Les paramètres vitaux, aussi appelés constantes vitales ou, selon les structures, paramètres cliniques, regroupent les mesures physiologiques qui permettent à l’infirmier(e) d’évaluer et de repérer une dégradation de l’état de santé du patient.
Cinq d’entre eux constituent le socle de la surveillance : la pression artérielle, la fréquence cardiaque, la fréquence respiratoire, la température corporelle et la saturation en oxygène.
Une valeur isolée s’interprète toujours dans son contexte. L’évolution des données, leur tendance et l’état clinique du patient permettent d’identifier une anomalie et d’orienter la conduite à tenir.
Ce guide détaille les valeurs normales chez l’adulte, les techniques de mesure, les seuils d’alerte et le rôle infirmier. Il couvre également le cadre réglementaire, un tableau récapitulatif des normes pédiatriques et les paramètres complémentaires selon le contexte (douleur, glycémie, diurèse, conscience).
Définition des paramètres vitaux
Les paramètres vitaux regroupent les mesures physiologiques essentielles pour l’évaluation clinique du patient. Les signes vitaux ont longtemps été regroupés en quatre paramètres : 1
- Température corporelle (T°).
- Fréquence cardiaque (FC).
- Pression artérielle (TA).
- Fréquence respiratoire (FR).
La saturation pulsée en oxygène (SpO2) s’est imposée plus récemment comme cinquième paramètre, sur la base de preuves démontrant son impact clinique.1
Aucune liste unique ne fait consensus. Selon les sources, la conscience, la glycémie, la diurèse et la douleur peuvent s’ajouter aux cinq paramètres classiques. En France, aucun texte réglementaire ne fixe cette liste : elle s’adapte à la situation clinique du patient.
La douleur est évaluée en même temps que les paramètres vitaux et occupe une place centrale dans la prise en charge infirmière. Elle n’est pas pour autant un paramètre vital physiologique au sens strict, mais un paramètre clinique associé à la surveillance. La même logique s’applique à la glycémie, à la diurèse et à l’état de conscience, détaillés plus loin dans ce guide.
| Pourquoi parler de paramètres vitaux plutôt que de constantes vitales ? Les deux expressions sont utilisées en pratique clinique. Le terme « paramètres vitaux » est toutefois plus précis : la fréquence cardiaque, la pression artérielle, la fréquence respiratoire, la SpO₂ et la température ne sont pas des valeurs constantes, mais des variables physiologiques qui évoluent selon l’état de santé du patient et au cours du temps. Le terme « constante » reste néanmoins couramment employé. |
Cadre réglementaire de la surveillance des paramètres vitaux
La surveillance clinique fait partie intégrante de l’exercice infirmier. Le Code de la santé publique prévoit notamment le recueil et l’analyse des données cliniques nécessaires à l’évaluation de l’état de santé du patient, tandis que l’infirmier(e) peut, dans le cadre de son rôle propre et de son raisonnement clinique, initier, réaliser et adapter les soins qu’il estime nécessaires.2.3
Les textes ne fixent pas de liste réglementaire exhaustive des paramètres vitaux à surveiller. Mesurer les signes vitaux constitue l’une des modalités concrètes de cette évaluation clinique.
Interpréter les paramètres vitaux dans leur contexte
Une norme n’est qu’un repère statistique. Un patient peut être habituellement hypotendu, hypertendu le matin avant la prise de son traitement, ou simplement anxieux à cause du contexte hospitalier. Sans valeurs de référence individuelles, une mesure isolée est difficile à interpréter.
Avant de tirer une conclusion d’une mesure, l’infirmier(e) recueille plusieurs éléments de contexte : 1
- Les valeurs habituelles du patient (à l’entrée, puis les jours précédents).
- Les traitements en cours susceptibles de modifier le paramètre (antihypertenseurs, bêta-bloquants, opiacés).
- Les comorbidités pertinentes (une BPCO fait baisser la SpO2 du patient, une insuffisance rénale modifie la diurèse).
- Les facteurs confondants du moment (stress, douleur, effort récent, tabac, effet blouse blanche).
Ce recueil ne prend que quelques minutes à l’accueil du patient. Il permet d’interpréter les valeurs de toutes les mesures qui suivront pendant l’hospitalisation.
La fréquence cardiaque
La fréquence cardiaque (FC) correspond au nombre de battements du cœur par minute (BPM). Chez l’adulte au repos : 1
- Norme : 60 à 100 BPM.
- Bradycardie : FC < 60 BPM.
- Tachycardie : FC > 100 BPM.
Ces seuils constituent des repères cliniques usuels et doivent être interprétés selon le contexte, notamment l’âge, l’état de santé du patient, les traitements et les symptômes associés.1
Facteurs de variation de la fréquence cardiaque
Plusieurs éléments physiologiques, médicamenteux, pathologiques peuvent modifier la fréquence cardiaque :
- Facteurs physiologiques : le stress, la qualité du sommeil et l’entraînement d’endurance régulier (qui peut faire baisser la fréquence cardiaque de repos du sportif)4.
- Facteurs médicamenteux : certains médicaments peuvent ralentir la FC, comme les bêta-bloquants, les digitaliques et certains antiarythmiques, ou l’accélérer (atropine et certains sympathomimétiques).
- Facteurs pathologiques : fièvre, anémie, hypovolémie, infection ou sepsis, hyperthyroïdie, insuffisance cardiaque, troubles ioniques (notamment hyperkaliémie).
Une variation isolée n’a pas nécessairement de valeur d’alerte et son interprétation doit tenir compte de son évolution, des autres signes cliniques et des antécédents du patient.
Technique de mesure de la fréquence cardiaque
La fréquence cardiaque peut être mesurée par palpation du pouls, le plus souvent au niveau de l’artère radiale, avec l’index et le majeur (jamais le pouce, qui possède sa propre pulsation).
Chez un patient au repos, la Haute Autorité de Santé (HAS) indique de compter les pulsations pendant 60 secondes.5 Cette mesure permet également d’apprécier la régularité et l’amplitude du pouls.
En cas d’hypoperfusion sévère, les pouls périphériques peuvent devenir faibles ou difficiles à percevoir. L’évaluation du pouls carotidien complète l’examen clinique.
La FC peut aussi être obtenue automatiquement par oxymétrie de pouls, par tensiomètre électronique et par monitorage ECG continu selon le contexte. L’oxymètre affiche une fréquence pulsatile périphérique en même temps que la SpO2, tandis que le monitorage ECG mesure la fréquence à partir de l’activité électrique cardiaque.
| Remarque : La fréquence cardiaque correspond au nombre de battements par minute au repos, tandis que le pouls désigne la perception périphérique de l’onde de pression générée par les contractions cardiaques. Le rythme cardiaque reflète leur régularité et leur organisation, appréciable à la palpation, mais caractérisé précisément par l’ECG. |
Conduite à tenir face à une anomalie de la fréquence cardiaque
Face à une FC anormale ou discordante avec l’état clinique du patient, l’infirmier(e) doit : 1
- Observer l’état clinique du patient : conscience, comportement, coloration, signes visibles et ressentis.
- Vérifier la mesure par une mesure manuelle, pour confirmer une valeur douteuse obtenue au scope ou à l’oxymètre.
- Analyser le contexte clinique en évaluant les autres paramètres vitaux (PA, SpO2, température, FR) et les facteurs pouvant modifier la FC (douleur, anxiété, déshydratation, traitements en cours).
- Alerter le médecin en cas d’anomalie persistante ou d’évolution défavorable.
Une irrégularité du pouls à la palpation peut évoquer un trouble du rythme et conduire à la réalisation d’un ECG.6 Depuis l’arrêté du 26 juin 2026, l’ECG standard 12 dérivations relève du rôle propre infirmier, dans un cadre pluriprofessionnel avec transmission au médecin.3
La pression artérielle
La pression artérielle (ou tension artérielle en pratique courante) correspond à la force exercée par le sang sur la paroi des artères. Elle est exprimée en millimètres de mercure (mmHg) et comprend deux valeurs :
- La pression artérielle systolique (PAS) qui correspond à la systole (contraction du muscle cardiaque).
- La pression artérielle diastolique (PAD) correspond à la diastole (relâchement du muscle cardiaque).
Chez l’adulte au repos : 7
- Norme : autour de 120/80 mmHg.
- Hypertension artérielle (HTA) : PAS ≥ 140 mmHg et/ou une PAD ≥ 90 mmHg.
- Hypotension : généralement inférieure à 90/60 mmHg.
À l’oral, les valeurs sont souvent exprimées en centimètres de mercure (une PA de 120/70 mmHg s’énonce « 12/7 »).
| La pression artérielle moyenne (PAM) La PAM reflète la pression moyenne dans les artères au cours d’un cycle cardiaque et constitue un indicateur utile de la perfusion des organes. Une valeur d’environ 65 mmHg est généralement utilisée comme cible minimale dans certaines situations critiques.8 |
Facteurs de variation de la pression artérielle
La pression artérielle n’est pas une valeur fixe. Elle fluctue selon plusieurs types de facteurs : 7
- Facteurs physiologiques : âge, hérédité, grossesse.
- Facteurs pathologiques : syndrome d’apnées obstructives du sommeil (SAOS), pathologies rénales, endocriniennes.
- Mode de vie : consommation excessive de sel, surcharge pondérale, sédentarité, alcool, stress.
- Médicaments : AINS, corticoïdes, contraceptifs œstrogéniques, vasoconstricteurs nasaux, réglisse, drogues.
- Facteurs liés au contexte de la mesure : douleur, anxiété, effort récent, caféine, tabac, « effet blouse blanche ».
Une valeur isolée n’a pas nécessairement de valeur d’alerte. Son interprétation doit intégrer la répétition des mesures, la tendance et le contexte clinique.
Technique de mesure de la pression artérielle
La pression artérielle se mesure préférentiellement au bras à l’aide d’un tensiomètre électronique, avec un brassard adapté à la morphologie du patient.7 Le tensiomètre manuel reste utilisable si le dispositif électronique n’est pas disponible.
En réanimation, en soins continus ou au bloc opératoire, la pression artérielle peut également être mesurée de façon invasive et continue via un cathéter artériel.
Le patient doit être installé au calme, assis ou allongé selon le contexte, avec le bras dénudé, soutenu et positionné à hauteur du cœur.7 La mesure doit être répétée lorsqu’elle est inattendue, discordante avec l’état clinique du patient ou lorsqu’un protocole spécifique le prévoit.
Conduite à tenir face à une anomalie de la pression artérielle
Face à une pression artérielle anormale ou discordante avec l’état clinique, l’infirmier(e) doit : 1.7
- Observer l’état clinique du patient : conscience, comportement, coloration, signes visibles et ressentis.
- Vérifier la mesure en effectuant une nouvelle prise, si besoin sur l’autre bras ou au brassard manuel (si doute sur le cathéter artériel).
- Analyser le contexte en évaluant les autres paramètres vitaux et les facteurs pouvant modifier la PA (douleur, anxiété, position, traitements, effort récent).
- Rechercher des signes cliniques associés : céphalées, douleurs, phosphènes (flash visuel), épistaxis, ou signes de détresse respiratoire évoquant un OAP (œdème aigu du poumon) en cas d’HTA ou malaise, sueurs, marbrures en cas d’hypotension.
- Alerter le médecin en cas d’anomalie confirmée, de valeur très élevée (≥ 180/110 mmHg) ou de mauvaise tolérance du patient.
La température corporelle
La température corporelle (T°) correspond à la température interne de l’organisme, régulée notamment par l’hypothalamus.1 Exprimée en degrés Celsius (°C), elle varie selon le moment de la journée, l’âge et le site de mesure. Chez l’adulte : 1.9.10
- Normothermie : 36,5 à 37,5 °C.
- Fébricule : 37,5 à 37,9 °C.
- Fièvre : ≥ 38 °C.
- Hypothermie : < 35 °C.
Ces valeurs s’appliquent également à l’enfant.11
| Remarque : 9.12 La fièvre correspond à une élévation de la température contrôlée par l’organisme (par exemple lors d’une infection), tandis que l’hyperthermie est le résultat d’une accumulation excessive de chaleur que l’organisme ne parvient plus à compenser (coup de chaleur, hyperthermie maligne). Les antipyrétiques agissent sur la fièvre, alors que l’hyperthermie impose un refroidissement externe et le traitement de sa cause. |
Facteurs de variation de la température corporelle
Plusieurs éléments peuvent modifier la température corporelle chez l’adulte :
- Âge : les personnes âgées ont une température de repos plus basse et une réponse fébrile diminuée.13
- Rythme circadien : la température corporelle est minimale en début de matinée, maximale en fin d’après-midi. Le cycle menstruel entraîne des fluctuations hormonales du cycle et modifient également la thermorégulation.1
- Facteurs environnementaux et comportementaux : saison, effort physique, exposition au froid ou à la chaleur, boissons chaudes ou froides, tabac récent.13
Une variation isolée doit toujours être interprétée en fonction du contexte clinique, de la tendance et des valeurs habituelles du patient.
Techniques de mesure de la température
Plusieurs sites de mesure coexistent et influencent la valeur obtenue.
| Site de mesure | Précision | Particularités |
| Rectale | Bonne approximation de la température centrale. | Méthode historiquement utilisée comme référence, aujourd’hui moins courante en pratique quotidienne. |
| Tympanique | La précision dépend de la technique. | Mesure infrarouge dans le conduit auditif. Redresser le conduit auditif en tirant le pavillon vers le haut et l’arrière afin d’orienter la sonde vers le tympan et d’éviter une sous-estimation.1 Fausse la mesure en cas d’obstruction du conduit auditif, notamment avec un bouchon de cérumen. |
| Temporale (avec ou sans contact) | Précise. | Thermomètre infrarouge balayé sur le front selon les recommandations du fabricant. |
| Axillaire | Moins précise pour estimer la température centrale. | Sous-estime la température centrale, généralement à majorer de 0,5 °C selon les recommandations du fabricant.9 Placer le capteur au centre d’une aisselle sèche et maintenir le bras serré contre le thorax pendant toute la mesure. Mesure fortement influencée par la température ambiante et la transpiration locale. |
| Buccale (sublinguale) | Bonne si technique respectée. | Placer le capteur sous la langue (poche sous-linguale postérieure). Généralement à majorer de 0,5 °C pour estimer la T° centrale.9 Éviter la mesure après ingestion récente de liquides (chauds/froids) ou si le patient a fumé récemment. |
Les thermomètres frontaux à cristaux liquides (bandelettes appliquées sur le front qui changent de couleur) sont déconseillés pour un usage clinique en raison de leur manque de précision.
En réanimation, au bloc opératoire ou lors d’un monitorage continu, la température centrale peut également être mesurée par des dispositifs invasifs, notamment par voie œsophagienne ou vésicale avec une sonde urinaire équipée d’un capteur thermique.
Pour suivre l’évolution d’un patient, il est préférable d’utiliser le même site et la même méthode de mesure.
Conduite à tenir face à une anomalie de la température corporelle
Devant une température anormale ou discordante avec l’état clinique, l’infirmier(e) contrôle la mesure et évalue la tolérance du patient ainsi que les autres paramètres vitaux.
En cas de fièvre, la tolérance clinique prime sur la valeur absolue. L’infirmier(e) contrôle les autres paramètres vitaux et recherche des signes de mauvaise tolérance ou de gravité : altération de la conscience, polypnée, tachycardie, altération de la tension artérielle.
Selon le contexte clinique et sur prescription, des prélèvements microbiologiques peuvent être réalisés pour orienter le diagnostic étiologique.
Un antalgique de palier I à visée antipyrétique peut être prescrit par l’infirmier(e) dans le cadre de son rôle propre prévu par l’arrêté du 26 juin 2026.14
En cas d’hyperthermie non fébrile (chaleur excessive, effort intense, cause médicamenteuse), interrompre l’effort ou l’exposition, placer le patient au frais, le refroidir et l’hydrater s’il peut boire. Alerter immédiatement devant tout trouble neurologique ou signe de détresse cardiorespiratoire.
En cas d’hypothermie (< 35 °C), protéger le patient de toute perte thermique supplémentaire et le réchauffer progressivement (couverture simple ou chauffante), sous surveillance rapprochée.
La fréquence respiratoire
La fréquence respiratoire (FR) correspond au nombre de cycles respiratoires (respirations par minute) par minute. Chez l’adulte au repos : 1.15
- Norme : 12 à 20 cycles/minute.
- Bradypnée : < 12 cycles/minute.
- Tachypnée : > 20 cycles/minute.
Ces seuils constituent des repères usuels et doivent être interprétés selon le contexte, notamment l’âge, l’activité, les traitements et le terrain respiratoire du patient.
| Remarque : La tachypnée correspond à une augmentation objective de la fréquence respiratoire. Le terme polypnée est souvent utilisé comme synonyme en pratique clinique, parfois pour décrire une respiration rapide et superficielle. La dyspnée, en revanche, est une sensation subjective de gêne respiratoire ressentie par le patient, qui peut être présente indépendamment d’une fréquence respiratoire anormale.16 |
Facteurs de variation de la fréquence respiratoire
Plusieurs éléments peuvent modifier la FR :
- Éléments physiologiques : effort physique, stress, anxiété, sommeil, grossesse.1.15
- Âge : la FR au repos tend à augmenter avec le vieillissement, en lien avec la perte d’élasticité de la cage thoracique et la perte de force des muscles respiratoires.1
- Éléments pathologiques : fièvre, sepsis, douleur, pneumopathie, embolie pulmonaire, BPCO, insuffisance cardiaque, acidose métabolique.17 L’obésité et le tabagisme chronique augmentent également la FR de repos.15
- Éléments médicamenteux : les opiacés et les sédatifs peuvent induire une bradypnée.1
Technique de mesure de la fréquence respiratoire
Selon une revue intégrative internationale, la fréquence respiratoire est le paramètre vital le moins bien et le plus insuffisamment mesuré.18 Elle contribue pourtant à la détection précoce d’une dégradation de l’état du patient.15
Sa fiabilité repose sur plusieurs principes :
- Discrétion : la respiration étant en partie sous contrôle volontaire, le fait d’informer le patient que sa fréquence respiratoire est mesurée peut modifier son rythme respiratoire et fausser la mesure.15
- Mesure sur 60 secondes : la mesure gagne à s’effectuer sur une minute entière.15 Un cycle respiratoire correspond à une inspiration suivie d’une expiration.
- Évaluation qualitative : 15.16
- L’amplitude (superficielle, normale, profonde).
- Le rythme (régulier ou non, pauses)
- La présence de signes de lutte respiratoire (tirage, battement des ailes du nez, utilisation des muscles accessoires, balancement thoraco-abdominal).
| Remarque : En soins continus et en réanimation, la FR est affichée automatiquement sur le scope. Il est nécessaire d’interpréter la courbe avec prudence : les artéfacts (mouvements, décollement d’électrodes) peuvent fausser la valeur affichée. Chez le patient sous ventilation mécanique invasive ou non invasive (VNI), la fréquence respiratoire est indiquée directement sur le respirateur. |
Conduite à tenir face à une anomalie de la fréquence respiratoire
Devant une fréquence respiratoire inhabituelle :
- Installer le patient en position assise (ou semi-assise) si possible, pour faciliter la mécanique ventilatoire.15
- Évaluer la ventilation : amplitude, rythme, signes de lutte respiratoire.
- Rechercher la cause : douleur, anxiété, fièvre, décompensation cardiaque ou respiratoire, revue des traitements récents (opiacés, sédatifs).
- Alerter le médecin sans délai en cas de tachypnée sévère, de bradypnée, de pauses respiratoires de signes de détresse.
La saturation en oxygène (SpO2)
La saturation en oxygène (SpO2) mesure la proportion d’hémoglobine liée à l’oxygène dans le sang artériel périphérique. Exprimée en pourcentage (%), elle reflète l’efficacité de l’oxygénation. Chez l’adulte sain au repos : 1.19
- Norme : SpO2 entre 95 et 100 %.
- Patient BPCO : une SpO2 plus basse (88 à 92 %) peut être habituelle.
- Hypoxémie : SpO2 < 90 %.
L’hypoxémie correspond à une diminution de l’oxygénation du sang artériel, alors que l’hypoxie désigne une insuffisance d’oxygène au niveau des tissus.
Facteurs de variation de la saturation en oxygène
Plusieurs éléments peuvent modifier la SpO2 : 1.15
- Des éléments physiologiques : altitude (hypoxie d’altitude), effort physique, sommeil profond.
- Des pathologies respiratoires : BPCO, grippe, pneumopathie, embolie pulmonaire, œdème pulmonaire, syndrome de détresse respiratoire aiguë.
- Des pathologiques non respiratoires : anémie sévère (diminution du transport d’oxygène malgré une SpO2 qui paraît normale), insuffisance cardiaque, sepsis.
- Le contexte du patient : tabagisme chronique, âge avancé, patient hypercapnique chronique (BPCO sévère, syndrome obésité-hypoventilation).
Technique de mesure de la saturation en oxygène
La SpO2 correspond à la valeur estimée par l’oxymètre de pouls (mesure non invasive), tandis que la saturation artérielle en oxygène (SaO2) est mesurée directement par gazométrie artérielle (mesure invasive, valeur de référence).
Pour une mesure fiable : 20.21
- Préparation : retirer le vernis à ongles ou les faux ongles du patient, réchauffer ses mains si elles sont froides, l’installer au calme.
- Positionnement : capteur sur l’index ou le majeur, main stable posée à hauteur du cœur. En cas d’échec (mauvaise perfusion périphérique, agitation, contention), essayer un autre doigt ou utiliser un dispositif adapté : capteur d’oreille dédié ou capteur adhésif à usage unique.
- Validation de la mesure : maintenir l’oxymètre en place au moins une minute et vérifier la cohérence de la courbe (onde de pouls) et de la fréquence cardiaque affichée avec le pouls perçu.
Plusieurs situations peuvent fausser la mesure : vasoconstriction périphérique, hypothermie, hypotension, agitation, lumière ambiante forte, pigmentation cutanée foncée (tendance à surestimer la SpO2 réelle)22, intoxication au monoxyde de carbone (SpO2 faussement rassurante).20.21
Conduite à tenir face à une anomalie de la saturation en oxygène
Face à une SpO2 anormale ou en baisse :
- Vérifier la fiabilité de la mesure (courbe, absence de vernis ou d’obstacle au capteur, cohérence avec le pouls perçu).
- Installer le patient en position assise ou semi-assise si possible, pour faciliter la mécanique ventilatoire.15
- Rechercher des signes d’hypoxie : cyanose (lèvres, ongles, muqueuses), sueurs, marbrures, retentissement neurologique (agitation, confusion, somnolence).15
- Administrer l’oxygène avec le dispositif adapté selon la prescription ou le protocole du service, en adaptant la cible au patient : 19
- 94 à 98 % chez l’adulte sans risque d’hypercapnie.
- 88 à 92 % chez le patient hypercapnique chronique.
- Réévaluer la SpO2 après quelques minutes et comparer les résultats aux valeurs initiales.
- Alerter le médecin en cas de désaturation persistante, de non-réponse à l’oxygène ou de signes de gravité.
La douleur : un paramètre clinique essentiel à surveiller
La douleur n’est pas un paramètre vital physiologique au sens strict, mais son évaluation est néanmoins incontournable en surveillance infirmière.
Elle doit être réalisée de façon systématique et pluriquotidienne pour suivre son évolution.23 L’arrêté du 26 juin 2026 inscrit d’ailleurs explicitement l’évaluation des douleurs dans le rôle propre infirmier.3
L’auto-évaluation de la douleur
Lorsque le patient peut communiquer, l’auto-évaluation est privilégiée. Chez l’adulte, la HAS recommande notamment : 23
- L’échelle numérique (EN).
- L’échelle visuelle analogique (EVA).
- L’échelle verbale simple (EVS).
L’auto-évaluation reflète le vécu subjectif du patient et prime sur l’observation clinique. Une discordance entre le chiffre annoncé et le comportement observé (patient calme avec EN à 8, ou faciès douloureux avec EN à 2) n’invalide pas l’auto-évaluation, mais invite à approfondir l’entretien et à envisager un facteur associé (douleur chronique, minimisation, troubles cognitifs).
L’hétéro-évaluation par l’infirmier(e)
Lorsque l’auto-évaluation n’est pas réalisable (patient non communicant, troubles cognitifs, sédation, très jeune enfant), une échelle d’hétéro-évaluation adaptée est utilisée. Par exemple Algoplus et Doloplus pour certains patients âgés non communicants, ou le BPS (Behavioral Pain Scale) en réanimation pour les patients ventilés.
Ces outils utilisent l’observation des manifestations comportementales : expression faciale, mouvements corporels, cris ou plaintes.
Évaluation multidimensionnelle de la douleur et suivi
L’évaluation de la douleur ne se limite pas à son intensité. L’infirmier(e) prend également en compte sa localisation, ses caractéristiques, son retentissement sur la vie quotidienne (sommeil, mobilité, alimentation, moral) et son évolution dans le temps.
Pour suivre l’évolution de la douleur et la réponse au traitement, il est préférable de réutiliser le même outil d’évaluation lorsque cela est possible, afin de pouvoir comparer les scores au cours du temps.
La glycémie
La glycémie correspond à la concentration de glucose dans le sang. Sa surveillance n’est pas systématique : elle est indiquée chez le patient diabétique, sous insuline ou corticothérapie, en situation de sepsis, en réanimation, ou devant des signes évocateurs d’hypo ou d’hyperglycémie.
Valeurs de référence à jeun : 24
- Hypoglycémie : < 0,70 g/L (< 3,9 mmol/L). Selon la HAS, une glycémie inférieure à 0,54 g/L (3,0 mmol/L) constitue un seuil de gravité de l’hypoglycémie.25
- Glycémie normale : entre 0,70 g/L et 1,10 g/L (3,9 à 6,1 mmol/L).
- Hyperglycémie : > 1,10 g/L (6,1 mmol/L).
Signes cliniques de l’hypoglycémie et de l’hyperglycémie
Hypoglycémie : tremblements, irritabilité, confusion, tachycardie, sueurs et sensation de faim. Une hypoglycémie sévère peut évoluer vers une perte de connaissance, des convulsions ou un coma.26
Hyperglycémie : polyurie, polydipsie, perte de poids inexpliquée, troubles de la vision la vision trouble et la déshydratation.26
Technique de mesure de la glycémie capillaire
Depuis l’arrêté du 26 juin 2026, la glycémie capillaire relève du rôle propre infirmier au titre des tests à lecture instantanée (TROD). La technique de prélèvement capillaire (préparation, choix du site, ponction, gestion du sang capillaire) suit un protocole précis.
Ce geste est également délégable à l’aide-soignant(e) sous la responsabilité de l’infirmier(e), au titre du même arrêté.
La diurèse
La diurèse correspond au volume d’urines produit pendant une période donnée. C’est un paramètre complémentaire de surveillance clinique, reflet notamment de la fonction rénale et de l’état d’hydratation.
Chez l’adulte : 27.28
- Diurèse habituelle : environ 0,5 à 1,5 mL/kg/h, soit généralement 600 à 2 000 mL/24 h.
- Oligurie : < 0,5 mL/kg/h ou environ < 400 mL/24 h.
- Anurie : < 100 mL/24 h.
- Polyurie : généralement > 2 500 à 3 000 mL/24 h.
Ces valeurs constituent des repères, à interpréter selon le poids du patient, les apports hydriques, les pertes, les traitements et le contexte clinique.
Au-delà du volume, l’infirmier(e) observe systématiquement les caractéristiques macroscopiques des urines : couleur (claire, foncée, rosée, rouge), aspect (limpide, trouble, présence de dépôts) et odeur. Ces éléments peuvent orienter vers une déshydratation, une infection urinaire ou une hématurie et figurent dans les transmissions au même titre que le volume.
La surveillance de l’élimination urinaire relève du rôle propre infirmier (arrêté du 26 juin 2026, art. 2).3 Le recueil quantitatif s’effectue selon la situation clinique : diurèse par miction spontanée, étui pénien, ou sonde urinaire à demeure.
L’état de conscience
L’état de conscience est un paramètre complémentaire de surveillance clinique, évalué selon le contexte du patient et selon sa pathologie. Il renseigne sur la vigilance, la réactivité aux stimuli et l’orientation temporo-spatiale.
L’évaluation se fait à l’aide d’échelles, par exemple l’échelle de Glasgow (GCS), cotée de 3 à 15, ou l’échelle RASS (Richmond Agitation-Sedation Scale) notamment en réanimation pour apprécier le niveau d’éveil, d’agitation ou de sédation du patient.
L’évaluation de l’état de conscience relève du rôle propre infirmier au titre de l’examen clinique (arrêté du 26 juin 2026, art. 1).3
Les paramètres vitaux de l’enfant et du nourrisson
Les paramètres vitaux varient avec l’évolution de l’âge de l’enfant. Il n’existe pas de consensus international unique sur des tranches d’âge fixes, mais les référentiels de réanimation pédiatrique (PALS) fournissent des repères.
| Tranche d’âge | FC éveillé (bpm) | FR (cycles/min) | PA systolique (mmHg) |
| Nouveau-né (< 28 j) | 100-205 | 30-53 | 67-84 |
| Nourrisson (1-12 mois) | 100-190 | 30-53 | 72-104 |
| Petit enfant (1-2 ans) | 98-140 | 22-37 | 86-106 |
| Préscolaire (3-5 ans) | 80-120 | 20-28 | 89-112 |
| Scolaire (6-11 ans) | 75-118 | 18-25 | 97-120 |
| Adolescent (12-15 ans) | 60-100 | 12-20 | 110-131 |
D’après PALS Guidelines 2015, synthèse PedsCases (Novak & Gill, 2020).11
Ces valeurs sont des repères pédagogiques, à interpréter selon la morphologie et le stade de développement de l’enfant.
La SpO2 ne varie pas significativement avec l’âge sauf dans les premiers jours de vie où elle peut être physiologiquement plus basse. La température obéit aux mêmes valeurs qu’à l’âge adulte, avec la même variation selon le site de mesure.11
À retenir sur les paramètres vitaux
- 5 paramètres vitaux principaux : pression artérielle, fréquence cardiaque, fréquence respiratoire, SpO₂ et température corporelle.
- Pas de liste réglementaire exhaustive : les paramètres surveillés sont adaptés à l’état clinique et aux risques du patient.
- Des repères, pas des valeurs absolues : une mesure s’interprète selon le contexte, les valeurs de référence du patient et surtout leur évolution.
- Une mesure fiable est essentielle : toute valeur inattendue ou discordante doit faire vérifier la technique et, si nécessaire, être contrôlée.
- Des paramètres complémentaires : comme la douleur, la glycémie, la diurèse et l’état de conscience enrichissent l’évaluation clinique selon la situation.
- Chez l’enfant, les valeurs de référence évoluent avec l’âge, notamment la fréquence cardiaque, la fréquence respiratoire et la pression artérielle.
Remerciements
Nous tenons à remercier Isabelle BATAILLE (cadre de santé et formatrice en IFSI), Aude PALLIER (formatrice et référente en santé), Marielle LABORDE (formatrice en santé), Badia JABRANE (directrice pédagogique), et Carole PALLARES (infirmière hygiéniste) pour leur relecture et leur contribution à la qualité pédagogique des contenus.
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Sources
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