par un protocole national6, qui l’autorise notamment à délivrer du paracétamol et, sur rôle propre, quelques thérapeutiques mineures (ex. : diosmectite, phloroglucinol) et de l’homéopathie (arnica).

Une liste de matériel est également proposée, mais l’équipement est souvent choisi par l’infirmier(e). Le nécessaire doit permettre d’assurer les soins courants (pansements, ORL, constantes, dépistages, bandelettes urinaires, test de grossesse…) ainsi que les actes sur prescription (vaccination, ablation de fils/agrafes, pansements postopératoires…).

Éducation à la santé

L’infirmier(e) scolaire a aussi pour mission de concevoir et d’animer des actions d’éducation à la santé, devant une classe, un groupe ou lors d’animations plus informelles. Cela demande de vraies compétences d’animation et de pédagogie, rarement développées en formation initiale, et qui nécessitent donc de se former ou de s’appuyer sur d’autres professionnel(le)s.

Cependant, l’essentiel de l’éducation à la santé se fait à l’infirmerie, dans le cadre des consultations individuelles. Ces temps privilégiés permettent d’aborder une grande variété de sujets.

Exemples de thématiques abordées :

  • Éducation à la vie affective et sexuelle : consentement, contraception, stéréotypes, IST, pornographie.
  • Conduites addictives : tabac, alcool, drogues, addictions comportementales.
  • Alimentation : équilibre, choix alimentaires, troubles alimentaires.
  • Harcèlement : repérage, mécanismes, prévention.
  • Sommeil : habitudes, rôle physiologique, conséquences du manque de sommeil.
  • Santé mentale : signes d’alerte, normal/pathologique, rôle de l’école.
  • Système de santé et premiers secours : orientation, évaluation de l’urgence, gestes de base.

Les différents lieux d’exercice5

Collège

En collège, l’infirmier(e) peut être rattaché(e) à plusieurs établissements, notamment des écoles primaires. Sa présence partagée complique parfois le suivi des élèves et la gestion des urgences. Il/elle doit aussi réaliser les visites de dépistage : celle de la 12ᵉ année, qui relève de son rôle, et celle de la 6ᵉ année, théoriquement effectuée par le médecin scolaire, mais souvent menée en pratique par l’infirmier(e).

Lycée avec internat

En lycée avec internat, la présence d’élèves à temps complet implique une prise en charge globale : soins, urgences, traitements, surveillance et lien avec les familles. L’organisation impose trois permanences en soirée et trois nuits d’astreinte par semaine, rendant quasi obligatoire d’avoir un logement de fonction.7 Les problématiques rencontrées sont aussi liées à l’âge (15-20 ans), période d’apparition de certaines pathologies psychiatriques et de conduites à risque.

Lycée professionnel

En lycée professionnel, les élèves mineurs doivent passer une visite médicale d’aptitude avant les stages, menée par le médecin scolaire en collaboration avec l’infirmier(e). Ce dernier doit aussi gérer des blessures spécifiques (plaies hémorragiques, brûlures, traumatismes, corps étrangers). De manière générale, les élèves de lycée professionnel sont plus à risque, que ce soit sur le plan de la santé, des conduites (addictions, violences) ou du parcours scolaire (difficultés, décrochage).

Les protocoles en milieu scolaire

Le PAI (Projet d’Accueil Individualisé) est le seul protocole dont la mise en place incombe directement à l’infirmier(e). Il est construit à la demande des parents, validé par le médecin scolaire et en collaboration avec le CMS.

Le PAI définit la conduite à tenir en cas d’urgence et permet, si besoin, l’administration d’un traitement par les personnels non soignants.

Les pathologies concernées sont souvent graves (asthme sévère, hypoglycémie, allergie alimentaire, crise convulsive épileptique), mais un PAI peut aussi être mis en place pour toute pathologie nécessitant un traitement ou un aménagement particulier (repos, sortie de classe, dispense…).

Actes et soins rencontrés en stage infirmier scolaire

Au cours d’une journée de travail, et selon votre lieu d’exercice, vous serez amené(e) à réaliser une grande variété d’actes et de soins. Parmi les plus fréquents :

Compétences et démarche clinique mobilisées

  • Recueil de données : entretien infirmier, observation, analyse des transmissions.
  • Raisonnement clinique et démarche diagnostique : évaluation de l’état de santé, formulation d’hypothèses, orientation adaptée.
  • Prévention et éducation à la santé : sensibilisation individuelle et collective.
  • Dépistages : audition, vue, dentition, poids, statique, troubles du neuro-développement.

Actes et soins techniques réalisés

  • Surveillance : mesure des paramètres vitaux (TA, FC, température, SpO₂, glycémie).
  • Soins de plaies : évaluation, pansements, nettoyage, détersion.
  • Urgences : mise en sécurité, traitements d’urgence, PAI.
  • Application de prescriptions médicales : injections, vaccinations, ablations de fils/agrafes, délivrance de médicaments.
  • Préparation de traitements : piluliers pour élèves internes.
  • Addictions : accompagnement au sevrage tabagique, prescription de substituts nicotiniques.

Interventions transversales

  • Lien avec les familles : échanges téléphoniques ou rencontres.
  • Travail en équipe : réunions de concertation internes/externes.
  • Cellules de soutien après un événement grave.

Traitements rencontrés en stage infirmier scolaire

La pharmacologie en santé scolaire se divise en deux volets :

Médicaments délivrés par l’infirmier(e)

Cette pratique s’appuie sur un protocole national datant de 20006, aujourd’hui largement obsolète tant sur le plan scientifique que pratique. Certaines thérapeutiques d’usage courant (tisane, eau de mélisse…) ou à l’efficacité non démontrée par rapport au placebo (arnica, phloroglucinol, euphytose…) ne seront pas détaillées ici.

La liste des produits autorisés comprend :

  • Des antalgiques : paracétamol, par exemple.
  • Du glucagon : pour les hypoglycémies sévères.
  • Du salbutamol : pour les crises d’asthme.
  • De l’adrénaline : pour les chocs anaphylactiques.

Médicaments délivrés sur prescription médicale

Les prescriptions les plus fréquentes concernent :

  • Les anti-inflammatoires non stéroïdiens (AINS)
  • Les antihistaminiques
  • Les anxiolytiques
  • Les antidépresseurs
  • Les antipsychotiques
  • Les hypnotiques
  • Les thymorégulateurs (lithium)
  • Les contraceptions hormonales
  • Les hormones thyroïdiennes
  • Les psychostimulants (méthylphénidate)

⚠️ Cette présentation reste volontairement simplifiée et ne rend pas compte de la diversité des situations cliniques réelles.

Pour une étude approfondie, retrouvez l’ensemble de ces classes thérapeutiques dans l’unité d’enseignement 2.11 de la plateforme Réussis ton IFSI.

Prérequis du stage infirmier scolaire

L’infirmier(e) de l’Éducation nationale, en première ligne auprès des enfants et adolescent(e)s, doit maîtriser de nombreux domaines pour prévenir les problématiques de santé, évaluer les situations, prendre en charge et orienter les élèves.

Parmi les compétences indispensables :

  • Reconnaître la sémiologie et les signes cliniques des pathologies fréquentes en milieu scolaire.
  • Savoir quelles données recueillir, quels examens réaliser et quelles constantes mesurer selon la situation.
  • Comprendre les enjeux propres à chaque âge (petite enfance, enfance, adolescence).
  • Connaître les traitements couramment rencontrés et leurs effets secondaires.
  • Maîtriser les techniques d’entretien et leurs bases théoriques.
  • Comprendre le fonctionnement d’un établissement scolaire et la place de l’infirmier(e) en son sein.
  • Savoir conduire un projet et animer une séance d’éducation à la santé, en individuel ou en groupe.
  • Disposer de connaissances (ou à défaut savoir les rechercher) sur des thématiques clés : sexualité, addictions, alimentation, hygiène bucco-dentaire, sommeil.

Objectifs de stage infirmier scolaire

Lors de votre stage en milieu scolaire, vous pourrez acquérir et valider différentes compétences, en fonction de votre niveau et de vos objectifs.

Notre équipe a écrit un article sur la rédaction de vos objectifs de stage : comment formuler ses objectifs de stage en soins infirmiers

Voici une liste non exhaustive des compétences mobilisées en structure scolaire :

  • Accueillir l’élève et instaurer un climat de confiance, tout en conservant sa posture soignante.
  • Identifier les besoins et problématiques au-delà de la plainte initiale.
  • Renforcer ses connaissances en sémiologie et pathologies de l’enfant et de l’adolescent.
  • Approfondir les grands thèmes de prévention (sexualité, addictions, alimentation, hygiène bucco-dentaire, sommeil…).
  • Développer ses connaissances sur les troubles des apprentissages et du neuro-développement.
  • Conduire un entretien ou une consultation avec des objectifs clairs.
  • Savoir poser une démarche diagnostique, formuler des hypothèses et proposer des actions adaptées.
  • Retranscrire une consultation de manière complète et fidèle.
  • Évaluer et prendre en charge une plaie ou une blessure.
  • Réagir efficacement en situation d’urgence.
  • Anticiper et organiser le quotidien des élèves, notamment internes (aménagements, traitements, soins…).
  • Animer ou co-animer une séance d’éducation à la santé.
  • Analyser sa pratique et identifier des axes d’amélioration.
  • Connaître les professionnel(le)s internes et externes avec lesquel(le)s collaborer pour l’intérêt de l’élève.

Pour aller plus loin, vous pouvez consulter le référentiel de compétences élaboré en Suisse en 20048, une ressource toujours pertinente pour enrichir votre réflexion.

Professionnel(le)s rencontré(e)s en stage infirmier scolaire

Ceci dépend de l’établissement dans lequel vous serez en stage, mais, en général, vous travaillerez avec :

Au sein de l’Éducation nationale

  • Chef d’établissement
  • Conseiller(e) principal(e) d’éducation (CPE)
  • Enseignant(e)s / professeur(e)s des écoles
  • Infirmier(e)s de l’Éducation nationale
  • Psychologue de l’Éducation nationale9
  • Assistant(e) social(e) scolaire
  • Médecin de l’Éducation nationale
  • Infirmier(e) conseiller(e) technique
  • AESH (accompagnants des élèves en situation de handicap)
  • Assistants d’éducation/pédagogiques
  • Équipe de restauration scolaire
  • Fondé de pouvoir/agents comptables

En dehors de l’Éducation nationale

  • Infirmier(e)s et médecins (PMI, libéral, urgences, CMP, CSAPA, maisons des ados…)
  • Assistant(e) social(e) (CRIP, services sociaux)
  • Psychologues (libéraux, CMP)
  • Sage-femme et gynécologue
  • Éducateurs spécialisés
  • Bénévoles et animateurs associatifs agréés

Témoignage d’un infirmier en milieu scolaire

Dans le cadre de notre série « Guides de stage infirmiers« , nous tenons à ce que chaque article soit rédigé par un(e) infirmier(e) expérimenté(e) qui exerce dans le lieu de stage concerné. Pour ce guide du stage infirmier en milieu scolaire, nous avons eu la chance de collaborer avec Virgile Campion, un infirmier passionné qui a exercé dans plusieurs lycées (général et technologique et professionnel).

Dans le cadre de la rédaction de cet article, Virgile a contribué par son expertise et a généreusement accepté de partager son expérience personnelle en tant qu’infirmier de l’Éducation nationale, ainsi que ses précieuses recommandations pour les étudiant(e)s sur le point de débuter un stage dans ce service. 

Pourquoi as-tu choisi d’exercer au sein des établissements scolaires ?

Avant de débuter mes études d’infirmier, j’étais assistant pédagogique en collège. J’accompagnais les élèves en difficultés, les aidais à faire leurs devoirs et m’impliquais dans différents projets. Je connaissais déjà bien l’Éducation nationale et ce public.

Ensuite, à l’IFSI, j’ai tout de suite été attiré par plusieurs domaines : la sémiologie, l’addictologie, l’éducation à la santé et surtout la psychiatrie. En parallèle, j’avais toujours dans un coin de ma tête l’envie de travailler avec les adolescent(e)s et je savais que l’école pouvait être un endroit incroyable pour dépister, accompagner et participer à la prise en charge des enfants et adolescent(e)s. 

J’ai donc effectué un stage dans un collège lors de ma deuxième année d’IFSI et cela n’a fait que confirmer que l’école était l’endroit idéal pour s’occuper de la santé, notamment mentale, des plus jeunes, mais aussi pour aborder les domaines qui me passionnaient durant mes études. 

J’ai tout de suite perçu que je ne pourrais répondre aux besoins des élèves qu’avec de solides connaissances en psychiatrie, notamment dans la conduite d’entretien. C’est pour cette raison que j’ai effectué mon stage pré-professionnel en pédopsychiatrie.

Enfin, dès l’obtention de mon diplôme, j’ai obtenu un poste d’infirmier contractuel au sein de l’Éducation nationale. J’ai ensuite obtenu mon concours d’infirmier de l’Éducation nationale en 2022.

Qu’est-ce qui te plaît le plus en tant qu’infirmier scolaire ?

Évidemment, le simple fait d’être au contact d’enfants et adolescent(e)s est déjà un plaisir pour moi au quotidien, mais je dirais en premier lieu la grande variété de nos missions. Je peux, dans la même journée, dépister un trouble visuel, évaluer la gravité d’une entorse, accompagner un jeune dans l’arrêt du tabac, mener un entretien pour évaluer le risque suicidaire, animer une formation ou une séance d’éducation à la santé et, le soir, faire un pansement à un interne qui vient de se faire opérer. Cela réclame une grande polyvalence et ce n’est pas toujours simple de passer constamment d’un domaine à un l’autre, mais c’est ce qui fait toute la richesse de mes journées.

L’autre particularité, à mon sens, est la grande autonomie dont nous disposons au quotidien. L’infirmerie est à la fois une sorte de « mini CMP » et de « mini service d’urgence » et nous devons, en étant souvent seul, organiser les soins, nous occuper de l’aspect administratif et gérer un flux parfois important d’élèves, ce qui requiert de prioriser et d’organiser nos journées afin d’être capable de prendre en charge virtuellement n’importe quelle plainte ou besoin.

Enfin, je dirais que c’est un mode d’exercice où il reste encore beaucoup de choses à (re)penser et inventer. C’est un passionnant terrain d’expérimentation où il est possible de mettre à profit des compétences et connaissances vraiment singulières, en grande partie issues de notre rôle propre.

Quels conseils donnerais-tu à un(e) étudiant(e) sur le point de commencer un stage en milieu scolaire ?

Avant tout d’être curieux/curieuse et de (se) poser des questions. Cela peut paraître assez évident comme conseil, mais étant donné que l’immense majorité du travail de l’infirmier(e) repose sur la conduite d’entretien et la démarche diagnostique, cela peut être difficile à appréhender, car essentiellement invisible. 

Si vous ne (vous) posez pas de questions, vous passerez à côté de connaissances et de savoir-faire pourtant précieux et ce peu importe votre projet par la suite. 

En amont, il peut être plus que judicieux de s’informer sur le fonctionnement du système éducatif, de s’intéresser sérieusement à la psychiatrie, au développement de l’enfant et de l’adolescent(e) et revoir les pathologies (en particulier leurs signes cliniques) les plus courantes à ces âges. 

Il y a de fortes chances pour que les compétences qu’il vous sera nécessaire de mobiliser durant ce stage n’aient été que peu voire pas mobilisées auparavant, ce qui en fait un lieu de stage à la fois assez difficile, mais aussi incroyablement formateur.

Devenir infirmier(e) scolaire (Éducation nationale)

Le quotidien de l’infirmier(e) scolaire repose surtout sur les consultations à la demande des élèves, ce qui permet d’aborder une grande variété de situations liées à la santé de l’enfant et de l’adolescent(e). L’autonomie de ce mode d’exercice oblige le/la stagiaire à travailler en permanence sa démarche diagnostique : formuler des hypothèses, les vérifier et construire un projet de soins adapté, en tenant compte des contraintes du milieu scolaire. L’éducation à la santé et la psychiatrie occupent également une place centrale, notamment à travers les nombreux entretiens infirmiers.

Il n’existe pas de spécialisation officiellement reconnue en santé scolaire, même si un diplôme d’IPA a été évoqué dans une proposition de loi en septembre 2024.10 L’exercice en milieu scolaire peut néanmoins être considéré comme une « spécialité » en soi, puisqu’il nécessite un concours spécifique et mobilise des compétences propres à chaque lieu d’exercice. L’infirmier(e) peut aussi poursuivre sa formation grâce à des stages courts, des diplômes universitaires (DU, master, doctorat) ou développer de nouvelles missions : formation d’adultes, premiers secours, rôle de référent, prescription de substituts nicotiniques, entretien motivationnel, dépistages spécifiques.

Les évolutions de carrière au sein de l’Éducation nationale restent limitées, mais il est possible de devenir infirmier(e) conseiller(e) technique à la DSDEN, ou de s’orienter vers l’enseignement, par exemple comme professeur(e) des écoles ou enseignant(e) en lycée dans les filières ASSP ou ST2S.

Sources

  1. Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche. « Être infirmière / infirmier de l’Éducation nationale » 06/2015.
  2. Santé publique France, enquête sur « La santé mentale et le bien-être des collégiens et lycéens en France hexagonale » 09/04/2024
  3. Académie de Créteil « Service infirmier académique ». 09/2025
  4. Bagley, S. M., MSc. « Introduction aux problèmes de santé des adolescents » Dans Manuel MSD – Édition professionnelle. 11/2024
  5. Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche « Missions des infirmiers-ières de l’éducation nationale » Bulletin officiel de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports, n° 42. 10/11/2015
  6. Ministère de l’Éducation nationale. (2000, 6 janvier). Protocole national sur l’organisation des soins et des urgences dans les écoles et les établissements publics locaux d’enseignement (EPLE). Bulletin officiel de l’Éducation nationale, Hors-série n° 1
  7. Ministère de l’Éducation nationale. Circulaire n° 2002-1857C. 28/08/2002
  8. Pingoud, K. (2004). Élaboration d’un référentiel de compétences pour exercer la profession d’infirmière en milieu scolaire. Santé Publique, 16(2), 225-238.
  9. Ministère de l’Éducation nationale, de l’Enseignement supérieur et de la Recherche « Être psychologue de l’Éducation nationale (PsyEN) » 04/2025
  10. Santé Mentale. « F. Valletoux dépose une proposition de loi sur la profession d’infirmière » 22/11/2024