L’électrocardiogramme (ECG) est un examen non invasif qui enregistre l’activité électrique du cœur à l’aide d’électrodes positionnées sur le thorax et les membres du patient. Il permet d’obtenir un tracé utile pour analyser le rythme et orienter la prise en charge clinique.

Pour faire un ECG, l’infirmier(e) installe le patient en décubitus dorsal et découvre le thorax. Il positionne les électrodes selon les repères anatomiques standards, puis lance l’enregistrement après vérification du signal. La surveillance porte sur l’identité du patient et la qualité du tracé.

Cet article détaille les étapes clés de la réalisation d’un ECG en pratique infirmière, du matériel au positionnement des électrodes jusqu’au contrôle du tracé.

Définition et principe de l’ECG

Le cœur génère spontanément des impulsions électriques qui déclenchent sa contraction. Ces impulsions naissent dans le nœud sinusal, situé dans l’atrium droit (anciennement appelé oreillette droite), puis se propagent vers les ventricules.1.2

L’électrocardiographe capte ces signaux grâce à des électrodes cutanées. Chaque dérivation offre un angle de vue différent sur l’activité électrique pour localiser des anomalies.

Le tracé se compose d’ondes et complexes caractéristiques (P, QRS, T) qui reflètent les différentes phases de l’activité électrique cardiaque.

L’ECG standard à 12 dérivations est obtenu à partir de dix électrodes, quatre sont placées sur les membres et six sur le thorax. Selon le contexte clinique, l’examen peut être étendu à 18 dérivations ou plus grâce à l’ajout d’électrodes supplémentaires.2

Indications de l’ECG

Les indications concernent aussi bien le diagnostic de situations aiguës que la surveillance au long cours.

Contexte symptomatique

L’ECG à 12 dérivations est indiqué lors de l’évaluation clinique d’un patient présentant des symptômes évocateurs d’une atteinte cardiaque : 2.3

  • Palpitations.
  • Douleurs thoraciques.
  • Dyspnée.
  • Bradycardie ou tachycardie.
  • Instabilité hémodynamique (hypotension ou hypertension artérielle sévère).
  • Malaise, syncope ou perte de connaissance.

Il est également indiqué dans certaines situations cliniques (asthénie inexpliquée, douleur abdominale atypique, déficit neurologique, élévation de la troponine, état de choc).2

Urgences et pathologies aiguës

L’ECG permet d’identifier les urgences cardiologiques : 2.3

  • Syndrome coronarien aigu (SCA) : identifier une ischémie myocardique et orienter rapidement la prise en charge.
  • Troubles de conduction graves : bloc sino-atrial (BSA) ou bloc atrio-ventriculaire (BAV) de haut degré ou complet (BAV 3).
  • Troubles électrolytiques : modification du tracé liée aux variations du potassium ou du calcium.
  • Autres urgences : suspicion de péricardite ou d’intoxication médicamenteuse à risque cardiaque.

Monitorage continu

Le monitorage ECG (scope) est indiqué en continu dans les situations

suivantes : 2.4

  • Urgences vitales et réanimation.
  • Soins intensifs cardiologiques (SCA, trouble du rythme ou de conduction grave).
  • Période peropératoire et en salle de surveillance post interventionnelle (SSPI).
  • Transferts médicalisés (SMUR, transports interhospitaliers).
  • Syncope avec cause rythmique suspectée.

→ Pour le monitorage ECG en continu, on utilise 3 ou 5 électrodes.

Bilans systématiques et suivi

L’ECG est également indiqué dans le cadre de bilans ou de suivis réguliers : 2.5

  • Bilan préopératoire : patients > 65 ans, ou selon les antécédents et le type de chirurgie.
  • Bilan de l’hypertension artérielle (HTA).
  • Suivi de maladies chroniques : insuffisance cardiaque, diabète, patient polymédiqué.
  • Surveillance iatrogène : traitements bradycardisants ou à risque de troubles du rythme.
  • Aptitude professionnelle ou sportive : engagement militaire, permis professionnels, aviation, certains sports.
  • Enquêtes familiales : dépistage de cardiopathies héréditaires (cardiomyopathie hypertrophique).

→ Ces situations sont fréquemment rencontrées en service de cardiologie, où l’ECG s’inscrit dans le suivi des pathologies cardiaques.

Enregistrement prolongé (Holter ECG)

Lorsque l’ECG standard ne permet pas de poser de diagnostic et que les symptômes sont épisodiques (malaises, syncopes, palpitations récidivantes), un enregistrement Holter peut être prescrit.2

Cet examen mesure l’activité électrique du cœur en continu sur de longues durées (24 heures ou plusieurs jours) pour détecter des anomalies intermittentes.

Remarque : 

Il n’existe pas de contre-indication absolue à la réalisation d’un électrocardiogramme.

Les contre-indications relatives incluent le refus du patient et l’allergie à l’adhésif utilisé pour fixer les électrodes. Dans ce cas, l’utilisation d’électrodes hypoallergéniques est recommandée.

Cadre législatif et responsabilité de l’infirmier(e)

La réalisation d’un ECG par l’infirmier(e) est encadrée par le Code de la santé publique (CSP). 

L’ECG de repos peut être réalisé par l’infirmier(e) sur prescription médicale selon l’article R.4311-7 du CSP.6

Tout ECG qui implique une épreuve d’effort ou l’utilisation de médicaments relève de la responsabilité du médecin, avec la participation de l’infirmier(e) selon l’article R.4311-10 du CSP.7

En situation d’urgence vitale, l’infirmier(e) peut réaliser un ECG sans prescription préalable, dans le cadre de protocoles de soins d’urgence ou de gestes conservatoires nécessaires en lien avec l’article R.4311-14 du CSP.8

Matériel nécessaire pour réaliser un ECG

Il faut contrôler le matériel avant son utilisation :

  • Vérifier l’intégrité des emballages, l’absence d’humidité ou de perforation.
  • S’assurer que le gel des électrodes est humide et frais (les électrodes sèches dégradent la qualité du signal).
  • Contrôler les dates de péremption.
  • Préparer un plateau désinfecté avec tout le matériel nécessaire.
  • Préparer les dispositifs adaptés pour évacuer les déchets (DAOM).

CatégorieMatériel
Hygiène du/de la soignant(e)/de l’environnement
– SHA
– Désinfectant de surface
– Chariot ou support dédié au matériel ECG
Protection– Gants à usage unique (si risque d’exposition à du sang ou à des liquides biologiques, ou contact avec une peau lésée)

Préparation cutanée
– Compresses non stériles
– Eau ou solution nettoyante cutanée
– Tondeuse (si pilosité excessive)

Dispositif médical
– Appareil ECG fonctionnel
– Câbles (membres et précordiaux)
– Électrodes à usage unique
– Gel conducteur (si électrodes non gélifiées)

Surveillance/traçabilité
– Feuille d’ECG papier ou enregistrement informatisé

Élimination des déchets
– Sac DAOM

Placement des électrodes pour l’ECG 12 dérivations

L’électrocardiogramme standard à 12 dérivations nécessite l’utilisation de dix électrodes. Elles se divisent en six électrodes de poitrine (dérivations précordiales) et quatre électrodes de membres (dérivations périphériques).3

Repères anatomiques et angle de Louis

L’angle de Louis, ou angle sternal, est un repère anatomique palpable situé entre le manubrium (partie supérieure du sternum) et le corps du sternum. Facilement identifiable au toucher, il constitue un point de départ pour repérer les espaces intercostaux.

L’espace sous l’angle sternal correspond au 2ᵉ espace intercostal. Ce repère permet de compter les espaces intercostaux de manière fiable et rapide. Il facilite le positionnement des dérivations précordiales.9

Remarque : 

Compter les espaces intercostaux en prenant la clavicule comme repère expose à une erreur fréquente. La 1ʳᵉ côte, en partie masquée par la clavicule, est difficile à palper. Cette difficulté conduit souvent à positionner les électrodes V1 et V2 un espace intercostal trop haut.

Électrodes précordiales (V1 à V6)

Les six électrodes précordiales analysent l’activité électrique du cœur dans le plan horizontal.2 

Les électrodes se placent de la manière suivante  : 2.3

  • V1 : 4ᵉ espace intercostal droit, sur le bord droit du sternum.
  • V2 : 4ᵉ espace intercostal gauche, sur le bord gauche du sternum.
  • V3 : située à mi-distance entre les électrodes V2 et V4.
  • V4 : 5ᵉ espace intercostal gauche, sur la ligne médio-claviculaire.
  • V5 : même niveau horizontal que V4, entre V4 et V6.
  • V6 : même niveau horizontal que V4, sur la ligne médio-axillaire.

Remarque :

Plusieurs études internationales, synthétisées dans une revue systématique de 2021, suggèrent que le mauvais placement des électrodes précordiales concerne entre 50 et 64 % des enregistrements ECG selon les contextes et les populations étudiées. Ces données, issues d’études anglo-saxonnes pour la plupart, soulignent l’importance d’une formation rigoureuse au repérage anatomique.10

Électrodes périphériques 

Les quatre électrodes de membres permettent d’enregistrer les six dérivations frontales (DI, DII, DIII, aVR, aVL, aVF), qui analysent l’activité électrique du cœur dans le plan frontal/vertical.2,3

Leur positionnement repose sur les repères anatomiques décrits dans le tableau ci-dessous. 

CouleurPosition standardLettreSignification
RougeFace interne du poignet droitRRight (droite)
JauneFace interne du poignet gaucheLLeft (gauche)
NoirFace interne de la cheville droiteNNeutral (neutre)
VertFace interne de la cheville gaucheFFoot (pied)

Moyens mnémotechniques pour positionner les câbles ECG

Pour retenir l’ordre vertical (haut/bas) :

  • « Le feu au-dessus des cendres » : rouge en haut, noir en bas.
  • « Le soleil au-dessus de la prairie » : jaune en haut, vert en bas.

Pour se souvenir du bon côté (droite/gauche) :

  • R (Right) : électrodes à droite (rouge et noire)
  • L (Left) : électrodes à gauche (jaune et verte)

Remarque : 

Un schéma du placement des électrodes est dans la plupart des cas directement affiché sur le boîtier des ECG.
Schéma du placement des électrodes ECG 12 dérivations avec repères intercostaux et lignes thoraciques chez le patient

Influence du mauvais placement des électrodes sur le tracé ECG

La qualité d’un ECG dépend du placement des électrodes, en particulier des électrodes précordiales. Une pose incorrecte des électrodes modifie le tracé et peut entrainer une interprétation erronée.2

Une étude a montré qu’un décalage de 2 cm des électrodes (en particulier les électrodes V1 et V2)  entraîne une modification de l’interprétation dans 17 à 24 % des cas, avec un risque d’erreur diagnostique.10

Afin d’illustrer cette influence, deux ECG ont été réalisés chez un même patient, au même moment. Le seul élément variable entre ces deux enregistrements est le placement des électrodes.

Comparaison de deux tracés ECG montrant les différences liées à un placement correct ou incorrect des électrodes précordiales

→ Le premier ECG est réalisé conformément aux recommandations. Les électrodes précordiales sont positionnées en respectant les espaces intercostaux et les repères anatomiques, ce qui permet d’obtenir un tracé net et régulier. L’appareil affiche la mention « ECG normal ».

→ Le second est réalisé avec un placement non conforme. Le tracé présente des modifications, notamment au niveau du segment ST et des ondes T, pouvant altérer l’interprétation. L’appareil affiche la mention « ECG limite ».

Un mauvais placement peut induire des difficultés d’interprétation pour le médecin et compromettre la fiabilité du diagnostic.

Réaliser un ECG de qualité : étape par étape

Avant d’initier le geste, l’infirmier(e) se réfère à la prescription médicale et prépare l’examen. Le patient est identifié et son consentement est recueilli, conformément aux règles de sécurité.

L’infirmier(e) explique le déroulement de l’examen, son objectif, ainsi que son caractère indolore et non invasif. Cette information favorise l’adhésion du patient et limite l’anxiété liée à l’examen. Le confort, l’intimité et la pudeur du patient sont préservés tout au long du soin.

Étape 1 : Préparation de l’environnement

Les appareils électriques à proximité génèrent des interférences électromagnétiques qui altère le tracé : 1

  • Éloigner les téléphones portables, montres connectées, pompes à perfusion et pousse-seringue électrique d’au moins 1 mètre des câbles ECG.1.11
  • Arrêter le moteur du matelas gonflable, qui associe interférences électriques et mouvements du patient. 

→ Cette anticipation limite les artéfacts et améliore la fiabilité de l’enregistrement.1.11

Étape 2 : Installation du patient

  • Effectuer une hygiène des mains avec une solution hydroalcoolique en respectant les étapes recommandées, pour une durée minimale de 20 à 30 secondes.12
  • Installer le patient en décubitus dorsal, tête légèrement surélevée si besoin. Les membres sont relâchés, non croisés, légèrement écartés du corps. 
  • Demander au patient de relâcher complètement tous ses muscles, bras le long du corps, mains ouvertes (éviter de serrer les barrières du lit).13
  • Retirer les objets métalliques du patient (montre, bijoux, soutien-gorge à armature).1
  • Proposer une couverture si le patient a froid ou frissonne en veillant à ne couvrir que les zones non concernées par la pose des électrodes.13

→ Les frissons créent des artéfacts musculaires pouvant masquer complètement le tracé.13

Conseil pratique : 

Toute contraction musculaire, volontaire ou involontaire, génère une activité électrique parasite.13 La consigne « Restez immobile. » provoque souvent une contraction réflexe chez le patient. Il est préférable de dire « Relâchez complètement tous vos muscles. », afin de favoriser le relâchement et d’améliorer la qualité du tracé.

Étape 3 : Préparation cutanée

  • Dépiler les sites de pose des électrodes si le patient présente une pilosité importante. La pilosité ne bloque pas le signal électrique, mais réduit l’adhérence des électrodes.1
  • Nettoyer la peau du patient avec de l’eau et du savon, ou avec une compresse sèche si la peau est grasse ou humide. Ne pas utiliser d’alcool seul, qui assèche la peau et augmente l’impédance (résistance au passage du courant électrique entre la peau et l’électrode).14.15
  • Sécher soigneusement la peau avant d’appliquer les électrodes.
  • Connecter les câbles aux électrodes avant de les placer sur le patient (pour les électrodes à clip), afin d’éviter une pression douloureuse sur la peau lors du clipsage.
  • Vérifier que les électrodes contiennent une quantité de gel conducteur suffisante et qu’elles adhérent bien.14.15
  • Appliquer un gel conducteur si nécessaire (pour les électrodes non gélifiées).
  • Maintenir les câbles droits, sans boucles ni croisements.

À retenir : 15

La préparation cutanée réduit l’impédance et améliore le contact électrique entre la peau et l’électrode. Une impédance élevée induite par une mauvaise préparation cutanée altère la transmission du signal et favorise les artéfacts. Une préparation rigoureuse permet de diminuer l’impédance de plus de 95 % et d’obtenir un tracé stable et lisible.

Étape 4 : Placement des électrodes.

→ Voir la section détaillée : Placement des électrodes périphériques et précordiales.

Étape 5 : Réalisation de l’enregistrement

  • Vérifier que toutes les électrodes sont connectées aux câbles.
  • Vérifier que la vitesse de déroulement est réglée à 25 mm/s (standard) et que l’amplitude est réglée à 10 mm/mV.2.3
  • Saisir les données du patient (nom, date de naissance) dans l’appareil ou préparer une étiquette pour identifier le compte-rendu papier.
  • Demander au patient de ne pas parler et de respirer calmement.
  • Contrôler la qualité du tracé sur l’écran avant validation :
    • Ligne de base stable, sans oscillations parasites.
    • Les 12 dérivations sont toutes présentes et lisibles.
    • Absence d’artéfacts (tremblements, interférences électriques ou décollement d’électrodes).
  • Lancer l’enregistrement et observer le tracé en temps réel pour détecter d’éventuels artéfacts.

→ Si un ECG à 18 dérivations est prescrit, il doit être réalisé maintenant. Se référer au paragraphe : « Comment réaliser un ECG à 18 dérivations ».

Étape 6 : Fin du soin et traçabilité

  • Retirer délicatement les électrodes.
  • Nettoyer les résidus de gel si nécessaire.
  • Aider le patient à se rhabiller et le réinstaller confortablement.
  • Nettoyer l’appareil selon le protocole de l’établissement.
  • Effectuer une hygiène des mains.
  • Transmettre le tracé au médecin pour interprétation.
  • Tracer le soin dans le dossier patient :
    • Date et heure de réalisation.
    • Conditions de réalisation (repos, symptômes associés, présence d’artéfacts).
    • Incidents ou difficultés techniques.

→ En cas d’anomalie du tracé (tachycardie/bradycardie sévère, modification inhabituelle du segment ST) ou d’alerte affichée par l’appareil, évaluer immédiatement l’état clinique du patient : tension artérielle, niveau de conscience et symptômes associés. En présence d’une mauvaise tolérance, alerter le médecin sans délai.

Astuce : 

Si le médecin est présent, lui montrer le tracé avant de retirer les électrodes. Cette étape permet de valider la qualité de l’enregistrement et d’éviter de devoir tout recommencer en cas d’anomalies.

Conduite à tenir en cas d’artéfacts persistants sur l’ECG

Si le tracé présente des artéfacts malgré toutes ces précautions :

  • Vérifier l’adhérence des électrodes.
  • Vérifier  la calibration de l’appareil.
  • Rechercher un câble débranché ou endommagé.
  • Repositionner correctement les électrodes si nécessaire.

→ Ne jamais valider un tracé inexploitable et relancer l’enregistrement après correction.

Adaptation du placement des électrodes en situations particulières

Tissu mammaire volumineux

Le placement des électrodes précordiales V4 à V6 chez les femmes qui ont un tissu mammaire volumineux constitue un double enjeu : 

  • Respecter les repères anatomiques, en particulier le 5ᵉ espace intercostal. 
  • Préserver l’intimité de la patiente.

L’influence du tissu mammaire sur le signal ECG reste discutée dans la littérature. Toutefois, le consensus actuel met l’accent sur le respect des repères anatomiques et le placement sous-mammaire des électrodes. Lorsque le tissu mammaire recouvre les repères anatomiques, les électrodes V4 à V6 sont positionnées sous le sein, en suivant les repères standards du 5ᵉ espace intercostal.16

Remarque : 

Ce geste expose l’intimité de la patiente et implique un contact avec une zone intime. Il convient donc d’adapter la technique : 

Utiliser le dos de la main pour soulever délicatement le sein. 
Limiter le temps d’exposition au strict nécessaire.
Recouvrir la zone après la pose de l’électrode.

Patients en surpoids

Les repères anatomiques deviennent difficiles à identifier, car les côtes sont difficiles à palper à travers le tissu adipeux. Le signal électrique est atténué, car le tissu graisseux joue un rôle isolant entre le cœur et les électrodes.17

→ Repérage anatomique : 

  • Identifier l’angle de Louis (voir paragraphe ci-dessus « l’angle de Louis »).
  • Appuyer pour sentir le bord du sternum à travers le tissu adipeux.
  • Compter les espaces intercostaux à partir de l’angle de Louis.
  • Prendre son temps, car un placement approximatif entraîne un mauvais diagnostic.1
  • Soulever délicatement le pannicule adipeux pour accéder aux espaces intercostaux.
  • Privilégier des électrodes de bonne qualité avec gel conducteur suffisant.

Dispositif cardiaque implanté

La présence d’un stimulateur cardiaque ou d’un défibrillateur implantable, généralement implanté en région sous-claviculaire gauche ou droite, n’est pas une contre-indication à l’ECG. L’examen est réalisé sans risque pour le patient et pour le dispositif.

Le boîtier est repéré par palpation. Aucune électrode n’est placée directement dessus. Dans la grande majorité des cas, le positionnement standard des électrodes précordiales reste possible.18

Amputation d’un membre

En cas d’amputation, l’électrode est placée sur le moignon résiduel. L’électrode du membre sain est ensuite remontée au même niveau afin de respecter la symétrie.19 Cette adaptation permet de ne pas fausser l’axe électrique du cœur et assure la fiabilité du tracé.

À défaut, elle peut être positionnée sur la zone proximale la plus proche (épaules pour les membres supérieurs, hanches ou région abdominale basse pour les membres inférieurs).19

Le déplacement des électrodes des membres sur le torse invalide l’utilisation du tracé pour de nombreuses applications diagnostiques, en raison d’une altération significative des amplitudes.19.20.21 Ainsi, les électrodes de membres ne sont placées sur le torse qu’en cas d’impossibilité absolue.

Á retenir : 19.20.21

Le déplacement des électrodes des membres sur le torse compromet l’interprétation du tracé pour plusieurs applications diagnostiques en raison d’une modification significative des amplitudes. Cette configuration reste acceptable en monitoring ou en urgence, mais tout ECG ainsi enregistré doit être clairement identifié comme non standard et signalé au médecin.

L’ECG 18 dérivations

L’ECG à 18 dérivations est une extension de l’ECG standard réalisée en complément lorsque le médecin souhaite explorer des zones du coeur non visualisées par l’ECG 12 dérivations classique.2.3

L’ECG 12 dérivations standard visualise les différentes parois du ventricule gauche (antérieure, latérale, inférieure) ainsi que les atriums. Cependant, deux régions cardiaques restent cachées  : 

  • Le ventricule droit.
  • La paroi postérieure du ventricule gauche. 

→ L’ECG 18 dérivations ajoute 6 électrodes supplémentaires (V3R à V5R ou VE et V7 à V9) pour visualiser ces zones.

Schéma comparatif ECG 12 et 18 dérivations montrant exploration des parois cardiaques et du ventricule droit
Vue en coupe transversale axiale : de la tête vers les pieds.

Indications

Il est  indiqué en cas de suspicion de syndrome coronarien aigu (SCA) et pour le diagnostic et la localisation de certains infarctus : 2.22

  • L’infarctus postérieur : les dérivations V7, V8 et V9 analysent la face postérieure du ventricule gauche.
  • L’infarctus du ventricule droit : les dérivations V3R et V4R analysent le cœur droit et identifient une atteinte du ventricule droit dans le cadre d’un SCA.

Positionnement des électrodes

Dérivations droites : 2.3.22

  • V3R : position symétrique de V3 par rapport au sternum.
  • V4R : 5ᵉ espace intercostal, sur la ligne médio-claviculaire droite (symétrique avec V4 par rapport au sternum). 
  • V5R : ligne axillaire antérieure droite, même horizontale que V4R ou VE  sous l’appendice xiphoïde.

Remarque : 2.3.22

La composition exacte de l’ECG 18 dérivations varie selon les protocoles. Les recommandations internationales privilégient les dérivations V3R, V4R et V5R pour analyser le ventricule droit, associées aux dérivations postérieures V7, V8 et V9.

En France, certains protocoles utilisent une dérivation épigastrique appelée VE dont l’utilité est remise en cause par la littérature internationale.

Dérivations postérieures (V7 à V9) : 2.3.23

  • Ces dérivations sont placées dans le dos, sur la même ligne horizontale que V4, V5 et V6.
  • V7 : ligne axillaire postérieure gauche.
  • V8 : sous la pointe de la scapula gauche (omoplate).
  • V9 : ligne paravertébrale gauche.

→ Le patient peut être légèrement tourné sur le côté droit pour faciliter la pose des électrodes postérieures, puis repositionné sur le dos pour l’enregistrement.

Schéma du placement des dérivations ECG 18 dérivations avec dérivations droites V3R à V5R et postérieures V7 à V9 chez le patient

Comment réaliser un ECG à 18 dérivations 

La majorité des électrocardiographes disposent de 10 fils et ne permettent pas l’enregistrement simultané des 18 dérivations. Dans ce contexte, la réalisation de l’ECG à 18 dérivations se fait en deux temps.

Étapes de réalisation : 

  • Enregistrer l’ECG standard à 12 dérivations.
  • Conserver les électrodes périphériques.
  • Débrancher les fils correspondant aux dérivations V1 à V6.
  • Rebrancher sur les nouvelles positions.
  • Dérivations droites :
    • Câble V1 → position VE ou V5R
    • Câble V2 → position V3R
    • Câble V3 → position V4R
  • Dérivations postérieures :
    • Câble V4 → position V7
    • Câble V5 → position V8
    • Câble V6 → position V9
  • Enregistrer le second tracé.
  • Annoter les dérivations ajoutées (V5R, V7, etc.) manuellement sur le papier ECG, puisqu’elles s’affichent sur la ligne des dérivations standards.
  • Annoter clairement chaque enregistrement (« ECG 12 dérivations » et « dérivations supplémentaires »), afin d’éviter toute confusion lors de l’interprétation.

→ Certains appareils récents (16 ou 18 fils) permettent l’acquisition simultanée de toutes les dérivations.

Conseils d’experts pour réussir l’ECG

Jérôme Molinaro – Infirmier et formateur ECG

Les paramédicaux font souvent l’ECG rapidement et approximativement. Pourquoi ? 

Simplement parce que personne ne leur a jamais expliqué et montré ce que l’on pouvait voir sur ce tracé et surtout ce que pouvait entraîner un ECG mal fait. 

Une bonne interprétation dépend avant tout d’une bonne réalisation. Intéressez-vous à ce fabuleux tracé et vous comprendrez pourquoi il faut bien le faire.

Comprendre l’ECG, c’est améliorer ses connaissances et donc la prise en charge de ses patients.

Nicolas Maroh – Infirmier en réanimation polyvalente

La réalisation de l’ECG nécessite une maîtrise rigoureuse afin de rendre le tracé exploitable et interprétable. Au moindre doute d’origine cardiaque : réaliser un ECG ne sera jamais reproché.

Renseignez-vous sur les protocoles de service, car dans certains établissements, des protocoles existent et permettent aux aides soignant(e)s de réaliser l’ECG, parfois dans le cadre d’un protocole de coopération.

Lucas Balsan – Infirmier en USIC/USIP

L’ECG est passionnant !

Il est capable de révéler des troubles du rythme, de la conduction, de la repolarisation ou une ischémie myocardique, à condition d’un positionnement électrodique rigoureux ! 

Des électrodes mal posées peuvent induire en erreur, alors qu’un ECG correctement réalisé et lu dans son contexte clinique peut orienter précocement la prise en charge. 

Conclusion

La réalisation d’un ECG exige rigueur et méthode. Le positionnement précis des électrodes, la préparation cutanée et le respect des conditions d’enregistrement déterminent la qualité du tracé obtenu et facilitent sa lecture.

L’infirmier(e) inscrit ce geste dans une démarche de surveillance et de traçabilité. Il ou elle identifie un tracé inexploitable, corrige les artéfacts et transmet sans délai toute anomalie visible au médecin afin d’adapter la prise en charge du patient.

La maîtrise de la réalisation de l’ECG fait partie des compétences attendues dans de nombreux contextes de soins. L’analyse du tracé et la compréhension des anomalies relèvent de l’interprétation médicale et feront l’objet d’un article dédié à l’interprétation de l’électrocardiogramme.

Remerciements

Nous tenons à exprimer notre profonde gratitude à Nicolas Maroh (infirmier en réanimation), Jérôme Molinaro (infirmier et formateur ECG) et Lucas Balsan (infirmier en USIC/USIP) pour leur expertise.

Nous remercions également Isabelle BATAILLE (cadre de santé et formatrice en IFSI), Aude PALLIER (formatrice et référente en santé), Marielle LABORDE (formatrice en santé) et Badia JABRANE (directrice pédagogique) pour leur relecture et leur contribution à la qualité pédagogique des contenus.

Chez Réussis ton IFSI, nous nous engageons à proposer des contenus d’une fiabilité inégalée. En complément de l’expertise interne de notre équipe habituelle, nous valorisons l’apport de professionnel(le)s extérieur(e)s qualifié(e)s qui enrichit nos articles de perspectives nouvelles.

Sources

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  2. Société Française de Cardiologie (SFC). (2024). Électrocardiogramme : indications et interprétations.
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  4. Funcke S, et al. (2016). Practice of hemodynamic monitoring and management in German, Austrian, and Swiss intensive care units: the ICU-CardioMan Study. Annals of Intensive Care, 6, 49.
  5. Société Française de Cardiologie (SFC). (2018). Certificat de non contre-indication à la pratique du sport.
  6. Légifrance. (2025). Code de la santé publique : Article R4311-7.
  7. Légifrance. (2024). Code de la santé publique : Article R4311-10.
  8. Légifrance. (2004). Code de la santé publique : Article R4311-14.
  9. Société Française d’Anesthésie et de Réanimation (SFAR). (2017). Place de l’angle sternal de Louis dans le positionnement des électrodes précordiales de l’électrocardiogramme.
  10. Hadjiantoni A, Oak K, Mengi S, Konya J, Ungvari T. (2021). Is the correct anatomical placement of electrocardiogram electrodes essential to diagnosis in the clinical setting? Systematic review.
  11. Melendez LA, Pino RM. (2012). Electrocardiogram interference: a thing of the past? Biomedical Instrumentation & Technology, 46, 470–477.
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  13. Medlinket Co., Limited. (2025). 12-lead ECG placement: the complete guide.
  14. Murphy BB, et al. (2021). Time evolution of the skin–electrode interface impedance under different skin treatments. Sensors, 21, 5210.
  15. 3M Health Care. (2016). Proper skin preparation improves trace quality and reduces ECG monitoring alarms.
  16. Society of Cardiological Science and Technology (SCST). (2024). Clinical guidelines by consensus: recording a standard 12-lead electrocardiogram.
  17. Rider OJ, et al. (2016). Improvements in ECG accuracy for diagnosis of left ventricular hypertrophy in obesity. Heart, 102, 1566–1572.
  18. Kumar SK, Morgan CD, Jordan-Watt M, Singh SM. (2019). An uncommon ECG manifestation of normal pacemaker function. Journal of Arrhythmia, 36, 197–198.
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